Quand un apprenant regarde un MOOC

Il me semble intéressant de regarder un MOOC du côté de l’apprenant, en le mettant (l’apprenant) au centre de la représentation. Cela permet de voir autrement le dispositif mis en place dans une telle formation.

1 – Les motivations

Pour quelle(s) raison(s) vous êtes-vous inscrit à un MOOC ?

Si l’on élimine les inscriptions ‘pour voir’, il me semble que trois raisons principales motivent l’inscription à une telle formation :

  • apprendre sur le sujet proposé,
  • se créer ou élargir son réseau ou sa communauté,
  • obtenir une reconnaissance.

Quelle que soit la motivation, il faut garder en tête que l’organisation temporelle de chacun est complexe et sera le frein principal à l’implication du participant. Il faut que la motivation soit d’autant plus forte si l’on veut aller au bout et atteindre son (ses) objectif(s)…

2 – Le dispositif vu par l’apprenant

Lors de sa présentation à Valence le 10 mars 2014, Stephen Downes présente le point de vue de l’apprenant comme suit :

MOOC student's viewL’apprenant est au centre, il a accès à de nombreux services de publication, que ce soit en qualité de producteur de ressources ou comme consommateur (lecteur). Ainsi un MOOC n’est qu’un service supplémentaire mis à sa disposition. Cette vision me semble tout à fait éclairante en présentant le MOOC comme une porte d’entrée vers une démarche autonome d’apprentissage en ligne.

S. Downes précise aussi que sa vision de l’apprentissage est à la confluence entre le regard sur le monde et les interactions que l’on y vit (socio-constructivisme) et l’introspection (analyse réflexive). Je rejoins tout à fait cette approche que j’avais représentée de façon graphique à la fin de ITYPA 2.

Mon EAP en 2013

Comment j’apprends en 2013

A partir de ces remarques, peut-on dire que la différence entre un MOOC et internet n’est qu’une affaire d’échelle ? Peut-être bien …

3 – Internet : un MOOC informel ?

La question peut en effet se poser : internet offre la possibilité d’entrer en contact avec des personnes de tous les continents compétents dans tous les domaines imaginables presque dans la langue que vous voulez.

Mais Internet est comme les autres MOOC : il faut s’inscrire ! S’inscrire dans le sens où cela nécessite un engagement :

  • Engagement pour rechercher des personnes qui pourront m’ouvrir les portes du domaine sur lequel je veux apprendre,
  • Engagement pour suivre les publications dans le domaine,
  • Engagement pour partager ses réflexions, à son niveau et enrichir le débat dans la communauté.

Comme je l’ai dit plus haut, les MOOC sont alors une porte d’entrée possible.

Ils sont initiateurs de relations : ils offre l’occasion de repérer les spécialistes du sujet visé voire, de rentrer en contact avec eux.

Une fois ce réseau créé, nous pouvons continuer à échanger avec ces personnes, lire leurs publications, visionner leurs interventions, … On en arrive à apprendre sur le sujet en continu. Le MOOC a initié l’apprentissage, il nous a ouvert les portes d’une communauté où l’on évolue maintenant par ses propres moyens.

Pour ce qui est de la reconnaissance, les MOOC développent le système de correction par les pairs. Cela nécessite de produire des documents et de les soumettre à nos pairs qui les lisent et les évaluent. N’est-ce pas ce que nous faisons lorsque nous publions un article sur un blog ou que nous déposons une vidéo sur youtube ? La reconnaissance se mesure alors à la diffusion de la production via les réseaux sociaux et aux commentaires que suscite le document.

Ainsi, je pense que les MOOC sont effectivement une porte d’entrée vers l’apprentissage en ligne qui nécessite de s’appuyer sur deux piliers :

  • l’appartenance à un réseau ou une(des) communauté(s),
  • le partage de ses analyses et expériences personnelles.

4 – Mon expérience personnelle

J’ai commencé à me construire un réseau de spécialistes dans le domaine de l’éducation et des technologies avant l’apparition des MOOC mais il est vrai que la participation à ITyPA a été l’occasion de l’étoffer sérieusement et de consolider mon espace personnel d’apprentissage.

Suivre les productions de ces personnes me nourrit au quotidien et me titille régulièrement : c’est une source d’inspiration inépuisable pour réagir et écrire des articles (typiquement, c’est la vidéo de S. Downes qui est à l’origine de cet article) …

Pour ce qui est de l’évaluation par les pairs, cet article peut servir de test : le temps nous dira si cette analyse est jugée pertinente par mon réseau, relayée et/ou commentée. A vous de juger !

Le cycle des compétences

J’ai été récemment interpelé par un schéma qui circulait sur internet qui se rapproche d’une taxonomie et que je reproduis ci-dessous :

fait - sait faire - sait comment faire - sait original

extrait du bulletin CÉFES (Centre d’études et de formation en enseignement supérieur) de l’Université de Montréal – numéro 6 de mai 2002

Et en fait, si j’aime bien la pyramide de gauche, je suis beaucoup moins sensible à la partie droite sur l’évaluation. J’associe plus facilement cette pyramide aux 4 niveaux de conscience de sa(ses) compétence(s).

1 – de l’incompétence inconsciente à la compétence inconsciente

  1. Au début de l’apprentissage (sous la pyramide), on n’a pas conscience de l’étendue de son ignorance et de son incompétence, c’est l’incompétence inconsciente.
  2. Une fois que l’on a découvert les notions élémentaires et qu’on sait (donc au premier étage), on a conscience de ses limites : c’est l‘incompétence consciente où l’on repère l’étendue de ce qu’il va falloir apprendre.
  3. Après avoir appris comment faire, on espère pouvoir démontrer ce savoir. On est alors compétent conscient : chaque mobilisation de cette compétence nécessite réflexion et concentration spécifique.
  4. Quand on arrive au sommet de la pyramide (on fait), on n’a plus besoin de réfléchir pour faire, on a automatisé nos gestes et démarches : on est compétent inconscient.

2 – La savoir-faire (ou savoir agir) ne suffit pas pour faire

Il me semble que si les trois premiers niveaux (sait, sait comment faire, fait la démonstration) sont liés à l’apprentissage, le dernier niveau (fait) s’inscrit dans le cadre de l’activité professionnelle et peut être considéré comme la résultante de cet apprentissage. Cependant, il me semble essentiel d’avoir à l’esprit, comme le dit Le Boterf, que la compétence et l’action ne résultent pas uniquement du savoir-agir, elles nécessitent aussi un contexte favorable (pouvoir-agir) et une volonté de la part du professionnel (vouloir-agir).

3 – La compétence peut se développer en continu

C’est la base du life long learning ! Toute situation  peut être source d’apprentissage. Cela nécessite quand même de prendre du recul pour décortiquer et analyser ce qui s’est passé au cours d’une phase d’analyse réflexive. Mais cette analyse réflexive nécessite, elle aussi, un certain savoir-agir, un pouvoir-agir et un vouloir-agir …

4 – Le cycle des compétences professionnelles

Les trois premiers niveaux de la pyramide présentent l’apprentissage de compétences alors que le sommet correspond à l’utilisation et l’exploitation de celles-ci dans un contexte professionnel. Dans une approche GPEC, il me semble qu’il manque un niveau qui correspondrait au partage de la compétence, à sa transmission, comme le maître transmet au compagnon dans le compagnonnage ou le tuteur au tutoré dans le tutorat. Cette démarche est une possibilité pour conserver les savoirs et savoir-faire ‘métiers’. Dans cette logique, le ‘maître’ sera confronté aux questions du compagnon : Comment fait-on ? Pourquoi fait-on comme cela ? Pourrait-on faire autrement ? Pourquoi ne fait-on pas autrement ? etc …

Y Répondre n’est bien souvent pas évident. L’analyse réflexive de ses pratiques au quotidien peut permettre de décortiquer son activité et d’apporter des éléments de réponse.

De même, cette analyse de pratique devrait pouvoir permettre de définir des éléments de contexte ainsi que les contenus des formations (en termes de compétences et connaissances). Elle est enfin aussi utile en interne pour élever le niveau de compétences générales des personnels :

  • individuellement, l’analyse réflexive permet d’avancer dans sa connaissance et sa compréhension du milieu, du contexte, de mieux percevoir les tenants et aboutissants et de définir ainsi au mieux que faire et comment le faire
  • collectivement, lorsque les réflexions personnelles sont échangées dans une ambiance communautaire, chacun profite alors des apports de la communauté.

On a ainsi les trois temps du cycle des compétences :

  1. l’appropriation : pendant une phase d’apprentissage ou de formation,
  2. l’exploitation : durant la vie professionnelle
  3. la transmission : après une analyse réflexive (personnelle ou accompagnée) qui peut se traduire sous forme de tutorat, de compagnonnage ou d’élaboration (ou d’aide à l’élaboration) de parcours de formations.

et trois schémas possibles pour transmettre cette compétence à partir d’une analyse réflexive :

  1. le tutorat (ou compagnonnage),
  2. l’échange communautaire (ou ‘social learning’),
  3. la construction de formation.

5 – Illustration graphique

Voici un prezi qui reprend ces idées de façon graphique. Apportez votre point de vue, vos critiques : ça fera avancer !

Un MOOC pour former ses équipes

Vous souhaitez former vos équipes en vous appuyant sur un MOOC en prévoyant un accompagnement spécifique en interne ? Moi aussi ! Voici un point d’étape de mes réflexions à ce sujet, fruit d’une première expérience lors d’ITyPA2. Je suis plutôt intéressé par l’utilisation des MOOC connectivistes (cMOOC), mais  ces réflexions peuvent sans doute s’appliquer à de MOOC plus ‘académiques’ et directifs (xMOOC).

team meeting

1 – Le choix du MOOC

Eh oui ! la première question est bien sûr : "sur quel MOOC vais-je m’appuyer ?"

Pour répondre à cette question, je vous propose de répondre d’abord  aux trois questions suivantes :

  1. Quels savoirs / savoir-faire / compétences je souhaite voir mes équipes développer ?
  2. Combien de temps puis-je libérer mes équipes pour cette formation (par semaine et sur combien de semaines) ?
  3. Quelle est la période la plus pratique pour cette formation ?

Maintenant, vous pouvez consulter quelques sites (la liste n’est pas exhaustive) où vous trouverez peut-être votre bonheur.

Les MOOC francophones (il y a sans doute des recouvrements entre ces différents sites) :

Les autres MOOC sur les différentes plateformes :

2 – La présentation aux équipes

Vous avez choisi le MOOC adapté et vous devez maintenant présenter le dispositif à vos équipes. Il est important d’expliquer  :

  • Pourquoi monter une formation s’appuyant sur un MOOC ? (ça pourrait faire l’objet d’un prochain billet …)
  • Pourquoi ce MOOC-là ?
  • Comment va se dérouler la formation ? (durée, temps libéré, modalités, outils, …)
  • Quels sont les objectifs et attendus de la formation ?

Lors de cette présentation, vous expliquerez bien sûr vos critères de choix du MOOC sélectionné en vous appuyant sur les objectifs affichés. Il est important à ce moment-là de laisser une certaine liberté aux participants sur la définition de leurs objectifs personnels propres dans cette formation, et cela pour deux raisons :

  • C’est un facteur de motivation important que de pouvoir faire des choix dans une formation, et le choix des objectifs n’est pas un choix anodin.
  • Vos collaborateurs savent ce dont ils ont besoin, parfois mieux que vous. Ce serait dommage de passer à côté de cette information !

Ces différents points pourraient être regroupés dans un syllabus qui présente le dispositif de façon la plus claire possible en insistant sur l’alignement entre les objectifs, les méthodes et les outils voire l’évaluation.

3 – Le positionnement

En plus des objectifs personnels visés, il me semble important que chaque participant vivent un positionnement pour faire le point par rapport aux pré-requis nécessaires.  Plusieurs aspects sont à étudier  avec à chaque fois des exemples de réponses possibles qui seraient à affiner:

a) Quel rôle tenir dans le MOOC ?

  • acteur proactif  : initiateur d’activité, producteur de ressources …
  • acteur réactif : suiveur sur des travaux collaboratifs, commentateur de billets, …
  • spectateur collectif : curateur et diffuseur de contenu (pour un groupe identifié ou non),
  • spectateur personnel : suivi de l’activité pour son propre compte.

b) Quelle attitude face au partage ?

  • "qu’ai-je d’intéressant à partager ?"  : on filtre avant de partager,
  • "en quoi ce que j’ai à partager est intéressant ?" : on est prêt à partager mais on doute de l’intérêt de sa contribution,
  • "je partage, ceux que ça intéresse y trouveront leur compte" : on partage sans évaluer l’intérêt de sa production ni les retombées qui peuvent en découler.

c) Quelle capacité à apprendre en autonomie ?

  • quelles compétences informationnelles ? (recherche d’information, veille, repérage des ‘bonnes’ ressources, …)
  • quelle capacité à se fixer des objectifs ? (cf. SMART)
  • quelle capacité à l’analyse réflexive ? (prise de recul, relecture d’expérience)
  • quelle capacité à s’auto-évaluer ?
  • quelle capacité à gérer son temps ?

4 – Exploitation du positionnement : le pré-MOOC

Ces éléments vont vous permettre de faire le point avec vos équipiers : quelle est l’adéquation entre les objectifs visés et les compétences de chacun ? Cette analyse vous permettra de définir le contenu d’un pré-MOOC, afin de mettre à niveau vos équipiers pour qu’ils puissent suivre le MOOC dans de bonnes conditions. Ainsi, vous pourrez :

  • les initier à la prise en main des outils élémentaires que vous aurez repérés (plate-forme, twitter, blog, flux RSS, …),
  • leur proposer des outils méthodologiques,
  • travailler le partage et la mutualisation (au moins au sein de l’équipe).

5 – REL 2014

REL 2014 est un CLOM (Cours en Ligne Ouvert et Massif, francisation de MOOC) qui traite des ressources éducatives libres. La première semaine de ce cours propose des éléments qui rejoignent les pistes proposées ci-dessus :

Ces questions d’accompagnement me semblent essentielles et pour l’instant pas encore assez prises en considération par le plus grand nombre. Pour avoir un autre regard sur ce sujet, vous pouvez lire l’interview de Thierry Laffont, co-responsable du MOOC Le digital, vivons-le ensemble  qui propose des pistes intéressantes à intégrer lors de la conception d’un MOOC.

Cette démarche et ces réflexions peuvent aussi être utilisées par n’importe quel participant autonome à un MOOC.

N’hésitez pas à partager vos réflexions ou expériences à ce sujet …

Crédit photo : team meeting CC by r woodleywonderworks

#CLOM_REL : Ouvrir ses ressources, pourquoi ? ou pourquoi pas ?

120px-Logo_Ressources_Educatives_Libres_(REL)_mondial.svgJe me suis inscrit récemment au CLOM (version francophone du MOOC) REL2014 sur les ressources éducatives libres et je me pose la question des arguments en faveur de l’ouverture des ressources. Pourquoi les partager ? ou pourquoi pas ? Voici donc quelques éléments d’argumentation…

1 – Je travaille actuellement dans un service publique et il me semble cohérent que le fruit de l’argent public soit public (ce sont vos impôts qui payent mon travail). Tout le monde n’est pas d’accord avec ce principe, mais c’est une position que j’essaie de défendre …

2 - Le partage et le brassage d’idées sont enrichissant. Il est remis en question par les consommateurs profiteurs qui utilisent sans rien apporter (ni ressource, ni même commentaire ou partage d’expérience sur l’exploitation des ressources libres). Ceci étant, ouvrir ses ressources nous fait entrer dans une communauté en ligne qui respecte la règle du 90-9-1. Il ne faut pas donc s’attendre à un retour phénoménal…

3 - Partager ses ressources peut aussi être vu comme un acte marketing pour promouvoir ce que l’on fait et/ou ce que l’on sait faire.

4 – Enfin, en lisant le monde avec Internet de S. Soudoplatoff, je suis tombé sur ce passage :

"Ce ne sont pas vos brevets qui vous protègeront de la concurrence, mais votre rapidité d’exécution" (Auguste Detoeuf, premier président d’Alstom). Cette phrase est l’antithèse d’un monde basé sur le stock (le brevet en occurrence) et prône une économie de la valorisation, donc le flux. [...] l’usage du savoir afin de résoudre des problèmes dans un contexte est ce qui porte de la valeur.

Cette réflexion rejoint ce que disait Thomas Friedman dans le NY Times : "The world only cares, and will only pay for, what you can do with what you know".

Ainsi, la valeur n’est pas le stock des ressources mais bien dans la dynamique que nous pouvons créer autour, que ce soit en les associant, en les adaptant et en les utilisant pour rendre nos formations riches, actives, porteuses de sens et favorisant le développement de compétences …

C’est notre dynamique et notre capacité à innover qui sont notre vraie richesse. Les ressources que nous pouvons partager sont alors des indicateurs de cette dynamique !

Ces réflexions méritent d’être débattues, n’hésitez pas à réagir !

Crédit photo : Logo Ressources Educatives Libres (REL) mondial CC by Jonathasmello

Accompagnement dans un MOOC

Les MOOC sont à la mode, mais une question se pose quant à la participation des inscrits : comment les mobiliser dans la durée ? Comment susciter chez eux engagement et persévérance ? L’accompagnement peut être un élément de réponse.

1 – Communauté et groupes

Une des caractéristiques des MOOC est le nombre d’inscrits et ainsi la communauté des participants. Cette communauté est une vraie richesse mais elle ne suscite pas spontanément l’engagement. Je pense qu’une personne peut attendre de la communauté mais ne s’impliquera que dans un groupe, sous-élément de cette communauté (A ce sujet, il est intéressant de revoir la causerie de Marcel Lebrun et Christophe Batier sur groupe et réseaux). Ainsi la communauté pourrait être vue comme un ensemble de groupes qui se chevauchent, se recoupent, se construisent et se séparent, au fil du MOOC. Il me semble que si la communauté a un caractère impersonnel, le groupe tient plus du relationnel ‘proche’. Il paraît ainsi intéressant d’analyser le fonctionnement d’un accompagnement au MOOC en utilisant le prisme de l’apprentissage en groupe.

2 – MOOC et apprentissage en groupe

J’avais déjà abordé la place du groupe dans le triangle pédagogique à partir du tétraèdre de Faerber, modifié ci-dessous.

Tétraèdre pédagogique, nouvelle version. D'après Faerber.

Tétraèdre pédagogique, nouvelle version. D’après Faerber.

Si l’on se place dans le cadre d’un MOOC, on peut adapter ce tétraèdre comme suit :

  • l’apprenant a accès à la communauté à travers un ou plusieurs groupes,
  • l’enseignant peut regrouper plusieurs personnes : équipe de formateurs du MOOC, accompagnateurs, pairs compétents, …

En s’appuyant sur les différentes faces de ce tétraèdre, on peut voir les difficultés que peut rencontrer un apprenant dans un MOOC et les outils que l’on peut mettre en place pour l’aider et le soutenir dans son parcours (ce qui correspond à l’accompagnement).

face du tétraèdre difficultés rencontrées pistes pour lever les difficultés
enseignant / apprenant / savoir organisation temporelle Les rencontres sur site permettent d’institutionnaliser le temps de l’apprentissage.
accès aux ressources forum, FAQ. Les membres ‘bienveillants’ de la communauté apportent leur aide et leur expertise, par exemple en créant des tutoriels
apprendre à apprendre apport méthodologique, fiches méthodologiques
Un ‘parcours guidé’ peut être organisé autour de rencontres sur site ou à défaut, d’un blog. Ce parcours propose des pistes pour s’approprier les notions abordées. C’est ce que j’ai essayé de mettre en place lors des rencontres hebdomadaires ainsi qu’avec le blog d’accompagnement à ITyPA2.
enseignant / apprenant / groupe apprendre à collaborer, partager avec le groupe les rencontres sur site permettent un partage oral, un échange de pratiques, de réflexions sur les questions abordées par la formation. L’oralité en lieu clos fait moins peur que l’écrit en ligne…
Le ‘parcours guidé’ à travers un blog peut proposer un questionnement et susciter un échange à travers les commentaires du blog. L’objectif est ici d’inciter les personnes à oser franchir le pas, partager en ligne, s’affranchir de la peur de s’exposer.
enseignant / savoir / groupe collaborer pour apprendre L’idée est alors de susciter des activités collaboratives : co-découverte, co-apprentissage, co-construction de connaissances. C’est ce qui se passe dans le MOOC GdP dans la certification par équipe.
apprenant / savoir / groupe les participants s’organisent en autonomie pour apprendre Vous avez gagné ! BRAVO !

Présenté avec ce tétraèdre, on voit bien que le principe même de l’accompagnement est que l’enseignant (dans le vocable du tétraèdre) s’efface petit à petit pour arriver à la dernière face du tétraèdre qui correspond au social learning : on n’a plus besoin de formation pour apprendre, on est inséré dans une communauté avec qui on apprend de manière collaborative.

En visionnant la table ronde ‘tutorat dans les MOOC‘, on entend que lors du MOOC ITyPA2, 4 niveaux d’accompagnement (ou d’autonomie) ont été envisagés :

  • l’autonomie : tout à fait adaptée pour toutes les personnes qui sont à l’aise avec les outils web et l’apprendre à apprendre : cela ne concerne pas tout le monde …
  • les "fiches balises" qui apportent un accompagnement méthodologique sur l’apprendre à apprendre.
  • l’entraide entre participants, qui permet de résoudre de nombreux problèmes techniques et d’appropriation d’outils.
  • L’accompagnement par les partenaires qui proposaient des rencontres sur site et quelques blogs en ligne pour faire vivre ‘une expérience’ à ceux qui ne pouvaient se déplacer.

On retrouve bien de nombreux éléments cités dans le tableau ci-dessus.

3 – MOOC et rythme

Il me semble que l’un des aspects essentiels de l’engagement et de la persévérance dans ce type de parcours tient au rythme qui est donné.

Deux éléments fondamentaux d’un MOOC connectiviste soutiennent la participation en créant un rythme, une dynamique :

  • Les conférences (ou interventions) hebdomadaires qui apportent du contenu et font le point sur les informations du cours.
  • Les lettres quotidiennes qui relatent les ‘points chauds’ du MOOC.

Je pense que l’accompagnement doit prendre sa place dans ce rythme,  en contretemps par rapport au rythme ‘fondamental’ du MOOC. Ainsi, si les conférences du MOOC ont lieu le jeudi (comme pour ITyPA), l’accompagnement (rencontres sur site ou publication des billets de blog) doit se prévoir autour du lundi. Cela crée une sorte de dialogue entre le MOOC et l’accompagnement. En ayant la progression du MOOC à l’avance, on peut construire la progression de son accompagnement et orienter les interventions autour des problématiques qui nous semblent pertinentes et adaptées au public concerné (la progression mise en place pour les GRETA de Bourgogne est accessible ici).

La multiplication de ‘parcours guidés’, chacun adapté à un public cible, mais partagé avec toute la communauté, pourrait apporter une vraie plus-value pédagogique aux MOOC. Tout participant pourrait ainsi butiner d’un parcours à l’autre et se construire sa formation dans le MOOC. Une telle approche pourrait aider chacun à s’orienter, se repérer  et intégrer la logique connectiviste. De plus, ce partage de ‘parcours guidé’ peut s’assimiler à la contribution ‘en nature’ d’un organisme qui souhaite s’appuyer sur un MOOC pour former son personnel.

4 – Conclusion

Je suis convaincu que l’accompagnement dans un MOOC peut apporter une réelle plus-value à la formation initiale en apportant une contextualisation, un soutien méthodologique et une dynamique motivante. Cet accompagnement vise à développer l’autonomie dans l’apprentissage. Le partage et la mutualisation de ces accompagnements pourrait être très riche…

Toutes ces réflexions sont très fraîches et nécessitent d’être affinées : n’hésitez pas à réagir pour que nous avancions ensemble sur ce sujet …

Bilan de l’accompagnement sur ITyPA 2

writing lessonJ’avais proposé un accompagnement au MOOC ITyPA 2 pour les personnels des greta de Bourgogne qui le souhaitaient. Voici un premier bilan de cette aventure …

1 – Contexte et organisation planifiée

ITyPA s’est déroulé du 10 octobre au 12 décembre 2013 et 25 personnes se sont manifestées pour y participer dans notre réseau réparties sur toute la région Bourgogne (10 sur Dijon, 4 sur la Saône et Loire, 8 sur Nevers et 4 ‘isolés’). L’accompagnement a été organisé comme suit :

  • 1 rencontre hebdomadaire organisée en Saône et e Loire, le mardi matin, animée par moi-même,
  • 1 rencontre hebdomadaire organisée sur Dijon, le lundi après-midi, animée par un collègue (merci Mehdi ;-) ),
  • 1 rencontre hebdomadaire en groupe sur Nevers avec ‘animation’ à distance depuis Dijon complétées par une ou deux après-midi de rencontre sur Nevers. Cette organisation était aussi proposée aux candidats isolés.

Le contenu de chaque rencontre était planifié à l’avance, calé sur le déroulement du MOOC (accessible ici).

En plus de toutes ces rencontres, j’animais un blog en postant à peu près un billet par semaine, de préférence le lundi et nous avons créé un groupe sur la plateforme du MOOC.

2 – Bilan de la participation

A quelques exceptions près, tous les participants aux rencontres IRL (In Real Life) hebdomadaires sont allés jusqu’à la fin du MOOC. Les 2 exceptions étaient justifiées, d’une part, par une inadéquation flagrante de la formation par rapport aux attentes, et d’autre part, par  une surcharge imprévue de travail.

Les 4 candidats isolés ont abandonné par manque de temps, difficulté de connexion à distance, complexité du dispositif.

Parmi les 8 candidats nivernais, 2-3 ont eu une activité assez régulière. Les autres participants n’ont vécu que la rencontre sur site.

Ces différents résultats tendent à conforter mon point de vue sur l’utilité des rencontres régulières pour soutenir la motivation et la participation dans un MOOC de ce type pour un public professionnel en activité (je préfère ne pas me prononcer pour les autres publics). Cela rejoint ce que disait Frédéric Domon lors de sa présentation sur l’importance d’instituer un temps pour prendre du recul sur son travail et apprendre …

3 – Évaluation du dispositif

Une enquête a été proposée à tous les inscrits pour avoir un retour sur le vécu de chacun, ce qui a été appris, ce qui a été/est/sera réinvesti, ce qui est attendu pour la suite. Pour l’instant, seuls 40% des inscrits ont répondus, les résultats sont donc ‘fragiles’. Il était demandé une évaluation des différents outils proposés (rencontres sur site, conférence du jeudi, activités proposées localement, activités proposées par l’équipe ITyPA, dynamique créée par l’ensemble des participants, le blog d’accompagnement, les productions personnelles). Certaines personnes ont considéré ces outils ni riches ni formateurs. Parmi les autres participants, 3 outils ressortent particulièrement : les rencontres hebdomadaires, le blog d’accompagnement et dans une moindre mesure les conférences du jeudi.

Le groupe créé sur la plateforme n’a pas été du tout utilisé, il n’était donc pas nécessaire de l’intégrer à l’évaluation.

Ce MOOC a été l’occasion de développer les pratiques collaboratives chez certains participants, et des compétences en veille et l’utilisation des réseaux sociaux numériques pour d’autres. De plus, des idées de projets ont émergées à la suite de ces 10 semaines ; il ne nous reste qu’à les concrétiser …

Enfin, même si plusieurs participants ont relevé leur besoin d’un programme ou l’absence de fil conducteur qui leur a été préjudiciable, ITyPA aura été l’occasion de découvrir une nouvelle approche de la formation qui a en a titillé plus d’un, même ceux qui ne s’y retrouvaient pas.

L’objectif que nous nous étions fixés était de développer les compétences en TIC (veille, réseaux sociaux, collaboration à distance) et pédagogiques des acteurs du réseau, je crois que nous avons bien avancé dans ces deux directions.

4 – Bilan du blog compagnon

J’ai animé ce blog pour soutenir la participation de tous les participants du réseau et proposer cet accompagnement, de manière plus large, à tous les Itypiens (l’année dernière, on parlait de Moockitos). J’ai parlé ci-dessus de l’accueil positif réservé par les participants locaux, qu’en est-il des autres ?

Je n’ai jamais réussi à installer le module jetpack qui m’aurait permis d’avoir les statistiques de visite, mais est-ce vraiment significatif ? Par contre, j’ai d’autres chiffres :

9 billets publiés, 59 commentaires (dont 18 par moi-même, pour répondre)  publiés par 17 personnes différentes (dont seulement 2 font partie du réseau des greta).

Si l’on creuse un peu plus le contenu des commentaires, on a parmi ces messages,

  • 33 % apportent un contenu riche, une réflexion, un partage d’expérience, …
  • 16 % apportent un soutien enthousiaste (merci, bravo, encouragements, …)
  • 16 % sont de pings et rétroliens (scoop.it, pearltrees, liens depuis d’autres articles de blogs)
  • 33 % sont des messages personnels pour répondre, apporter des compléments d’information ou des éclaircissements, remercier ,…

Cette analyse me conforte dans l’intérêt d’une telle initiative d’accompagnement, ‘dissidente’ par rapport aux animateurs officiels. Je pense que la publication des billets le lundi, en contretemps par rapport aux conférences du jeudi, soutient le rythme hebdomadaire et facilite la persévérance dans la durée.

5 – Conclusion

Je suis très content d’avoir mis en place ce dispositif et d’avoir pu le mener à bien. Si nous reconduisons le dispositif, il me semble essentiel de prévoir des rencontres sur site hebdomadaires et de plus travailler la présentation du dispositif : Qu’est-ce qu’un MOOC ? Comment apprendre dans un MOOC ? Qu’attendre de l’accompagnement ?

Un autre article devrait suivre sur le tutorat dans un MOOC mais cela nécessite encore un peu de structuration !

Pour finir, je tenais à remercier tous les participants à ITyPA2, de Bourgogne et d’ailleurs. On a vécu une expérience très riche ensemble et ça fait du bien  ! Bonne continuation à chacun …

N’hésitez pas à partager vos idées, remarques ou commentaires, ça fait toujours plaisir !

Crédit photo : Writing lesson CC-BY-NC-ND radioflyer007

Evaluer : l’image du gâteau au chocolat

Gâteau au chocolat

Gâteau au chocolat

Quand deux personnes ne sont pas d’accord sur les critères pour juger de la qualité d’une réalisation, on risque de tomber dans des situations frustrantes. C’est souvent le cas quand un de mes enfants propose de faire de la cuisine …

Hier, mon fils sort tout fier de la cuisine en déclarant "Ça y est ! j’ai fini de préparer le gâteau au chocolat pour le dessert !" Pourtant, dès que je rentre dans la cuisine, je m’écrie "Non, mais ça va pas ! Tu as vu dans quel état tu as mis la cuisine ! Tu viens tout de suite ranger et nettoyer tout ça !"

Comme vous pouvez l’imaginer, nous n’avons pas les mêmes indicateurs de fin de tâche ni les mêmes critères de réussites. Dans le rôle du père, j’ai trois critères de réussite (les 3 B) :

  • mon enfant mène son projet jusqu’au Bout,
  • dans la Bonne humeur,
  • et me rend une cuisine propre qui Brille.

J’attends de mes enfants qu’ils respectent ces critères qui sont à mes yeux non-négociables. Si ces trois critères sont validés, je considère que l’enfant a réussi son défi. Je me permets alors de rajouter deux critères ‘bonus’ qui ne sont que valorisant pour l’enfant :

  • le gâteau est Beau !
  • le gâteau est Bon !

En clair, si le gâteau est moche et pas terrible, cela n’enlève rien à la réussite de l’enfant (on pourra prendre le temps de discuter de la recette par la suite).

1 – Que s’est-il passé ?

Dans la situation initiale, mon fiston n’a pas intégré les bons critères et il s’est concentré sur le bonus. Je n’ai pas pris le temps de bien expliciter ces critères et de m’assurer qu’ils étaient bien intégrés par l’intéressé. A leur décharge, ça n’est que très récemment que j’ai pris le temps d’y réfléchir (et de vous partager dans ce billet ces pensées toutes fraîches…) Il va donc me falloir leur expliquer mes attentes lorsqu’ils se mettent à cuisiner car nous n’accordons pas la même valeur au rangement de la cuisine. L’image du pèlerin pourra peut-être les aider à s’organiser (en nettoyant la vaisselle sale au fur et à mesure par exemple).

2 – Suivre une recette, c’est une compétence !

C’est vrai, suivre une recette est une compétence qui a son importance (que l’on retrouve dans la vie professionnelle quand on suit une procédure). Cependant, je préfère souvent laisser un adolescent mener son projet culinaire seul et prendre le temps de relire avec lui la démarche adoptée en analysant le produit fini. J’aime lui laisser une certaine autonomie, quitte à ce qu’il se trompe : je ne vois pas l’erreur comme une faute à sanctionner mais plutôt comme une occasion d’apprendre.

3 – C’est bien beau tout cela, mais quel est l’intérêt d’en parler ici ?

Il me semble que l’on retrouve des situations très comparables dans de nombreuses formations ou situations professionnelles, où les critères de réussites et les indicateurs de fin de tâches ne sont pas explicités. Souvent des tâches annexes et fastidieuses sont attendues mais pas clairement demandées (comme le rangement de la cuisine), ou alors on est autant regardant sur la démarche adoptée que sur la production finale (notion de critères et de bonus).

L’idée est donc de préciser les objectifs et les critères comme dans l’alignement constructiviste de Biggs qui demande d’avoir une cohérence entre les objectifs visés, les critères d’évaluation et les méthodes (ou démarches) adoptées. Une telle approche permet de s’assurer du sens de ce que l’on propose, ce qui renforcera la motivation des participants.

Ces différents points (et un peu plus) sont présentés dans le dernier numéro du tableau : Evaluer, une compétence qui rime avec "éthique" qui mérite le détour. Enfin, nous avons plusieurs fois proposé à nos étudiants de définir les critères d’évaluation et de construire la grille avec eux, cela s’est toujours révélé très riche. Il faut bien garder en tête que la modification des comportements ne va pas s’effectuer du jour au lendemain. Tout cela doit se travailler dans la durée : les objectifs doivent être atteints à la fin de la formation, il n’est pas obligatoire de les atteindre avant …  Et dans le cas d’un parent, Dieu sait si la formation est longue ;-) !

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne année ! De mon côté, je m’en vais partager ces réflexions à mes enfants, autour d’un gâteau au chocolat !

Crédit photo gateau au chocolat CC-BY-SA 3.0 Heinhurd

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