Pédagogie, Andragogie et Heutagogie

Voici des noms bien barbares pour parler de différentes façons d’apprendre et d’enseigner.  Ils mettent en évidence que la maturité d’une personne influe sur ses modalités d’apprentissage et qu’elle peut avoir une certaine autonomie dans son cheminement.

Je vous propose une comparaison de ces trois schémas, à partir de l’article de Lindy McKeown (merci à elle) que je n’ai fait que traduire, suivie de quelques réflexions qui en découlent.

pédagogie-andragogie-heutagogie

Il me semble qu’il ne faut pas considérer cette présentation comme une référence mais plutôt comme un repère, à partir duquel on peut se situer. J’y trouve en effet quelques aspects critiquables.

1 – Une présentation caricaturale de la pédagogie

l’approche exclusivement transmissive présentée pour l’apprentissage chez l’enfant est discutable ; la présentation de Céline Alvarez à TedxIsèreRiver « Pour une refondation de l’école guidée par les enfants » en est un bon contre-exemple. Elle nous montre comment se passe la vie dans une classe de maternelle où les enfants choisissent ce qu’ils souhaitent apprendre, découvrent ensemble, se soutiennent, … Elle nous montre que l’heutagogie – peut-être inconsciente – est aussi possible avec de jeunes enfants.

2 – Le rôle du formateur dans l’heutagogie n’est pas clair

En effet, je trouve que l’auteur du tableau n’a pas assez montré la place d’initiateur qu’a le formateur (ou l’enseignant) dans un système heutagogique. Lindy nous présente des qualités repérées chez ces personnes mais ne nous dit pas comment elles peuvent agir pour aider l’apprenant à avancer. Il me paraît pourtant essentiel de préciser qu’un tel formateur a un rôle de ‘facilitateur méthodologique’ sur 3 points essentiels :

  • la relecture d’une activité : Que s’est-il passé ? Quel était le contexte ? Quelle stratégie a été utilisée ? …
  • les interactions entre apprenants : Comment je peux aider l’autre ? Comment peut-il m’aider ? Comment pouvons-nous avancer ensemble ?
  • la veille sur le sujet de la formation : Quelles sont les dernières actualités du secteur ? Comment cela peut faire évoluer nos pratiques ou nos apprentissages ? Comment diffuser ces évolutions ? En reprenant le modèle Seek – Sense – Share  de Harold Jarche.

3 – L’apprenant ‘heutagogiste’ doit fournir beaucoup de travail

Ce travail à l’air simple et peu chronophage. C’est à mon avis trompeur. Je rapprocherait cette activité de ce que décrit James Dyson quand il donne cinq conseils pour innover :

  • Restez naïf
  • Chérissez l’erreur
  • Ne dédaignez pas ce qui n’est pas glamour
  • Redoublez d’effort chaque année
  • Persévérez

Je pense que l’heutagogie est bien dans cette logique : accueil enthousiaste de ce qui arrive (rester naïf), de l’erreur (si on prend le temps de relire ce qui s’est passé pour progresser) et nécessite beaucoup de travail (persévérer et redoubler d’effort …).

Vous avez peut-être d’autres critiques à émettre à propos de cette comparaison, n’hésitez pas ! Les commentaires vous sont ouverts…

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Des MOOC pour le secondaire ?

Dans le cadre du colloque e-education « le numérique en questions », j’ai proposé de présenter un retour d’expérience sur la mise en place de MOOC dans le secondaire en m’appuyant sur mon expérience (mise en place du Classe-MOOC) et les réflexions que je vous ai déjà partagées dans ce blog. Voici donc un premier jet de ces idées, histoire de me mettre en jambe …

1 – un MOOC au secondaire, c’est possible ?

Un MOOC est une formation en ligne, ouverte à tous. On peut l’envisager comme une transposition des MOOC universitaires en adaptant le niveau au contexte scolaire et on arrive à des choses comme ce que propose franceTVéducation :

Des MOOC de France TV éducation

Des MOOC de France TV éducation

Mais on peut aussi envisager un MOOC comme une fenêtre grande ouverte sur le monde, qui offre la possibilité de créer des interactions avec l’extérieur. Cela rejoint le discours de Julie Higounet, chef de projet des « usages numériques » à la Direction du Numérique pour l’Education (DNE — DGESCO) qui propose de travailler 3 relations dans l’enseignement :

  • la relation entre élèves et enseignants,
  • la relation entre élèves,
  • la relations avec les autres (le reste du monde).

Cette position rejoint aussi le point de vue de Stephen Downes qui dit que le côté massif (le M de MOOC) consiste à changer l’échelle du cours. Le premier MOOC a été l’ouverture au monde d’un cours donné à 25 personnes : plus de 2000 personnes ont suivi ce cours, y ont participé et ont enrichi les échanges sur la plateforme.

2 – Le MOOC comme un voyage

Les voyages scolaires sont une institution. Pourquoi ne pas remplacer un tel déplacement par un voyage en littératie numérique ?

Quels peuvent être les objectifs pédagogiques d’un tel voyage ?

  • lire numérique : cela englobe la recherche d’information, la vérification des sources, le recoupement des données, le traitement et la synthèse de ces documents.
  • écrire numérique : produire et publier des documents multimédia. Cela peut être du texte,  des graphiques, des vidéos, etc …
  • travailler en équipe et/ou en réseau : s’organiser, respecter un échéancier, s’écouter, argumenter, trouver un compromis, …

3 – Comment s’organiser ?

L’idée peut être séduisante, reste à s’organiser … De mon expérience de Classe-MOOC, voici quelques conseils :

  • Banaliser une semaine pour être complètement immergé dans le MOOC.
  • Définir un sujet qui peut intégrer un maximum de disciplines du programme et susceptible de motiver vos élèves : des grands sujets de société comme les réseaux sociaux, la ville durable ou intelligente, les données ouvertes, … peuvent être facilement intégrés à de nombreux programmes. Si vous proposez les grandes lignes de la thématique, laissez à vos élèves le choix de leur sujet d’étude. Cela accroitra leur engagement et leur permettra de travailler sur la construction d’une problématique.
  • Trouver des partenaires : c’est sans doute ce qui sera plus compliqué. Il est intéressant de chercher des  établissements partenaires dont les élèves pourront vivre le MOOC en même temps que vous, mais aussi des professionnels qui pourront apporter un regard d’expert. Leur participation pourra être de lire quelques productions (et si possible réagir), participer à une interview en ligne ou venir intervenir dans l’établissement, …
  • Anticiper, anticiper et encore anticiper … Comme pour un voyage scolaire, il y a un sérieux travail de préparation pour baliser le sujet, repérer des sources d’information pertinentes, penser à la constitution de groupes, l’évaluation, les contraintes techniques liées à l’établissement (l’accès internet par exemple …), les outils utilisés, etc…
  • Définir un planning pour la semaine. Alors là, c’est facile, vous pouvez vous inspirer de celui que nous avons utilisé qui a été assez bien respecté. Comme vous pouvez le constater (si vous avez ouvert le planning) ça n’est pas parce que la semaine est banalisée qu’il n’y a pas d’intervention de l’enseignant. Plusieurs sujets méritent d’être présentés/débattus pour que la semaine se déroule dans de bonnes conditions. On avait prévu d’aborder :
    • qu’est-ce qu’une problématique ?
    • qu’est-ce qu’une réunion de travail ?
    • comment faire une recherche sur internet ?
    • auquel on pouvait ajouter « comment construire une carte mentale ? » et « comment réaliser une présentation de qualité ? »
  • Définir les outils : nous avons utilisé un blog par groupe pour présenter l’avancement du travail sur la semaine, un univers netvibes pour regrouper en un lieu unique l’ensemble des productions et twitter avec un hashtag prédéfini (#dataweek) pour partager le vécu, les trouvailles, les émotions …

netvibes classMOOC

 

4 – Quels sont les points de vigilance auxquels il faut faire attention ?

Deux aspects me semblent particulièrement important :

  • la problématique sur laquelle les élèves vont travailler doit être claire et précise. L’expérience montre que le travail de toute la semaine et la production finale sont très décevants lorsque la problématique est bancale.
  • La place et le rôle des enseignants doivent être clairs et anticipés. Ils ont un rôle d’accompagnement. J’aime bien la formule qui dit de « laisser errer sans laisser échouer ». L’enseignant est là pour poser des questions plutôt que donner des réponses. Il doit accepter de ne pas tout connaître et apprendre à côté des élèves. Un enseignant qui se lance dans un tel projet va développer un large panel de compétences : accompagnement, esprit critique, esprit d’initiative, réactivité, analyse réflexive, travail collaboratif qui sont utiles pour développer ces mêmes compétences chez les élèves !

5 – Pour aller plus loin

Une présentation complète de l’organisation de notre classe-MOOC est accessible ici : http://sites.google.com/site/classemooc

Cette présentation du MOOC comme un voyage est personnelle, d’autres solutions sont possibles pour ouvrir la classe au monde. Ainsi les twittclasses offrent une autre alternative, de la maternelle au supérieur !

Pour nourrir votre réflexion sur l’ouverture de la pédagogie, je ne peux m’empêcher de remettre cette illustration de la pédagogie ouverte qui est toujours d’actualité. A la fin de cet article, il me semble qu’il faudrait déplacer l’utilisation des média sociaux entre la coopération et la transparence ;-)

pédagogie ouverte

pédagogie ouverte

 N’hésitez pas à réagir pour enrichir la présentation et à bientôt à Poitiers, pour ceux qui y seront !

Des images pour expliquer un MOOC

Il me semble intéressant de revenir sur l’explication de ce qu’est un MOOC. Pour cela je vous propose 3 métaphores, qui chacune présentera une des facettes de cet objet polymorphe.

1 – La conférence

C’est peut-être la comparaison la plus facile ! un MOOC est un Cours (c’est la signification du C) dans le sens où il réunit des enseignants/animateurs et des participants/apprenants pour que ces derniers apprennent. La similitude avec une conférence est renforcée par la présence d’experts qui interviennent d’une part pour présenter leur savoir – souvent sous forme de courtes vidéos – et d’autre part pour échanger avec l’auditoire lors de conférences en ligne en direct. On retrouve donc bien les présentations et les temps de questions-réponses classiques dans une conférence.

Lorsque des collègues reviennent de conférence, je les entends souvent dire : »tu sais, dans ces conférences, ce sont les moments de pause, où l’on peut échanger de façon informelle qui sont le plus riche ». Et ce qui est formidable, c’est que les MOOC offrent ces possibilités informelles …

2 – La fête des voisins

Quoi de plus informel que la fête de voisins : on fixe une date, on convie ses voisins dans un esprit d’auberge espagnole : chacun apporte ce qu’il a ! On retrouve bien toutes ces caractéristiques dans le côté Open d’un MOOC : c’est ouvert à tous, chacun s’inscrit avec son bagage propre, sa culture, son histoire et tous ensemble, on va y arriver. Cet aspect est très marqué dans les MOOC connectiviste où l’on cherche à construire la connaissance en réseau mais se retrouve aussi dans les forum de n’importe quel MOOC.

3 – Le voyage organisé

Pourvoirie_Mabec_à_Sept-îles_Duplessis_(Côte-Nord)_QuébecLa troisième image met plus en avant l’aspect découverte du MOOC. Découverte de la littératie numérique, de l’apprentissage tout au long de la vie et des outils qui vont avec. Un MOOC, c’est dépaysant, c’est une nouvelle approche de la formation en ligne (ça, c’est pour le Online), plus orienté apprentissage qu’enseignement, c’est aussi une nouvelle notion de propriété et de partage puisque les ressources sont souvent libres de droit (c’est le deuxième versant de Open, le côté Open Source).

Même si un MOOC nous demande de se faire violence et de  s’aventurer dans des contrées inconnues de la toile (réseaux sociaux, forums, partage, …), on n’est  quand même pas complètement perdu dans un pays inconnu … Il y a des animateurs qui ont déjà balisé le trajet et d’autres participants qui sont là, prêts à vous rassurer  et vous aider au moment de monter dans l’hydravion.

4 – Il manque une lettre, non ?

En effet, il manque l’aspect Massif ! Mais je pense que cette facette correspond à une capacité à passer à une grande échelle. Cela pourrait correspondre à pousser les murs de la salle de conférence ou à utiliser un bus élastique pour accepter tous les participants qui le souhaitent ou encore à envisager une fête des voisins non pas seulement dans sa rue mais étendue à toute la francophonie ! Ça pourrait être sympa, non ?

Un dernier élément me semble important à relever : toutes les images présentent des événements. Cette limitation temporelle, avec un début et une fin, est à mon avis un aspect essentiel du MOOC qui permet de créer une communauté autour d’un sujet. On y pense, on se prépare, on le vit intensément et puis c’est fini, et on repart avec ses souvenirs. On est toujours le même, mais un peu différent quand même …

Et vous qu’en pensez-vous ? Quelle image vous parle le plus ? A quoi compareriez-vous un MOOC pour le présenter ?

Crédit photo : Pourvoirie Mabec à Sept-Iles Duplessis, CC BY-SA Grégory Cloutier

Pourquoi je partage ?

I love to shareL’article de Jean-Michel Cornu sur le don m’a interpelé sur ce qui pousse chacun à partager ses idées, essais, avancées, erreurs, avancées, réflexions, … dans une communauté. Je n’ai pas pris les moyens de mener une enquête avec sondages et entretiens mais j’ai fait une analyse personnelle : Pourquoi je partage mes réflexions dans ce blog ?

1 – Petite précision

Deux points me semblent important à noter :

Ce blog est un bien immatériel : le fait que vous lisiez ces lignes ne me prive de rien, c’est même plutôt pour moi un gain car si j’écris, c’est entre autre pour être lu !

Dans une communauté (un réseau) on est dans la logique de l’auberge espagnole où chacun vient avec ce qu’il a et ce qu’il est.

2 – Mais quelles sont mes motivations ?

Je vois quatre motivations principales à la tenue de ce blog :

  • Vous m’apportez beaucoup, je vous dois bien ça ! On est là dans la logique de contre-don comme le présente Marcel Mauss. Je me sens  en quelque sorte ‘redevable’ à mon réseau de tout ce qu’il m’apporte. En contribuant à mon tour, je nourris mes ‘amis’ qui se sentent (peut-être) à leur tour redevable. Ce qui me semble intéressant est que, dans cette logique, on n’est plus redevable à une personne en particulier mais à son réseau (ou sa communauté), entité très vague et impersonnelle.
  • Vous évaluez mes idées. Votre regard sur mes idées m’intéresse, m’aide à me diriger et à avancer. Vos relais sur les réseaux sociaux sont des indicateurs de pertinence (quantitatif) et les commentaires que vous apportez permettent d’enrichir mon point de vue (qualitatif).
  • Écrire oblige à mettre des mots sur ses idées. Je suis de plus en plus convaincu que cette contrainte de formalisation est un moyen très efficace pour apprendre et je le recommande vivement. Cette dernière motivation n’implique pas forcément le partage, je pourrais très bien la satisfaire en gardant mon blog privé et sans rien partager du tout … En fait, je publie les réflexions qui me semblent intéressantes et que je souhaite archiver. Ce blog est alors un portfolio d’apprentissage qui permet de retracer mon cheminement …
  • Je suis fier de ce que je produis donc je l’affiche. Eh oui ! Narcisse n’est pas très loin ! Mais je pense que c’est un des moteurs des réseaux sociaux numériques et qu’il faut en avoir conscience pour ne pas en devenir esclave.

En filigrane derrière ces motivations se trouve aussi le fait que je suis satisfait de mon niveau de vie et que j’attends  plus de la reconnaissance et des réflexions qui me titillent que de l’argent.

3 – Passer du stock au flux

Avec Internet, on passe d’une logique de stock et de possession à une logique de flux et d’usage. Transcrit de façon personnelle, cela donne :

Je suis plus riche de ce que je suis (et de ce que je sais faire) que de ce que j’ai.

Ce que je suis correspond au flux, ce sont mes savoirs et compétences (savoir-être, savoir-faire, savoir-devenir, …). Ce sont des caractéristiques dynamiques, en perpétuelle évolution et intrinsèquement liées à ma personne. Ce que j’ai est le fruit de ma production/réflexion ou du glanage à gauche à droite, cela correspond correspond au stock.

Pour faire vivre le flux, il faut partager son stock.

En effet, il est profitable de partager ses ressources, ses idées : la confrontation est source d’enrichissement. C’est ce que dit Flore Berlingen (@floreberlin) dans le numéro Hors Série de terra Eco : « Avant, il s’agissait de protéger ses bonnes idées, aujourd’hui, il s’agit de les partager pour que d’autres les améliorent ». Cela nécessite un changement de mentalité  pour accepter la logique de la version bêta ‘perpétuelle’ et de l’amélioration continue. Ça n’est pas trop dans la culture française où l’on a plutôt tendance à attendre d’avoir atteint la perfection avant de publier son chef d’œuvre.

4 – Et l’impact économique ?

Le hors série Terra Eco (encore lui) cite une étude de la fondation P2P (que je n’ai pas recherchée) « Chaque milliard de dollars investi dans l’économie de la libre connaissance détruit à court terme 60 milliards de dollars dans l’économie traditionnelle ».

Je passe environs une journée par mois sur ce blog à partager des idées et des réflexions et si on respecte le ratio présenté ci-dessus, je détruis  chaque mois 60 jours de travail de l’économie traditionnelle … Suis-je donc un pourri ? Ça n’est pas l’effet cherché mais la question se pose. Et même si les chiffres sont à vérifier, on conçoit bien que ce qu’on partage, d’autres ne le vendent pas …

Pour avancer vers un élément de réponse, on peut toujours écouter Bernard Stiegler qui dit que l’on se dirige vers une société sans emploi, mais pas sans travail, et qui prône une généralisation d’un statut comparable à celui des intermittents du spectacle. Ce point de vue peut en rassurer certains mais il ne me convainc pas complètement et la question me taraude toujours …

Crédit photo : I love to share CC BY Creatives Commons

MOOC et formation professionnelle

learn-teach-help-enjoyDans quelle mesure les MOOC peuvent-ils s’intégrer dans le contexte de la formation professionnelle ? Que dit la loi ? Quelles opportunités peuvent se présenter ? Tout n’est pas simple mais si l’on considère un MOOC comme un événement et plus comme un cours, il peut créer un contexte favorable à une formation ou enrichir une formation existante.

1 – Le contexte

La loi du 5 mars 2014, relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale définit qu’une formation peut s’effectuer en tout ou partie à distance, le cas échéant en dehors de la présence des personnes chargées de l’encadrement. Dans ce cas, le programme […] précise :
1° La nature des travaux demandés au stagiaire et le temps estimé pour les réaliser ;
2° Les modalités de suivi et d’évaluation spécifiques aux séquences de formation ouverte ou à distance ;
3° Les moyens d’organisation, d’accompagnement ou d’assistance, pédagogique et technique, mis à disposition du stagiaire.

En partant de ce cadre, un MOOC peut-il être considéré comme une formation ? Si tel n’est pas le cas, quelle solution pourrait permettre d’adapter un MOOC pour le transformer en une formation ?
La variété des MOOC ne permet pas de répondre de façon globale à cette question par contre, des grandes lignes peuvent permettre de clarifier quelques éléments. Il me paraît ainsi essentiel de s’arrêter sur les travaux demandés, les modalités de suivi et d’évaluation et l’accompagnement à distance proposé.

2 – Les travaux demandés

Les MOOC qui proposent une certification imposent un ensemble de travaux qui peuvent aller de la réponse à des questionnaires en ligne au développement de projets en équipes. Ces travaux permettent alors de respecter le cadre de la loi. D’un autre côté, certains MOOC ne proposent pas de certification et laissent une liberté totale aux participants. Ces MOOC, ne respectent pas le cadre de la loi et ne peuvent ainsi pas être éligibles à l’appellation de ‘formation professionnelle’.

3 – Les modalités de suivi et d’évaluation

Les plateformes de formation actuelles traquent très bien l’activité des apprenants et permettent de fournir un récapitulatif de leurs faits et gestes (chaque clic est enregistré et tout est chronométré). Cependant, ce suivi a ses limites ; comme je l’ai déjà entendu (mais je ne sais plus par qui) « Cliquer n’est pas comprendre et imprimer n’est pas savoir ! » L’apprentissage est une activité hautement personnelle et intérieure qui se mesure difficilement en nombre de clics ou de visionnements d’une vidéo.

Excepté les quizz pour lesquels l’évaluation est automatique, l’évaluation dans un MOOC est majoritairement réalisée par les pairs (il y a aussi des recherches pour développer des programmes de correction automatiques de productions écrites, mais on n’en est encore qu’à la phase de recherche et développement…). Ce travail est cadré avec des critères et des barèmes objectifs définis. Une telle démarche offre plusieurs atouts :

  • Elle est adaptée à un grand nombre de travaux à corriger.
  • Il a été montré que cela augmentait la qualité des productions des apprenants (cf. vidéo du FFFOD  à 42’00).
  • C’est une réelle source d’apprentissage pour ceux qui s’y adonnent. C’est en effet l’occasion de confronter ses connaissances et représentations à celles des autres, d’évaluer, d’argumenter. On est dans un niveau élevé de la taxonomie de Bloom.

Cette démarche est logique vu le nombre de travaux à corriger mais est-elle en adéquation avec la loi ? Peut-on décemment présenter une formation en proposant une évaluation par les pairs ? Je ne sais pas si les financeurs sont prêts à accepter une telle démarche …

4 – Les moyens d’accompagnement

Pour accompagner les apprenants d’un MOOC, plusieurs outils sont mis en place :

  • Un forum pour poser des questions. Ces questions peuvent être posées par les animateurs du MOOC pour susciter des réflexions et échanges entre participants ou par les participants pour échanger sur le contenu du cours ou résoudre un problème technique.
  • Un hashtag twitter et/ou une page Facebook pour élargir la salle de cours et toucher une communauté beaucoup plus large.
  • Un blog (ou assimilé) qui permet de diffuser les nouvelles du cours.
  • Des relances automatiques par mail pour annoncer les événements et thèmes de chaque semaine.
  • Certains proposent aussi des vidéos synchrones pour apporter des éléments de contenu et/ou répondre aux questions des participants.

Parmi ces outils une partie a un rôle informatif, l’autre partie, plus dynamique, repose majoritairement sur la communauté des apprenants. Une telle organisation facilite un tutorat par les pairs, tutorat qui est essentiellement réactif ou qui reste très impersonnel quand il est proactif. Elle est tout à fait adaptée pour tous les apprenants qui sont autonomes, motivés et savent s’organiser pour apprendre seul.
Encore une fois, je ne suis pas sûr que les organismes publics et OPCA se satisfassent d’un tutorat assuré par la communauté.

5 – Discussion

Ces trois points mettent en avant le décalage entre les MOOC et la loi :

  • Les MOOC sont plein de promesses, ils proposent des solutions innovantes mais sont encore jeunes et doivent faire leur preuve.
  • La loi et la position des financeurs évoluent, et dans le bon sens, mais à un train de sénateurs.

Il me semble que pour ne pas se tromper, du point de vue de la formation professionnelle, il faut considérer un MOOC comme un événement. On peut ainsi sans doute le rapprocher d’un séminaire qui n’est pas à proprement parler une formation mais tout de même une belle occasion d’apprendre, de créer une dynamique, d’élargir son réseau (et puis un séminaire, c’est tellement simple, c’est dans la vraie vie et on peut faire circuler une feuille d’émargement et délivrer une attestation de présence …).

Si l’on considère ainsi un MOOC comme un événement, on peut le voir de deux façons :

  • Le MOOC est un des éléments d’une formation longue, il est développé, mis en œuvre et animé par l’organisme qui dispense la formation. C’est ainsi l’occasion d’ouvrir une partie de la formation au grand public pour recueillir des avis d’expertise, échanger, confronter une approche théorique à des témoignages d’expériences vécues. C’est la logique qui a été proposée par l’équipe qui pilote e-learn² et le MOOC associé.
  • Le MOOC est un événement extérieur à l’organisme de formation. Il crée un contexte favorable, une dynamique pour mettre en œuvre une formation spécifique, en lien avec les objectifs visés par le MOOC. C’est dans cette logique que plusieurs partenaires se sont emparés d’ITyPA l’année dernière pour proposer des accompagnements ou des formations périphériques.

D’aucuns envisagent aussi des short MOOC,  qui devront respecter les mêmes contraintes, mais pour l’instant, cela reste à l’état d’idée …

Et vous, qu’en pensez-vous ? Quelle peut-être, selon vous, la place des MOOC dans la formation professionnelle ?

Crédit photo : Learn Teach Help Enjoy CC BY-SA tatadbb

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Connectivisme et littératie numérique

Qu’est-ce que le connectivisme ? Quelles sont les particularités d’un MOOC qui se veut connectiviste ? Ce type de dispositif peut sans doute être utilisé pour faire de la médiation numérique, mais cela nécessite d’en clarifier le fonctionnement.

Avant d’aller plus en avant, il est essentiel de comprendre que la spécificité d’un MOOC connectiviste est de privilégier l’implication des participants pour construire le contenu de la formation à une transmission de la connaissance dans une approche descendante, plus  académique.
L’article A Framework for Interaction and Cognitive Engagement in Connectivist Learning Contexts s’appuie sur l’analyse de différents MOOC connectivistes pour en modéliser le fonctionnement. Il en ressort que ces formations proposent 4 niveaux d’interaction spécifiques.

1 – Construire son Espace Personnel d’Apprentissage

Cette étape consiste à prendre ses marques. Cette prise de marques est personnelle, en repérant les outils que l’on utilise régulièrement. Elle est aussi collective en repérant les espaces d’échange en lien avec le cours pour s’y inscrire (forum, réseaux sociaux numériques, …). L’objectif est de prendre en main les outils, de les articuler, de se les approprier et de commencer à les utiliser pour suivre le cours.
Ces espaces d’apprentissage personnels permettront de relier les personnes autour du sujet du cours et de constituer un réseau.
Ce premier niveau permet de développer les compétences opérationnelles liées à l’utilisation des réseaux sociaux numériques et des espaces en ligne. Pour faire simple on pourrait dire que ce niveau consiste à s’outiller.

2 – Accéder à l’information

Les participants sont maintenant équipés pour suivre ce qui se passe dans le cours, tout n’est pas fini pour autant ! Il est temps de travailler sur l’accès à l’information, base de la connaissance. Ainsi, il revient à chacun d’utiliser les outils mis en place dans l’étape précédente pour être efficace. L’objectif est de s’organiser pour pouvoir suivre le cours et les apports des autres participants sans se perdre. Dave Cormier, dans son intervention pour le lancement de ITyPA – premier MOOC connectiviste francophone –, disait qu’il faut ‘éviter la noyade’.
Le maillage entre participants s’opère, on repère les personnes qui proposent des réflexions riches, partagent des ressources pertinentes… C’est le début du connectivisme où l’apprentissage se fait en réseau, en partenariat avec les autres participants.

3 – Participer à la communauté

On est nourrit par les contributions des uns et des autres et petit à petit, cela nous interroge, nous pousse à réfléchir, à opérer des connexions avec des connaissances antérieurs. Place à l’expression de nos propres idées, pensées, points de vue : on s’approprie, on reformule, on négocie, on tâtonne … On devient source d’information pour les autres participants.
Ce niveau correspond à un niveau d’apprentissage plus profond où le participant s’approprie les informations pour les mettre en perspective dans un apprentissage en profondeur.

4 – Co-construire

Ce niveau d’interaction est celui qui nécessite le plus fort engagement cognitif. Le travail collaboratif va permettre de prolonger le travail personnel en augmentant l’ampleur de la réalisation et l’intensité des liens interpersonnels. On gagne sur tous les tableaux ! La co-construction nécessite une négociation et une argumentation permanentes. On est sur un apprentissage très en profondeur.

Discussion
On n’est pas obligé de viser le niveau le plus élevé (et le plus exigent) pour s’inscrire à un MOOC connectiviste. On peut très bien se satisfaire du niveau informatif (niveau 2) parce que l’on n’a ni le besoin ni le temps d’aller plus loin. Comme le cours est ouvert, chaque participant est libre de l’aborder comme il le veut et de grappiller à sa guise. Il me paraît important de présenter ces différents niveaux d’expertise/de maîtrise et de les utiliser pour baliser le cheminement de chacun tout au long du MOOC :

  • au début pour définir ses objectifs,
  • pendant pour évaluer où l’on en est,
  • à la fin pour évaluer le chemin parcouru.

En parallèle, de cette approche, je suis tombé sur les carnets de la médiation numérique et à la lecture de cette page, il me semble que les MOOC peuvent être considérés comme des espaces virtuels, outils de médiation pour développer la littératie numérique numérique.

Afin d’argumenter mon point de vue, je reproduis ci-dessous le schéma qui présente la littératie numérique à trois niveaux : utiliser, comprendre, créer.

La littératie numérique, par Habilo Medias

Et ici, ma vision de la cohérence entre les niveaux d’interaction sur un cMOOC et la littératie numérique.

MOOC et litteratie numérique

MOOC et littératie numérique

Ainsi, on pourrait mettre en parallèle les EPN qui sont des espaces physiques de médiation numérique, proposant une expérience synchrone en face à face et un cMOOC qui est un espace virtuel (en ligne) pour une médiation majoritairement asynchrone. Cette complémentarité s’est déjà concrétisée dans l’accompagnement à ITyPA l’année dernière.

Encore une fois, ces idées sont surtout là pour être partagées, confrontées, débattues … et commentées … n’hésitez pas !

L’individu, la personne et le MOOC

Deux visions de l’homme coexistent (l’individu et la personne) et découlent sur deux modèles de société différents (le capitalisme et la communauté). L’approche sociale des MOOC peut-elle aider à faire évoluer la vision de l’homme et donc le modèle de société ?hands across the world CC BY NC SA building unities

1 – L’individu et la personne

Charles Maccio, dans son livre « De l’individu à la personne : qui sommes-nous ?«  donne les définitions suivantes :

  • L’individu est un être humain, considéré isolément [...] La société est composée d’individus distincts, ce qui lui donne une dimension universelle. [...] L’individu a donné naissance à l’individualisme, devenu une idéologie qui a engendré le capitalisme.
  • La personne est aussi un  être humain, mais au lieu d’insister uniquement sur son unicité, elle la situe dans un système de relations. Elle est consciente que cette unicité s’enrichit au contact des autres, qu’elle se construit par les autres et qu’elle contribue à enrichir les autres de sa différence. [...] La personne a donné naissance au personnalisme qui permet à chaque être de contribuer à l’édification d’une société qui respecte la dignité de chaque personne humaine [...]et la différence de chacun, lui permettant de s’épanouir totalement et de mettre cet épanouissement au service des autres grâce à la solidarité.D’où la nécessité de d’avoir une conception de la société qui soit bâtie sur la notion de communauté.

2 – individualiser et personnaliser

Ces deux termes se retrouvent souvent en pédagogie, il est intéressant de voir la différence entre chacun. Jean Vanderspelden dans son article « APP : individualiser n’est pas personnaliser ou apprendre à s’autoformer !«  propose de représenter ces modalités de la façon suivante :

individualisation - personnalisation J VdS

individualisation, personnalisation et autoformation accompagnée

L‘individualisation consiste à proposer un parcours de formation adapté à la demande individuelle exprimée en terme de besoin ou de projet. La personnalisation par contre est focalisée sur l’accompagnement de l’apprenant et vise une implication progressive dans le parcours de formation.

On retrouve bien la même distinction que dans l’approche de Maccio.

3 -Et les MOOC dans tout ça ?

Comment les concepteurs de MOOC font-ils pour individualiser ou personnaliser leur formation ? L’individualisation ‘réelle’ est difficile quand on est face à un grand nombre d’apprenants et les xMOOC ne se soucient pas trop de cet aspect. par contre, dans un cMOOC, la solution retenue est de proposer quelques activités types en laissant au participant le soin de choisir  de n’en réaliser aucune, d’en réaliser une ou plusieurs ou d’en réaliser une autre qu’il s’est fixé de son propre chef.

La personnalisation consiste à développer le lien entre les différents acteurs du dispositif pour accompagner l’apprenant. Cet accompagnement peut se faire soit par l’équipe d’animation, soit par les apprenants entre eux. Plusieurs outils sont envisageables :

  • le forum de discussion : permet d’échanger entre participants mais est assez complexe à utiliser. Le suivi d’un fil de discussion n’est pas aisé …
  • l’évaluation par les pairs : permet d’impliquer l’apprenant dans le dispositif en lui proposant d’avoir un regard critique et bienveillant sur les productions des autres participants. Il est à noter que ces interactions sont très riches d’un point de vue pédagogique mais ne créent pas de lien social puisqu’on ne sait pas qui l’on évalue ni qui nous évalue …
  • l’approche connectiviste (caractéristiques des cMOOC) : propose d’impliquer les participants dans une co-construction du contenu où chacun apporte sa pierre à l’édifice. On peut résumer ce courant par le proverbe africaine : « tout seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin »… Cette vision de l’apprentissage s’appuie largement sur les réseaux sociaux pour diffuser les informations, les ressources repérées ou construites et échanger entre acteurs du dispositif.
  • L’accompagnement sur site : où l’on institue des regroupements pour échanger, partager, co-construire (abordé ici, ou ). Ces regroupements ne sont pas proposés par les concepteurs de MOOC mais par des institutions qui s’appuient sur les MOOC pour offrir une formation ou une expérience enrichissante.

Si l’inscription dans un MOOC est essentiellement l’acte d’un individu (c’est ouvert, ça m’intéresse, j’ai le droit de m’inscrire, je m’inscris …) on peut constater que la participation à une telle formation tend à développer la personne dans sa relation aux autres et fait émerger des groupes, ferments de communautés.

On peut aussi reprendre le schéma ci-dessus et proposer qu’Internet, pris comme un méta-MOOC, est le lieu de l’autoformation accompagnée…

4 – Quel modèle économique ?

Voilà une question bien en phase avec l’approche capitaliste ! Et effectivement, c’est une question qui a son importance. Maintenant, si l’on pense que l’évolution de la société et le développement de communautés peut aider à faire émerger une démocratie participative et que c’est une fin en soi, alors, on peut envisager que développer des MOOC connectivistes, facilitant les relations entre participants est une mission de service publique …

Le coût d’un MOOC peut être très élevé mais est-ce indispensable ? La première version d’ITyPA a été développée par des bénévoles (et je les remercie encore pour ce qu’ils m’ont apporté), s’est appuyé sur de outils gratuits, et je crois que la seule dépense s’est limitée à l’achat d’un nom de domaine et l’hébergement de la plateforme. La course en avant vers plus de technologie, plus finie, avec des vidéos encore plus belles n’est pas à mon avis la priorité. Je vois plutôt la nécessité de développer un service dont la pédagogie est de qualité : activités et apports théoriques pertinents, intégrés dans un dispositif cohérent et aligné avec les objectifs affichés. C’est cette intelligence pédagogique qui est à mon avis la plus grande richesse d’une formation quelle qu’elle soit.

Des institutions sont en train de se positionner pour soutenir le développement de ces MOOC que ce soit des instituts de formation supérieure ou même le ministère avec le développement de la plateforme FUN. C’est une bonne chose, même si la motivation actuelle est plus de lutter contre l’hégémonie américaine que de développer un nouveau modèle de société …

Ces idées sont très personnelles mais j’espère qu’elles feront réagir : diffusez, partagez, critiquez … ou adoptez !

Crédit photo : hands across the world CC BY NC SA building unities

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