MOOC et formation professionnelle

learn-teach-help-enjoyDans quelle mesure les MOOC peuvent-ils s’intégrer dans le contexte de la formation professionnelle ? Que dit la loi ? Quelles opportunités peuvent se présenter ? Tout n’est pas simple mais si l’on considère un MOOC comme un événement et plus comme un cours, il peut créer un contexte favorable à une formation ou enrichir une formation existante.

1 – Le contexte

La loi du 5 mars 2014, relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale définit qu’une formation peut s’effectuer en tout ou partie à distance, le cas échéant en dehors de la présence des personnes chargées de l’encadrement. Dans ce cas, le programme […] précise :
1° La nature des travaux demandés au stagiaire et le temps estimé pour les réaliser ;
2° Les modalités de suivi et d’évaluation spécifiques aux séquences de formation ouverte ou à distance ;
3° Les moyens d’organisation, d’accompagnement ou d’assistance, pédagogique et technique, mis à disposition du stagiaire.

En partant de ce cadre, un MOOC peut-il être considéré comme une formation ? Si tel n’est pas le cas, quelle solution pourrait permettre d’adapter un MOOC pour le transformer en une formation ?
La variété des MOOC ne permet pas de répondre de façon globale à cette question par contre, des grandes lignes peuvent permettre de clarifier quelques éléments. Il me paraît ainsi essentiel de s’arrêter sur les travaux demandés, les modalités de suivi et d’évaluation et l’accompagnement à distance proposé.

2 – Les travaux demandés

Les MOOC qui proposent une certification imposent un ensemble de travaux qui peuvent aller de la réponse à des questionnaires en ligne au développement de projets en équipes. Ces travaux permettent alors de respecter le cadre de la loi. D’un autre côté, certains MOOC ne proposent pas de certification et laissent une liberté totale aux participants. Ces MOOC, ne respectent pas le cadre de la loi et ne peuvent ainsi pas être éligibles à l’appellation de ‘formation professionnelle’.

3 – Les modalités de suivi et d’évaluation

Les plateformes de formation actuelles traquent très bien l’activité des apprenants et permettent de fournir un récapitulatif de leurs faits et gestes (chaque clic est enregistré et tout est chronométré). Cependant, ce suivi a ses limites ; comme je l’ai déjà entendu (mais je ne sais plus par qui) "Cliquer n’est pas comprendre et imprimer n’est pas savoir !" L’apprentissage est une activité hautement personnelle et intérieure qui se mesure difficilement en nombre de clics ou de visionnements d’une vidéo.

Excepté les quizz pour lesquels l’évaluation est automatique, l’évaluation dans un MOOC est majoritairement réalisée par les pairs (il y a aussi des recherches pour développer des programmes de correction automatiques de productions écrites, mais on n’en est encore qu’à la phase de recherche et développement…). Ce travail est cadré avec des critères et des barèmes objectifs définis. Une telle démarche offre plusieurs atouts :

  • Elle est adaptée à un grand nombre de travaux à corriger.
  • Il a été montré que cela augmentait la qualité des productions des apprenants (cf. vidéo du FFFOD  à 42’00).
  • C’est une réelle source d’apprentissage pour ceux qui s’y adonnent. C’est en effet l’occasion de confronter ses connaissances et représentations à celles des autres, d’évaluer, d’argumenter. On est dans un niveau élevé de la taxonomie de Bloom.

Cette démarche est logique vu le nombre de travaux à corriger mais est-elle en adéquation avec la loi ? Peut-on décemment présenter une formation en proposant une évaluation par les pairs ? Je ne sais pas si les financeurs sont prêts à accepter une telle démarche …

4 – Les moyens d’accompagnement

Pour accompagner les apprenants d’un MOOC, plusieurs outils sont mis en place :

  • Un forum pour poser des questions. Ces questions peuvent être posées par les animateurs du MOOC pour susciter des réflexions et échanges entre participants ou par les participants pour échanger sur le contenu du cours ou résoudre un problème technique.
  • Un hashtag twitter et/ou une page Facebook pour élargir la salle de cours et toucher une communauté beaucoup plus large.
  • Un blog (ou assimilé) qui permet de diffuser les nouvelles du cours.
  • Des relances automatiques par mail pour annoncer les événements et thèmes de chaque semaine.
  • Certains proposent aussi des vidéos synchrones pour apporter des éléments de contenu et/ou répondre aux questions des participants.

Parmi ces outils une partie a un rôle informatif, l’autre partie, plus dynamique, repose majoritairement sur la communauté des apprenants. Une telle organisation facilite un tutorat par les pairs, tutorat qui est essentiellement réactif ou qui reste très impersonnel quand il est proactif. Elle est tout à fait adaptée pour tous les apprenants qui sont autonomes, motivés et savent s’organiser pour apprendre seul.
Encore une fois, je ne suis pas sûr que les organismes publics et OPCA se satisfassent d’un tutorat assuré par la communauté.

5 – Discussion

Ces trois points mettent en avant le décalage entre les MOOC et la loi :

  • Les MOOC sont plein de promesses, ils proposent des solutions innovantes mais sont encore jeunes et doivent faire leur preuve.
  • La loi et la position des financeurs évoluent, et dans le bon sens, mais à un train de sénateurs.

Il me semble que pour ne pas se tromper, du point de vue de la formation professionnelle, il faut considérer un MOOC comme un événement. On peut ainsi sans doute le rapprocher d’un séminaire qui n’est pas à proprement parler une formation mais tout de même une belle occasion d’apprendre, de créer une dynamique, d’élargir son réseau (et puis un séminaire, c’est tellement simple, c’est dans la vraie vie et on peut faire circuler une feuille d’émargement et délivrer une attestation de présence …).

Si l’on considère ainsi un MOOC comme un événement, on peut le voir de deux façons :

  • Le MOOC est un des éléments d’une formation longue, il est développé, mis en œuvre et animé par l’organisme qui dispense la formation. C’est ainsi l’occasion d’ouvrir une partie de la formation au grand public pour recueillir des avis d’expertise, échanger, confronter une approche théorique à des témoignages d’expériences vécues. C’est la logique qui a été proposée par l’équipe qui pilote e-learn² et le MOOC associé.
  • Le MOOC est un événement extérieur à l’organisme de formation. Il crée un contexte favorable, une dynamique pour mettre en œuvre une formation spécifique, en lien avec les objectifs visés par le MOOC. C’est dans cette logique que plusieurs partenaires se sont emparés d’ITyPA l’année dernière pour proposer des accompagnements ou des formations périphériques.

D’aucuns envisagent aussi des short MOOC,  qui devront respecter les mêmes contraintes, mais pour l’instant, cela reste à l’état d’idée …

Et vous, qu’en pensez-vous ? Quelle peut-être, selon vous, la place des MOOC dans la formation professionnelle ?

Crédit photo : Learn Teach Help Enjoy CC BY-SA tatadbb

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Connectivisme et littératie numérique

Qu’est-ce que le connectivisme ? Quelles sont les particularités d’un MOOC qui se veut connectiviste ? Ce type de dispositif peut sans doute être utilisé pour faire de la médiation numérique, mais cela nécessite d’en clarifier le fonctionnement.

Avant d’aller plus en avant, il est essentiel de comprendre que la spécificité d’un MOOC connectiviste est de privilégier l’implication des participants pour construire le contenu de la formation à une transmission de la connaissance dans une approche descendante, plus  académique.
L’article A Framework for Interaction and Cognitive Engagement in Connectivist Learning Contexts s’appuie sur l’analyse de différents MOOC connectivistes pour en modéliser le fonctionnement. Il en ressort que ces formations proposent 4 niveaux d’interaction spécifiques.

1 – Construire son Espace Personnel d’Apprentissage

Cette étape consiste à prendre ses marques. Cette prise de marques est personnelle, en repérant les outils que l’on utilise régulièrement. Elle est aussi collective en repérant les espaces d’échange en lien avec le cours pour s’y inscrire (forum, réseaux sociaux numériques, …). L’objectif est de prendre en main les outils, de les articuler, de se les approprier et de commencer à les utiliser pour suivre le cours.
Ces espaces d’apprentissage personnels permettront de relier les personnes autour du sujet du cours et de constituer un réseau.
Ce premier niveau permet de développer les compétences opérationnelles liées à l’utilisation des réseaux sociaux numériques et des espaces en ligne. Pour faire simple on pourrait dire que ce niveau consiste à s’outiller.

2 – Accéder à l’information

Les participants sont maintenant équipés pour suivre ce qui se passe dans le cours, tout n’est pas fini pour autant ! Il est temps de travailler sur l’accès à l’information, base de la connaissance. Ainsi, il revient à chacun d’utiliser les outils mis en place dans l’étape précédente pour être efficace. L’objectif est de s’organiser pour pouvoir suivre le cours et les apports des autres participants sans se perdre. Dave Cormier, dans son intervention pour le lancement de ITyPA – premier MOOC connectiviste francophone –, disait qu’il faut ‘éviter la noyade’.
Le maillage entre participants s’opère, on repère les personnes qui proposent des réflexions riches, partagent des ressources pertinentes… C’est le début du connectivisme où l’apprentissage se fait en réseau, en partenariat avec les autres participants.

3 – Participer à la communauté

On est nourrit par les contributions des uns et des autres et petit à petit, cela nous interroge, nous pousse à réfléchir, à opérer des connexions avec des connaissances antérieurs. Place à l’expression de nos propres idées, pensées, points de vue : on s’approprie, on reformule, on négocie, on tâtonne … On devient source d’information pour les autres participants.
Ce niveau correspond à un niveau d’apprentissage plus profond où le participant s’approprie les informations pour les mettre en perspective dans un apprentissage en profondeur.

4 – Co-construire

Ce niveau d’interaction est celui qui nécessite le plus fort engagement cognitif. Le travail collaboratif va permettre de prolonger le travail personnel en augmentant l’ampleur de la réalisation et l’intensité des liens interpersonnels. On gagne sur tous les tableaux ! La co-construction nécessite une négociation et une argumentation permanentes. On est sur un apprentissage très en profondeur.

Discussion
On n’est pas obligé de viser le niveau le plus élevé (et le plus exigent) pour s’inscrire à un MOOC connectiviste. On peut très bien se satisfaire du niveau informatif (niveau 2) parce que l’on n’a ni le besoin ni le temps d’aller plus loin. Comme le cours est ouvert, chaque participant est libre de l’aborder comme il le veut et de grappiller à sa guise. Il me paraît important de présenter ces différents niveaux d’expertise/de maîtrise et de les utiliser pour baliser le cheminement de chacun tout au long du MOOC :

  • au début pour définir ses objectifs,
  • pendant pour évaluer où l’on en est,
  • à la fin pour évaluer le chemin parcouru.

En parallèle, de cette approche, je suis tombé sur les carnets de la médiation numérique et à la lecture de cette page, il me semble que les MOOC peuvent être considérés comme des espaces virtuels, outils de médiation pour développer la littératie numérique numérique.

Afin d’argumenter mon point de vue, je reproduis ci-dessous le schéma qui présente la littératie numérique à trois niveaux : utiliser, comprendre, créer.

La littératie numérique, par Habilo Medias

Et ici, ma vision de la cohérence entre les niveaux d’interaction sur un cMOOC et la littératie numérique.

MOOC et litteratie numérique

MOOC et littératie numérique

Ainsi, on pourrait mettre en parallèle les EPN qui sont des espaces physiques de médiation numérique, proposant une expérience synchrone en face à face et un cMOOC qui est un espace virtuel (en ligne) pour une médiation majoritairement asynchrone. Cette complémentarité s’est déjà concrétisée dans l’accompagnement à ITyPA l’année dernière.

Encore une fois, ces idées sont surtout là pour être partagées, confrontées, débattues … et commentées … n’hésitez pas !

L’individu, la personne et le MOOC

Deux visions de l’homme coexistent (l’individu et la personne) et découlent sur deux modèles de société différents (le capitalisme et la communauté). L’approche sociale des MOOC peut-elle aider à faire évoluer la vision de l’homme et donc le modèle de société ?hands across the world CC BY NC SA building unities

1 – L’individu et la personne

Charles Maccio, dans son livre "De l’individu à la personne : qui sommes-nous ?" donne les définitions suivantes :

  • L’individu est un être humain, considéré isolément [...] La société est composée d’individus distincts, ce qui lui donne une dimension universelle. [...] L’individu a donné naissance à l’individualisme, devenu une idéologie qui a engendré le capitalisme.
  • La personne est aussi un  être humain, mais au lieu d’insister uniquement sur son unicité, elle la situe dans un système de relations. Elle est consciente que cette unicité s’enrichit au contact des autres, qu’elle se construit par les autres et qu’elle contribue à enrichir les autres de sa différence. [...] La personne a donné naissance au personnalisme qui permet à chaque être de contribuer à l’édification d’une société qui respecte la dignité de chaque personne humaine [...]et la différence de chacun, lui permettant de s’épanouir totalement et de mettre cet épanouissement au service des autres grâce à la solidarité.D’où la nécessité de d’avoir une conception de la société qui soit bâtie sur la notion de communauté.

2 – individualiser et personnaliser

Ces deux termes se retrouvent souvent en pédagogie, il est intéressant de voir la différence entre chacun. Jean Vanderspelden dans son article "APP : individualiser n’est pas personnaliser ou apprendre à s’autoformer !" propose de représenter ces modalités de la façon suivante :

individualisation - personnalisation J VdS

individualisation, personnalisation et autoformation accompagnée

L‘individualisation consiste à proposer un parcours de formation adapté à la demande individuelle exprimée en terme de besoin ou de projet. La personnalisation par contre est focalisée sur l’accompagnement de l’apprenant et vise une implication progressive dans le parcours de formation.

On retrouve bien la même distinction que dans l’approche de Maccio.

3 -Et les MOOC dans tout ça ?

Comment les concepteurs de MOOC font-ils pour individualiser ou personnaliser leur formation ? L’individualisation ‘réelle’ est difficile quand on est face à un grand nombre d’apprenants et les xMOOC ne se soucient pas trop de cet aspect. par contre, dans un cMOOC, la solution retenue est de proposer quelques activités types en laissant au participant le soin de choisir  de n’en réaliser aucune, d’en réaliser une ou plusieurs ou d’en réaliser une autre qu’il s’est fixé de son propre chef.

La personnalisation consiste à développer le lien entre les différents acteurs du dispositif pour accompagner l’apprenant. Cet accompagnement peut se faire soit par l’équipe d’animation, soit par les apprenants entre eux. Plusieurs outils sont envisageables :

  • le forum de discussion : permet d’échanger entre participants mais est assez complexe à utiliser. Le suivi d’un fil de discussion n’est pas aisé …
  • l’évaluation par les pairs : permet d’impliquer l’apprenant dans le dispositif en lui proposant d’avoir un regard critique et bienveillant sur les productions des autres participants. Il est à noter que ces interactions sont très riches d’un point de vue pédagogique mais ne créent pas de lien social puisqu’on ne sait pas qui l’on évalue ni qui nous évalue …
  • l’approche connectiviste (caractéristiques des cMOOC) : propose d’impliquer les participants dans une co-construction du contenu où chacun apporte sa pierre à l’édifice. On peut résumer ce courant par le proverbe africaine : "tout seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin"… Cette vision de l’apprentissage s’appuie largement sur les réseaux sociaux pour diffuser les informations, les ressources repérées ou construites et échanger entre acteurs du dispositif.
  • L’accompagnement sur site : où l’on institue des regroupements pour échanger, partager, co-construire (abordé ici, ou ). Ces regroupements ne sont pas proposés par les concepteurs de MOOC mais par des institutions qui s’appuient sur les MOOC pour offrir une formation ou une expérience enrichissante.

Si l’inscription dans un MOOC est essentiellement l’acte d’un individu (c’est ouvert, ça m’intéresse, j’ai le droit de m’inscrire, je m’inscris …) on peut constater que la participation à une telle formation tend à développer la personne dans sa relation aux autres et fait émerger des groupes, ferments de communautés.

On peut aussi reprendre le schéma ci-dessus et proposer qu’Internet, pris comme un méta-MOOC, est le lieu de l’autoformation accompagnée…

4 – Quel modèle économique ?

Voilà une question bien en phase avec l’approche capitaliste ! Et effectivement, c’est une question qui a son importance. Maintenant, si l’on pense que l’évolution de la société et le développement de communautés peut aider à faire émerger une démocratie participative et que c’est une fin en soi, alors, on peut envisager que développer des MOOC connectivistes, facilitant les relations entre participants est une mission de service publique …

Le coût d’un MOOC peut être très élevé mais est-ce indispensable ? La première version d’ITyPA a été développée par des bénévoles (et je les remercie encore pour ce qu’ils m’ont apporté), s’est appuyé sur de outils gratuits, et je crois que la seule dépense s’est limitée à l’achat d’un nom de domaine et l’hébergement de la plateforme. La course en avant vers plus de technologie, plus finie, avec des vidéos encore plus belles n’est pas à mon avis la priorité. Je vois plutôt la nécessité de développer un service dont la pédagogie est de qualité : activités et apports théoriques pertinents, intégrés dans un dispositif cohérent et aligné avec les objectifs affichés. C’est cette intelligence pédagogique qui est à mon avis la plus grande richesse d’une formation quelle qu’elle soit.

Des institutions sont en train de se positionner pour soutenir le développement de ces MOOC que ce soit des instituts de formation supérieure ou même le ministère avec le développement de la plateforme FUN. C’est une bonne chose, même si la motivation actuelle est plus de lutter contre l’hégémonie américaine que de développer un nouveau modèle de société …

Ces idées sont très personnelles mais j’espère qu’elles feront réagir : diffusez, partagez, critiquez … ou adoptez !

Crédit photo : hands across the world CC BY NC SA building unities

Quand un apprenant regarde un MOOC

Il me semble intéressant de regarder un MOOC du côté de l’apprenant, en le mettant (l’apprenant) au centre de la représentation. Cela permet de voir autrement le dispositif mis en place dans une telle formation.

1 – Les motivations

Pour quelle(s) raison(s) vous êtes-vous inscrit à un MOOC ?

Si l’on élimine les inscriptions ‘pour voir’, il me semble que trois raisons principales motivent l’inscription à une telle formation :

  • apprendre sur le sujet proposé,
  • se créer ou élargir son réseau ou sa communauté,
  • obtenir une reconnaissance.

Quelle que soit la motivation, il faut garder en tête que l’organisation temporelle de chacun est complexe et sera le frein principal à l’implication du participant. Il faut que la motivation soit d’autant plus forte si l’on veut aller au bout et atteindre son (ses) objectif(s)…

2 – Le dispositif vu par l’apprenant

Lors de sa présentation à Valence le 10 mars 2014, Stephen Downes présente le point de vue de l’apprenant comme suit :

MOOC student's viewL’apprenant est au centre, il a accès à de nombreux services de publication, que ce soit en qualité de producteur de ressources ou comme consommateur (lecteur). Ainsi un MOOC n’est qu’un service supplémentaire mis à sa disposition. Cette vision me semble tout à fait éclairante en présentant le MOOC comme une porte d’entrée vers une démarche autonome d’apprentissage en ligne.

S. Downes précise aussi que sa vision de l’apprentissage est à la confluence entre le regard sur le monde et les interactions que l’on y vit (socio-constructivisme) et l’introspection (analyse réflexive). Je rejoins tout à fait cette approche que j’avais représentée de façon graphique à la fin de ITYPA 2.

Mon EAP en 2013

Comment j’apprends en 2013

A partir de ces remarques, peut-on dire que la différence entre un MOOC et internet n’est qu’une affaire d’échelle ? Peut-être bien …

3 – Internet : un MOOC informel ?

La question peut en effet se poser : internet offre la possibilité d’entrer en contact avec des personnes de tous les continents compétents dans tous les domaines imaginables presque dans la langue que vous voulez.

Mais Internet est comme les autres MOOC : il faut s’inscrire ! S’inscrire dans le sens où cela nécessite un engagement :

  • Engagement pour rechercher des personnes qui pourront m’ouvrir les portes du domaine sur lequel je veux apprendre,
  • Engagement pour suivre les publications dans le domaine,
  • Engagement pour partager ses réflexions, à son niveau et enrichir le débat dans la communauté.

Comme je l’ai dit plus haut, les MOOC sont alors une porte d’entrée possible.

Ils sont initiateurs de relations : ils offre l’occasion de repérer les spécialistes du sujet visé voire, de rentrer en contact avec eux.

Une fois ce réseau créé, nous pouvons continuer à échanger avec ces personnes, lire leurs publications, visionner leurs interventions, … On en arrive à apprendre sur le sujet en continu. Le MOOC a initié l’apprentissage, il nous a ouvert les portes d’une communauté où l’on évolue maintenant par ses propres moyens.

Pour ce qui est de la reconnaissance, les MOOC développent le système de correction par les pairs. Cela nécessite de produire des documents et de les soumettre à nos pairs qui les lisent et les évaluent. N’est-ce pas ce que nous faisons lorsque nous publions un article sur un blog ou que nous déposons une vidéo sur youtube ? La reconnaissance se mesure alors à la diffusion de la production via les réseaux sociaux et aux commentaires que suscite le document.

Ainsi, je pense que les MOOC sont effectivement une porte d’entrée vers l’apprentissage en ligne qui nécessite de s’appuyer sur deux piliers :

  • l’appartenance à un réseau ou une(des) communauté(s),
  • le partage de ses analyses et expériences personnelles.

4 – Mon expérience personnelle

J’ai commencé à me construire un réseau de spécialistes dans le domaine de l’éducation et des technologies avant l’apparition des MOOC mais il est vrai que la participation à ITyPA a été l’occasion de l’étoffer sérieusement et de consolider mon espace personnel d’apprentissage.

Suivre les productions de ces personnes me nourrit au quotidien et me titille régulièrement : c’est une source d’inspiration inépuisable pour réagir et écrire des articles (typiquement, c’est la vidéo de S. Downes qui est à l’origine de cet article) …

Pour ce qui est de l’évaluation par les pairs, cet article peut servir de test : le temps nous dira si cette analyse est jugée pertinente par mon réseau, relayée et/ou commentée. A vous de juger !

Le cycle des compétences

J’ai été récemment interpelé par un schéma qui circulait sur internet qui se rapproche d’une taxonomie et que je reproduis ci-dessous :

fait - sait faire - sait comment faire - sait original

extrait du bulletin CÉFES (Centre d’études et de formation en enseignement supérieur) de l’Université de Montréal – numéro 6 de mai 2002

Et en fait, si j’aime bien la pyramide de gauche, je suis beaucoup moins sensible à la partie droite sur l’évaluation. J’associe plus facilement cette pyramide aux 4 niveaux de conscience de sa(ses) compétence(s).

1 – de l’incompétence inconsciente à la compétence inconsciente

  1. Au début de l’apprentissage (sous la pyramide), on n’a pas conscience de l’étendue de son ignorance et de son incompétence, c’est l’incompétence inconsciente.
  2. Une fois que l’on a découvert les notions élémentaires et qu’on sait (donc au premier étage), on a conscience de ses limites : c’est l‘incompétence consciente où l’on repère l’étendue de ce qu’il va falloir apprendre.
  3. Après avoir appris comment faire, on espère pouvoir démontrer ce savoir. On est alors compétent conscient : chaque mobilisation de cette compétence nécessite réflexion et concentration spécifique.
  4. Quand on arrive au sommet de la pyramide (on fait), on n’a plus besoin de réfléchir pour faire, on a automatisé nos gestes et démarches : on est compétent inconscient.

2 – La savoir-faire (ou savoir agir) ne suffit pas pour faire

Il me semble que si les trois premiers niveaux (sait, sait comment faire, fait la démonstration) sont liés à l’apprentissage, le dernier niveau (fait) s’inscrit dans le cadre de l’activité professionnelle et peut être considéré comme la résultante de cet apprentissage. Cependant, il me semble essentiel d’avoir à l’esprit, comme le dit Le Boterf, que la compétence et l’action ne résultent pas uniquement du savoir-agir, elles nécessitent aussi un contexte favorable (pouvoir-agir) et une volonté de la part du professionnel (vouloir-agir).

3 – La compétence peut se développer en continu

C’est la base du life long learning ! Toute situation  peut être source d’apprentissage. Cela nécessite quand même de prendre du recul pour décortiquer et analyser ce qui s’est passé au cours d’une phase d’analyse réflexive. Mais cette analyse réflexive nécessite, elle aussi, un certain savoir-agir, un pouvoir-agir et un vouloir-agir …

4 – Le cycle des compétences professionnelles

Les trois premiers niveaux de la pyramide présentent l’apprentissage de compétences alors que le sommet correspond à l’utilisation et l’exploitation de celles-ci dans un contexte professionnel. Dans une approche GPEC, il me semble qu’il manque un niveau qui correspondrait au partage de la compétence, à sa transmission, comme le maître transmet au compagnon dans le compagnonnage ou le tuteur au tutoré dans le tutorat. Cette démarche est une possibilité pour conserver les savoirs et savoir-faire ‘métiers’. Dans cette logique, le ‘maître’ sera confronté aux questions du compagnon : Comment fait-on ? Pourquoi fait-on comme cela ? Pourrait-on faire autrement ? Pourquoi ne fait-on pas autrement ? etc …

Y Répondre n’est bien souvent pas évident. L’analyse réflexive de ses pratiques au quotidien peut permettre de décortiquer son activité et d’apporter des éléments de réponse.

De même, cette analyse de pratique devrait pouvoir permettre de définir des éléments de contexte ainsi que les contenus des formations (en termes de compétences et connaissances). Elle est enfin aussi utile en interne pour élever le niveau de compétences générales des personnels :

  • individuellement, l’analyse réflexive permet d’avancer dans sa connaissance et sa compréhension du milieu, du contexte, de mieux percevoir les tenants et aboutissants et de définir ainsi au mieux que faire et comment le faire
  • collectivement, lorsque les réflexions personnelles sont échangées dans une ambiance communautaire, chacun profite alors des apports de la communauté.

On a ainsi les trois temps du cycle des compétences :

  1. l’appropriation : pendant une phase d’apprentissage ou de formation,
  2. l’exploitation : durant la vie professionnelle
  3. la transmission : après une analyse réflexive (personnelle ou accompagnée) qui peut se traduire sous forme de tutorat, de compagnonnage ou d’élaboration (ou d’aide à l’élaboration) de parcours de formations.

et trois schémas possibles pour transmettre cette compétence à partir d’une analyse réflexive :

  1. le tutorat (ou compagnonnage),
  2. l’échange communautaire (ou ‘social learning’),
  3. la construction de formation.

5 – Illustration graphique

Voici un prezi qui reprend ces idées de façon graphique. Apportez votre point de vue, vos critiques : ça fera avancer !

Un MOOC pour former ses équipes

Vous souhaitez former vos équipes en vous appuyant sur un MOOC en prévoyant un accompagnement spécifique en interne ? Moi aussi ! Voici un point d’étape de mes réflexions à ce sujet, fruit d’une première expérience lors d’ITyPA2. Je suis plutôt intéressé par l’utilisation des MOOC connectivistes (cMOOC), mais  ces réflexions peuvent sans doute s’appliquer à de MOOC plus ‘académiques’ et directifs (xMOOC).

team meeting

1 – Le choix du MOOC

Eh oui ! la première question est bien sûr : "sur quel MOOC vais-je m’appuyer ?"

Pour répondre à cette question, je vous propose de répondre d’abord  aux trois questions suivantes :

  1. Quels savoirs / savoir-faire / compétences je souhaite voir mes équipes développer ?
  2. Combien de temps puis-je libérer mes équipes pour cette formation (par semaine et sur combien de semaines) ?
  3. Quelle est la période la plus pratique pour cette formation ?

Maintenant, vous pouvez consulter quelques sites (la liste n’est pas exhaustive) où vous trouverez peut-être votre bonheur.

Les MOOC francophones (il y a sans doute des recouvrements entre ces différents sites) :

Les autres MOOC sur les différentes plateformes :

2 – La présentation aux équipes

Vous avez choisi le MOOC adapté et vous devez maintenant présenter le dispositif à vos équipes. Il est important d’expliquer  :

  • Pourquoi monter une formation s’appuyant sur un MOOC ? (ça pourrait faire l’objet d’un prochain billet …)
  • Pourquoi ce MOOC-là ?
  • Comment va se dérouler la formation ? (durée, temps libéré, modalités, outils, …)
  • Quels sont les objectifs et attendus de la formation ?

Lors de cette présentation, vous expliquerez bien sûr vos critères de choix du MOOC sélectionné en vous appuyant sur les objectifs affichés. Il est important à ce moment-là de laisser une certaine liberté aux participants sur la définition de leurs objectifs personnels propres dans cette formation, et cela pour deux raisons :

  • C’est un facteur de motivation important que de pouvoir faire des choix dans une formation, et le choix des objectifs n’est pas un choix anodin.
  • Vos collaborateurs savent ce dont ils ont besoin, parfois mieux que vous. Ce serait dommage de passer à côté de cette information !

Ces différents points pourraient être regroupés dans un syllabus qui présente le dispositif de façon la plus claire possible en insistant sur l’alignement entre les objectifs, les méthodes et les outils voire l’évaluation.

3 – Le positionnement

En plus des objectifs personnels visés, il me semble important que chaque participant vivent un positionnement pour faire le point par rapport aux pré-requis nécessaires.  Plusieurs aspects sont à étudier  avec à chaque fois des exemples de réponses possibles qui seraient à affiner:

a) Quel rôle tenir dans le MOOC ?

  • acteur proactif  : initiateur d’activité, producteur de ressources …
  • acteur réactif : suiveur sur des travaux collaboratifs, commentateur de billets, …
  • spectateur collectif : curateur et diffuseur de contenu (pour un groupe identifié ou non),
  • spectateur personnel : suivi de l’activité pour son propre compte.

b) Quelle attitude face au partage ?

  • "qu’ai-je d’intéressant à partager ?"  : on filtre avant de partager,
  • "en quoi ce que j’ai à partager est intéressant ?" : on est prêt à partager mais on doute de l’intérêt de sa contribution,
  • "je partage, ceux que ça intéresse y trouveront leur compte" : on partage sans évaluer l’intérêt de sa production ni les retombées qui peuvent en découler.

c) Quelle capacité à apprendre en autonomie ?

  • quelles compétences informationnelles ? (recherche d’information, veille, repérage des ‘bonnes’ ressources, …)
  • quelle capacité à se fixer des objectifs ? (cf. SMART)
  • quelle capacité à l’analyse réflexive ? (prise de recul, relecture d’expérience)
  • quelle capacité à s’auto-évaluer ?
  • quelle capacité à gérer son temps ?

4 – Exploitation du positionnement : le pré-MOOC

Ces éléments vont vous permettre de faire le point avec vos équipiers : quelle est l’adéquation entre les objectifs visés et les compétences de chacun ? Cette analyse vous permettra de définir le contenu d’un pré-MOOC, afin de mettre à niveau vos équipiers pour qu’ils puissent suivre le MOOC dans de bonnes conditions. Ainsi, vous pourrez :

  • les initier à la prise en main des outils élémentaires que vous aurez repérés (plate-forme, twitter, blog, flux RSS, …),
  • leur proposer des outils méthodologiques,
  • travailler le partage et la mutualisation (au moins au sein de l’équipe).

5 – REL 2014

REL 2014 est un CLOM (Cours en Ligne Ouvert et Massif, francisation de MOOC) qui traite des ressources éducatives libres. La première semaine de ce cours propose des éléments qui rejoignent les pistes proposées ci-dessus :

Ces questions d’accompagnement me semblent essentielles et pour l’instant pas encore assez prises en considération par le plus grand nombre. Pour avoir un autre regard sur ce sujet, vous pouvez lire l’interview de Thierry Laffont, co-responsable du MOOC Le digital, vivons-le ensemble  qui propose des pistes intéressantes à intégrer lors de la conception d’un MOOC.

Cette démarche et ces réflexions peuvent aussi être utilisées par n’importe quel participant autonome à un MOOC.

N’hésitez pas à partager vos réflexions ou expériences à ce sujet …

Crédit photo : team meeting CC by r woodleywonderworks

#CLOM_REL : Ouvrir ses ressources, pourquoi ? ou pourquoi pas ?

120px-Logo_Ressources_Educatives_Libres_(REL)_mondial.svgJe me suis inscrit récemment au CLOM (version francophone du MOOC) REL2014 sur les ressources éducatives libres et je me pose la question des arguments en faveur de l’ouverture des ressources. Pourquoi les partager ? ou pourquoi pas ? Voici donc quelques éléments d’argumentation…

1 – Je travaille actuellement dans un service publique et il me semble cohérent que le fruit de l’argent public soit public (ce sont vos impôts qui payent mon travail). Tout le monde n’est pas d’accord avec ce principe, mais c’est une position que j’essaie de défendre …

2 - Le partage et le brassage d’idées sont enrichissant. Il est remis en question par les consommateurs profiteurs qui utilisent sans rien apporter (ni ressource, ni même commentaire ou partage d’expérience sur l’exploitation des ressources libres). Ceci étant, ouvrir ses ressources nous fait entrer dans une communauté en ligne qui respecte la règle du 90-9-1. Il ne faut pas donc s’attendre à un retour phénoménal…

3 - Partager ses ressources peut aussi être vu comme un acte marketing pour promouvoir ce que l’on fait et/ou ce que l’on sait faire.

4 – Enfin, en lisant le monde avec Internet de S. Soudoplatoff, je suis tombé sur ce passage :

"Ce ne sont pas vos brevets qui vous protègeront de la concurrence, mais votre rapidité d’exécution" (Auguste Detoeuf, premier président d’Alstom). Cette phrase est l’antithèse d’un monde basé sur le stock (le brevet en occurrence) et prône une économie de la valorisation, donc le flux. [...] l’usage du savoir afin de résoudre des problèmes dans un contexte est ce qui porte de la valeur.

Cette réflexion rejoint ce que disait Thomas Friedman dans le NY Times : "The world only cares, and will only pay for, what you can do with what you know".

Ainsi, la valeur n’est pas le stock des ressources mais bien dans la dynamique que nous pouvons créer autour, que ce soit en les associant, en les adaptant et en les utilisant pour rendre nos formations riches, actives, porteuses de sens et favorisant le développement de compétences …

C’est notre dynamique et notre capacité à innover qui sont notre vraie richesse. Les ressources que nous pouvons partager sont alors des indicateurs de cette dynamique !

Ces réflexions méritent d’être débattues, n’hésitez pas à réagir !

Crédit photo : Logo Ressources Educatives Libres (REL) mondial CC by Jonathasmello

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