Pédagogie ouverte et triangle de Houssaye

J’ai cherché à voir quels liens on pouvait trouver entre la pédagogie ouverte et le triangle de Housaye. Il me semble que l’on peut placer les sommet de l’un entre les lobes de l’autre. L’enseignant se retrouve ainsi entre transparence et la participation, l’étudiant entre la participation et la coopération et le savoir entre la coopération et la transparence. Voyons ce que cela implique sur les différents processus définis par Housaye.

pédagogie ouverte et triangle de Housaye

pédagogie ouverte et triangle de Housaye

1 – Enseigner

Ce processus  est associé à la transparence de la pédagogie ouverte. Le savoir étant déjà distribué et accessible sur internet, il paraît caduque de poser une quelconque licence sur ses productions pédagogiques, il est ainsi préférable de partager avec la communauté dans une dynamique d’amélioration continue. De même, pourquoi ne pas utiliser toutes ces ressources accessibles (par exemple des vidéos) pour enseigner. Mais si tout est disponible, quel est l’objectif de l’acte d’enseigner ? aider l’étudiant à s’approprier des connaissances, à faire des liens entre ces nouveaux apprentissages et ce qu’il connaît déjà (d’où l’intérêt de faire construire des cartes mentales ou des cartes de concepts) et comprendre les différents processus mis en œuvre pour apprendre (d’où l’importance de l’analyse réflexive).

2 – Former

La relation entre l’enseignant et les apprenants est ici très axées dans une dimension ‘participative’ qui est un des axes essentiels de développement de nos sociétés : communautés de pratiques, d’apprentissage, démocratie participative, wirearchie, … autant de concepts qui se développent et auxquels il faut sensibiliser et former nos étudiants/élèves/apprenants pour qu’ils soient de véritables acteurs de la société. C’est pour cela qu’il me semble essentiel de leur laisser des choix qu’ils doivent apprendre à assumer, leur proposer de participer, dans une certaine mesure, à la construction de la formation par exemple en évaluant la formation ‘en continu’. L’objectif est ainsi d’éveiller les citoyens

3 – Apprendre

Cette association du processus apprendre avec la coopération est critiquable parce que restrictif. Cependant, la Coopération/Collaboration se retrouve en tête de nombreux référentiels de compétences à maîtriser au XXIème siècle accompagnée par la Créativité, la Communication et l’esprit Critique (pour former les 4C). Le développement de toutes ces compétences de haut niveau dépend des activités proposées et des productions attendues. Ainsi, les élèves du collège de Staël a Paris ont pu travailler toutes ces compétences lors d’un projet artistique autour du lycée idéal, avec la réalisation d’une œuvre, l’animation d’un blog, la réalisation d’un film et la communication autour de ce projet.

4 – Prise de recul

L’approche collaborative induit l’adjonction d’un nouveau pôle au triangle d’origine : le groupe, ce qui permet de construire un tétraèdre. On entre alors dans une oscillation entre deux pôles : apprendre à collaborer et collaborer pour apprendre. Ce contexte collaboratif est ainsi un terreau fertile pour développer les compétences transversales (comme présenté ici).

Le triangle de Housaye a été critiqué par son manque de contextualisation, la pédagogie ouverte offre la possibilité d’instancier (d’incarner ?) ce modèle dans notre monde du XXIème siècle où Internet est omniprésent et où l’on forme à des métiers qui n’existent pas encore …

On peut essayer de résumer ce schéma en prônant un enseignement transparent pour des formations participatives, structurées autour d’apprentissages collaboratifs ?

Peut-être avez-vous des réactions ou des critiques relatives à ces réflexions, n’hésitez pas à vous manifester : c’est ensemble que nous progresserons …

Apprendre à l’heure d’Internet

Quel impact a le déferlement Internet et des technologies sur notre façon d’apprendre ? Il me semble que cela modifie au moins 3 aspects fondamentaux  : notre relation au savoir, ce qu’il faut apprendre et notre rapport à l’effort nécessaire pour apprendre.

1 – Internet change la relation au savoir

Internet transforme l’économie de la connaissance (et des biens immatériels en général, comme le présente si bien Serge Soudoplatoff) en passant d’un modèle basé sur la rareté (le maître détient un savoir) à un modèle basé sur l’abondance (la connaissance est déjà distribuée et accessible). Les organismes de formation (initiale ou continue) doivent s’adapter à ce nouveau modèle où le cœur de métier passe de « l’enseignant qui dispense » à « l’élève qui apprend ». Cette évolution du contexte nécessite ainsi une remise en question profonde de l’organisation et des objectifs de la Formation : « Que doit apprendre l’élève ? Comment l’aider dans ses apprentissages ? Comment structurer la formation ? etc… » puisque « tout est déjà transmis », comme le dit Michel Serres dans son discours Eduquer au XXIe Siècle.

2 – Apprendre = mémoriser ?

L’évolution des technologies nous permet de déléguer notre mémoire à la machine. Si cela peut être pratique pour des informations qui n’ont pas de sens en elles-même (numéro de téléphone, adresse IP, …), il me semble que cela pose un problème pour toutes les informations qui ont du sens. En effet, on est de plus en plus conscient qu’apprendre à l’heure d’Internet correspond à deux actions complémentaires :

  • reconstruire la connaissance qui est éparse,
  • créer des liens entre des concepts plus ou moins proches.

Ce travail ne peut se faire sans mémoriser les éléments essentiels de chaque notion pour pouvoir les ressortir, sur commande, en cas de besoin : on ne pourra jamais créer des liens avec quoi que ce soit, si on a la tête vide … Cet aspect est déjà abordé de façon plus approfondie ici.

3 – Apprendre en faisant

Ainsi, apprendre consiste donc à mémoriser mais cela ne suffit pas ! Le plus important n’est pas ce que l’on sait, mais ce que l’on sait faire avec ce que l’on sait. A un moment, il faut passer au stade de la compétence qui consiste à savoir mobiliser des ressources (humaines, temporelles, cognitives, …) pour aboutir à une réalisation. Et cela ne peut se travailler que dans l’action ! C’est la base du « learning by doing » mis en avant par Michel Briand dans son intervention à ITyPA 3.

4 – L’évolution du public

Un autre paramètre à prendre en compte dans une formation est l’évolution du public. J’avais présenté différentes motivations possibles pour apprendre (visant l’élitisme, l’intérêt structurant ou l’épanouissement personnel). Force est de constater que c’est toujours vrai et que l’émergence des MOOC favorise encore plus cet engament ‘de plus ou moins loin’ dans la formation : j’y vais pour voir, sans aucune contrainte. Cet aspect très individuel, avec un certain refus des contraintes risque de limiter l’implication des participants. Or la recherche nous rappelle que l’apprentissage nécessite du temps et des efforts ; ça ne peut pas tomber tout cuit !

10 constats clés de la recherche sur l'apprentissage, à partir du travail de jean Heutte : http://jean.heutte.free.fr/spip.php?article192

10 constats clés de la recherche sur l’apprentissage, à partir du travail de jean Heutte : http://jean.heutte.free.fr/spip.php?article192

Même si nous sommes dans un monde où tout doit être immédiat, il ne faudrait pas que, pour ‘vendre’ des MOOC (ou toute autre formation), on donne l’illusion que l’apprentissage devient facile, instantané et accessible sans effort.

Vous tous qui suivez (ou avez suivi) une formation récemment, que vous l’ayez fini ou non, votre avis est intéressant : n’hésitez pas à vous exprimer et réagir à ces idées, on a tout à gagner à écouter les différents avis !

Evaluer un dispositif de formation

Une organisation qui envoie une personne en formation en attend une réelle plus-value. Cependant, cette plus-value ne peut être atteinte que si la formation répond bien au besoin de l’entreprise. C’est souvent au moment de la définition de ce besoin que le bât blesse. Pour comprendre à quel moment doivent être définies les attentes et les indicateurs d’évaluation, il m’a semblé intéressant de reprendre un outil répandu en gestion de projet logiciel : le cylce en V, qui permet de découper les étapes d’un développement logiciel.

1 – Le cycle en V

C’est un outil de gestion de projet qui a le mérite de bien clarifier les différentes étapes de réalisation. Il est cependant, et à juste titre, décrié car s’il présente un intérêt théorique pour conceptualiser l’organisation d’un projet, il ne colle pas à la réalité du terrain où le découpage fonctionnel ne peut pas coller à la planification temporelle. Ainsi, des méthodes agiles (par exemple scrum ou lean), itératives et permettant de chercher une amélioration continue du process ou produit, lui sont de plus en plus préférées.

Il est ainsi essentiel de garder en tête cette limite du modèle. Je l’utilise ici pour  sa clarté dans la présentation des étapes et la cohérence cherchée entre le besoin repéré, l’objectif visé, la méthode utilisée pour l’atteindre et son ‘évaluation. On retrouve l‘alignement constructiviste !

Cycle en V d'un dispositif

2 – Lecture du schéma

A chaque étape de la partie gauche (descendante) correspond une évaluation dans la partie droite (ascendante). L’axe horizontal représente le temps ; d’un point de vue chronologique, on commence donc par ce qui est le plus à gauche pour finir par réaliser ce qui est le plus à droite. Cependant, sur une même ligne, les modes et critères d’évaluation sont définis à partir des besoins, en même temps que la méthode de réalisation (qui correspond aux niveaux inférieurs du schéma).

Dit autrement, les étapes de plus haut niveau permettent de préciser les besoins et attentes qui se concrétiseront dans les étapes de niveau inférieur. Ainsi, les besoins stratégiques précisent les impacts économiques, sociétaux, environnementaux, (ou autres …) attendus et les indicateurs qui seront utilisés pour évalué le ROI (retour sur investissement) ou le ROE (retour sur les attentes) de la formation (Vous pouvez lire à ce sujet l’article de Michel Diaz qui présente bien la différence entre ces deux évaluations).

L’évaluation des apprentissages est présentée en-dehors de la formation car elle est définie en amont de la formation. Il est cependant bien sûr possible de réaliser cette évaluation au cours de la formation.

On retrouve bien dans ce schéma les différents niveaux d’évaluation définis par Kirkpatrick (et enrichis pas Philips) sauf la réaction à chaud :

  • les apprentissages qui sont en lien avec le contenu de la formation,
  • les comportements (ou transferts) qui évaluent les compétences développées par les stagiaires,
  • les résultats qui permettent d’évaluer l’impact de la formation sur l’activité professionnelle du stagiaire,
  • le ROI ou le ROE pour mesurer l’impact de la formation sur l’organisation dans son ensemble.

3 – Limites du schéma

Plusieurs points me semblent essentiels à travailler spécifiquement.

La formation n’est pas toujours la solution pour résoudre le problème rencontré. En effet, d’autres facteurs peuvent influencer le travail d’une personne, que ce soit son environnement de travail, les personnes de son équipe, le management, l’organisation, etc… Il ne faut surtout pas tomber dans le travers : « la formation est la solution, mais quel est le problème ? »

 Le cycle en V correspond à un fonctionnement théorique idéal : on définit les besoin, on réalise la formation prévue sans aucune modification et on en évalue les résultats. La réalité est souvent autre ! Des paramètres vont imposer des ajustements : l’évolution du contexte économique, les facteurs humains, l’évolution d’outils et/ou des matériels utilisés, … Il me semble utopique de croire que l’on aura tout prévu et que l’on ne sera pas confronté à des adaptations nécessaires.

De nombreuses organisations utilisent une démarche comparable pour structurer leurs formations, que ce soit pour la définition de formations initiales diplômantes ou d’appels d’offre pour des formations d’adultes. Si cette démarche est contestée dans le contexte du développement logiciel, est-elle adaptée au développement de formations ? Une approche un peu plus souple, reprenant quelques principes des méthodes agiles, pourrait permettre de faire évoluer ‘en continu’ ces formations et être ainsi plus en phase avec les attentes des décideurs.

Ce schéma est sûrement imparfait, certains termes sont sans doute à préciser. N’hésitez pas à partager vos remarques ci-dessous …

Merci d’avance !

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Pédagogie, Andragogie et Heutagogie

Voici des noms bien barbares pour parler de différentes façons d’apprendre et d’enseigner.  Ils mettent en évidence que la maturité d’une personne influe sur ses modalités d’apprentissage et qu’elle peut avoir une certaine autonomie dans son cheminement.

Je vous propose une comparaison de ces trois schémas, à partir de l’article de Lindy McKeown (merci à elle) que je n’ai fait que traduire, suivie de quelques réflexions qui en découlent.

pédagogie-andragogie-heutagogie

Il me semble qu’il ne faut pas considérer cette présentation comme une référence mais plutôt comme un repère, à partir duquel on peut se situer. J’y trouve en effet quelques aspects critiquables.

1 – Une présentation caricaturale de la pédagogie

l’approche exclusivement transmissive présentée pour l’apprentissage chez l’enfant est discutable ; la présentation de Céline Alvarez à TedxIsèreRiver « Pour une refondation de l’école guidée par les enfants » en est un bon contre-exemple. Elle nous montre comment se passe la vie dans une classe de maternelle où les enfants choisissent ce qu’ils souhaitent apprendre, découvrent ensemble, se soutiennent, … Elle nous montre que l’heutagogie – peut-être inconsciente – est aussi possible avec de jeunes enfants.

2 – Le rôle du formateur dans l’heutagogie n’est pas clair

En effet, je trouve que l’auteur du tableau n’a pas assez montré la place d’initiateur qu’a le formateur (ou l’enseignant) dans un système heutagogique. Lindy nous présente des qualités repérées chez ces personnes mais ne nous dit pas comment elles peuvent agir pour aider l’apprenant à avancer. Il me paraît pourtant essentiel de préciser qu’un tel formateur a un rôle de ‘facilitateur méthodologique’ sur 3 points essentiels :

  • la relecture d’une activité : Que s’est-il passé ? Quel était le contexte ? Quelle stratégie a été utilisée ? …
  • les interactions entre apprenants : Comment je peux aider l’autre ? Comment peut-il m’aider ? Comment pouvons-nous avancer ensemble ?
  • la veille sur le sujet de la formation : Quelles sont les dernières actualités du secteur ? Comment cela peut faire évoluer nos pratiques ou nos apprentissages ? Comment diffuser ces évolutions ? En reprenant le modèle Seek – Sense – Share  de Harold Jarche.

3 – L’apprenant ‘heutagogiste’ doit fournir beaucoup de travail

Ce travail à l’air simple et peu chronophage. C’est à mon avis trompeur. Je rapprocherait cette activité de ce que décrit James Dyson quand il donne cinq conseils pour innover :

  • Restez naïf
  • Chérissez l’erreur
  • Ne dédaignez pas ce qui n’est pas glamour
  • Redoublez d’effort chaque année
  • Persévérez

Je pense que l’heutagogie est bien dans cette logique : accueil enthousiaste de ce qui arrive (rester naïf), de l’erreur (si on prend le temps de relire ce qui s’est passé pour progresser) et nécessite beaucoup de travail (persévérer et redoubler d’effort …).

Vous avez peut-être d’autres critiques à émettre à propos de cette comparaison, n’hésitez pas ! Les commentaires vous sont ouverts…

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Des MOOC pour le secondaire ?

Dans le cadre du colloque e-education « le numérique en questions », j’ai proposé de présenter un retour d’expérience sur la mise en place de MOOC dans le secondaire en m’appuyant sur mon expérience (mise en place du Classe-MOOC) et les réflexions que je vous ai déjà partagées dans ce blog. Voici donc un premier jet de ces idées, histoire de me mettre en jambe …

1 – un MOOC au secondaire, c’est possible ?

Un MOOC est une formation en ligne, ouverte à tous. On peut l’envisager comme une transposition des MOOC universitaires en adaptant le niveau au contexte scolaire et on arrive à des choses comme ce que propose franceTVéducation :

Des MOOC de France TV éducation

Des MOOC de France TV éducation

Mais on peut aussi envisager un MOOC comme une fenêtre grande ouverte sur le monde, qui offre la possibilité de créer des interactions avec l’extérieur. Cela rejoint le discours de Julie Higounet, chef de projet des « usages numériques » à la Direction du Numérique pour l’Education (DNE — DGESCO) qui propose de travailler 3 relations dans l’enseignement :

  • la relation entre élèves et enseignants,
  • la relation entre élèves,
  • la relations avec les autres (le reste du monde).

Cette position rejoint aussi le point de vue de Stephen Downes qui dit que le côté massif (le M de MOOC) consiste à changer l’échelle du cours. Le premier MOOC a été l’ouverture au monde d’un cours donné à 25 personnes : plus de 2000 personnes ont suivi ce cours, y ont participé et ont enrichi les échanges sur la plateforme.

2 – Le MOOC comme un voyage

Les voyages scolaires sont une institution. Pourquoi ne pas remplacer un tel déplacement par un voyage en littératie numérique ?

Quels peuvent être les objectifs pédagogiques d’un tel voyage ?

  • lire numérique : cela englobe la recherche d’information, la vérification des sources, le recoupement des données, le traitement et la synthèse de ces documents.
  • écrire numérique : produire et publier des documents multimédia. Cela peut être du texte,  des graphiques, des vidéos, etc …
  • travailler en équipe et/ou en réseau : s’organiser, respecter un échéancier, s’écouter, argumenter, trouver un compromis, …

3 – Comment s’organiser ?

L’idée peut être séduisante, reste à s’organiser … De mon expérience de Classe-MOOC, voici quelques conseils :

  • Banaliser une semaine pour être complètement immergé dans le MOOC.
  • Définir un sujet qui peut intégrer un maximum de disciplines du programme et susceptible de motiver vos élèves : des grands sujets de société comme les réseaux sociaux, la ville durable ou intelligente, les données ouvertes, … peuvent être facilement intégrés à de nombreux programmes. Si vous proposez les grandes lignes de la thématique, laissez à vos élèves le choix de leur sujet d’étude. Cela accroitra leur engagement et leur permettra de travailler sur la construction d’une problématique.
  • Trouver des partenaires : c’est sans doute ce qui sera plus compliqué. Il est intéressant de chercher des  établissements partenaires dont les élèves pourront vivre le MOOC en même temps que vous, mais aussi des professionnels qui pourront apporter un regard d’expert. Leur participation pourra être de lire quelques productions (et si possible réagir), participer à une interview en ligne ou venir intervenir dans l’établissement, …
  • Anticiper, anticiper et encore anticiper … Comme pour un voyage scolaire, il y a un sérieux travail de préparation pour baliser le sujet, repérer des sources d’information pertinentes, penser à la constitution de groupes, l’évaluation, les contraintes techniques liées à l’établissement (l’accès internet par exemple …), les outils utilisés, etc…
  • Définir un planning pour la semaine. Alors là, c’est facile, vous pouvez vous inspirer de celui que nous avons utilisé qui a été assez bien respecté. Comme vous pouvez le constater (si vous avez ouvert le planning) ça n’est pas parce que la semaine est banalisée qu’il n’y a pas d’intervention de l’enseignant. Plusieurs sujets méritent d’être présentés/débattus pour que la semaine se déroule dans de bonnes conditions. On avait prévu d’aborder :
    • qu’est-ce qu’une problématique ?
    • qu’est-ce qu’une réunion de travail ?
    • comment faire une recherche sur internet ?
    • auquel on pouvait ajouter « comment construire une carte mentale ? » et « comment réaliser une présentation de qualité ? »
  • Définir les outils : nous avons utilisé un blog par groupe pour présenter l’avancement du travail sur la semaine, un univers netvibes pour regrouper en un lieu unique l’ensemble des productions et twitter avec un hashtag prédéfini (#dataweek) pour partager le vécu, les trouvailles, les émotions …

netvibes classMOOC

 

4 – Quels sont les points de vigilance auxquels il faut faire attention ?

Deux aspects me semblent particulièrement important :

  • la problématique sur laquelle les élèves vont travailler doit être claire et précise. L’expérience montre que le travail de toute la semaine et la production finale sont très décevants lorsque la problématique est bancale.
  • La place et le rôle des enseignants doivent être clairs et anticipés. Ils ont un rôle d’accompagnement. J’aime bien la formule qui dit de « laisser errer sans laisser échouer ». L’enseignant est là pour poser des questions plutôt que donner des réponses. Il doit accepter de ne pas tout connaître et apprendre à côté des élèves. Un enseignant qui se lance dans un tel projet va développer un large panel de compétences : accompagnement, esprit critique, esprit d’initiative, réactivité, analyse réflexive, travail collaboratif qui sont utiles pour développer ces mêmes compétences chez les élèves !

5 – Pour aller plus loin

Une présentation complète de l’organisation de notre classe-MOOC est accessible ici : http://sites.google.com/site/classemooc

Cette présentation du MOOC comme un voyage est personnelle, d’autres solutions sont possibles pour ouvrir la classe au monde. Ainsi les twittclasses offrent une autre alternative, de la maternelle au supérieur !

Pour nourrir votre réflexion sur l’ouverture de la pédagogie, je ne peux m’empêcher de remettre cette illustration de la pédagogie ouverte qui est toujours d’actualité. A la fin de cet article, il me semble qu’il faudrait déplacer l’utilisation des média sociaux entre la coopération et la transparence ;-)

pédagogie ouverte

pédagogie ouverte

 N’hésitez pas à réagir pour enrichir la présentation et à bientôt à Poitiers, pour ceux qui y seront !

Des images pour expliquer un MOOC

Il me semble intéressant de revenir sur l’explication de ce qu’est un MOOC. Pour cela je vous propose 3 métaphores, qui chacune présentera une des facettes de cet objet polymorphe.

1 – La conférence

C’est peut-être la comparaison la plus facile ! un MOOC est un Cours (c’est la signification du C) dans le sens où il réunit des enseignants/animateurs et des participants/apprenants pour que ces derniers apprennent. La similitude avec une conférence est renforcée par la présence d’experts qui interviennent d’une part pour présenter leur savoir – souvent sous forme de courtes vidéos – et d’autre part pour échanger avec l’auditoire lors de conférences en ligne en direct. On retrouve donc bien les présentations et les temps de questions-réponses classiques dans une conférence.

Lorsque des collègues reviennent de conférence, je les entends souvent dire : »tu sais, dans ces conférences, ce sont les moments de pause, où l’on peut échanger de façon informelle qui sont le plus riche ». Et ce qui est formidable, c’est que les MOOC offrent ces possibilités informelles …

2 – La fête des voisins

Quoi de plus informel que la fête de voisins : on fixe une date, on convie ses voisins dans un esprit d’auberge espagnole : chacun apporte ce qu’il a ! On retrouve bien toutes ces caractéristiques dans le côté Open d’un MOOC : c’est ouvert à tous, chacun s’inscrit avec son bagage propre, sa culture, son histoire et tous ensemble, on va y arriver. Cet aspect est très marqué dans les MOOC connectiviste où l’on cherche à construire la connaissance en réseau mais se retrouve aussi dans les forum de n’importe quel MOOC.

3 – Le voyage organisé

Pourvoirie_Mabec_à_Sept-îles_Duplessis_(Côte-Nord)_QuébecLa troisième image met plus en avant l’aspect découverte du MOOC. Découverte de la littératie numérique, de l’apprentissage tout au long de la vie et des outils qui vont avec. Un MOOC, c’est dépaysant, c’est une nouvelle approche de la formation en ligne (ça, c’est pour le Online), plus orienté apprentissage qu’enseignement, c’est aussi une nouvelle notion de propriété et de partage puisque les ressources sont souvent libres de droit (c’est le deuxième versant de Open, le côté Open Source).

Même si un MOOC nous demande de se faire violence et de  s’aventurer dans des contrées inconnues de la toile (réseaux sociaux, forums, partage, …), on n’est  quand même pas complètement perdu dans un pays inconnu … Il y a des animateurs qui ont déjà balisé le trajet et d’autres participants qui sont là, prêts à vous rassurer  et vous aider au moment de monter dans l’hydravion.

4 – Il manque une lettre, non ?

En effet, il manque l’aspect Massif ! Mais je pense que cette facette correspond à une capacité à passer à une grande échelle. Cela pourrait correspondre à pousser les murs de la salle de conférence ou à utiliser un bus élastique pour accepter tous les participants qui le souhaitent ou encore à envisager une fête des voisins non pas seulement dans sa rue mais étendue à toute la francophonie ! Ça pourrait être sympa, non ?

Un dernier élément me semble important à relever : toutes les images présentent des événements. Cette limitation temporelle, avec un début et une fin, est à mon avis un aspect essentiel du MOOC qui permet de créer une communauté autour d’un sujet. On y pense, on se prépare, on le vit intensément et puis c’est fini, et on repart avec ses souvenirs. On est toujours le même, mais un peu différent quand même …

Et vous qu’en pensez-vous ? Quelle image vous parle le plus ? A quoi compareriez-vous un MOOC pour le présenter ?

Crédit photo : Pourvoirie Mabec à Sept-Iles Duplessis, CC BY-SA Grégory Cloutier

Pourquoi je partage ?

I love to shareL’article de Jean-Michel Cornu sur le don m’a interpelé sur ce qui pousse chacun à partager ses idées, essais, avancées, erreurs, avancées, réflexions, … dans une communauté. Je n’ai pas pris les moyens de mener une enquête avec sondages et entretiens mais j’ai fait une analyse personnelle : Pourquoi je partage mes réflexions dans ce blog ?

1 – Petite précision

Deux points me semblent important à noter :

Ce blog est un bien immatériel : le fait que vous lisiez ces lignes ne me prive de rien, c’est même plutôt pour moi un gain car si j’écris, c’est entre autre pour être lu !

Dans une communauté (un réseau) on est dans la logique de l’auberge espagnole où chacun vient avec ce qu’il a et ce qu’il est.

2 – Mais quelles sont mes motivations ?

Je vois quatre motivations principales à la tenue de ce blog :

  • Vous m’apportez beaucoup, je vous dois bien ça ! On est là dans la logique de contre-don comme le présente Marcel Mauss. Je me sens  en quelque sorte ‘redevable’ à mon réseau de tout ce qu’il m’apporte. En contribuant à mon tour, je nourris mes ‘amis’ qui se sentent (peut-être) à leur tour redevable. Ce qui me semble intéressant est que, dans cette logique, on n’est plus redevable à une personne en particulier mais à son réseau (ou sa communauté), entité très vague et impersonnelle.
  • Vous évaluez mes idées. Votre regard sur mes idées m’intéresse, m’aide à me diriger et à avancer. Vos relais sur les réseaux sociaux sont des indicateurs de pertinence (quantitatif) et les commentaires que vous apportez permettent d’enrichir mon point de vue (qualitatif).
  • Écrire oblige à mettre des mots sur ses idées. Je suis de plus en plus convaincu que cette contrainte de formalisation est un moyen très efficace pour apprendre et je le recommande vivement. Cette dernière motivation n’implique pas forcément le partage, je pourrais très bien la satisfaire en gardant mon blog privé et sans rien partager du tout … En fait, je publie les réflexions qui me semblent intéressantes et que je souhaite archiver. Ce blog est alors un portfolio d’apprentissage qui permet de retracer mon cheminement …
  • Je suis fier de ce que je produis donc je l’affiche. Eh oui ! Narcisse n’est pas très loin ! Mais je pense que c’est un des moteurs des réseaux sociaux numériques et qu’il faut en avoir conscience pour ne pas en devenir esclave.

En filigrane derrière ces motivations se trouve aussi le fait que je suis satisfait de mon niveau de vie et que j’attends  plus de la reconnaissance et des réflexions qui me titillent que de l’argent.

3 – Passer du stock au flux

Avec Internet, on passe d’une logique de stock et de possession à une logique de flux et d’usage. Transcrit de façon personnelle, cela donne :

Je suis plus riche de ce que je suis (et de ce que je sais faire) que de ce que j’ai.

Ce que je suis correspond au flux, ce sont mes savoirs et compétences (savoir-être, savoir-faire, savoir-devenir, …). Ce sont des caractéristiques dynamiques, en perpétuelle évolution et intrinsèquement liées à ma personne. Ce que j’ai est le fruit de ma production/réflexion ou du glanage à gauche à droite, cela correspond correspond au stock.

Pour faire vivre le flux, il faut partager son stock.

En effet, il est profitable de partager ses ressources, ses idées : la confrontation est source d’enrichissement. C’est ce que dit Flore Berlingen (@floreberlin) dans le numéro Hors Série de terra Eco : « Avant, il s’agissait de protéger ses bonnes idées, aujourd’hui, il s’agit de les partager pour que d’autres les améliorent ». Cela nécessite un changement de mentalité  pour accepter la logique de la version bêta ‘perpétuelle’ et de l’amélioration continue. Ça n’est pas trop dans la culture française où l’on a plutôt tendance à attendre d’avoir atteint la perfection avant de publier son chef d’œuvre.

4 – Et l’impact économique ?

Le hors série Terra Eco (encore lui) cite une étude de la fondation P2P (que je n’ai pas recherchée) « Chaque milliard de dollars investi dans l’économie de la libre connaissance détruit à court terme 60 milliards de dollars dans l’économie traditionnelle ».

Je passe environs une journée par mois sur ce blog à partager des idées et des réflexions et si on respecte le ratio présenté ci-dessus, je détruis  chaque mois 60 jours de travail de l’économie traditionnelle … Suis-je donc un pourri ? Ça n’est pas l’effet cherché mais la question se pose. Et même si les chiffres sont à vérifier, on conçoit bien que ce qu’on partage, d’autres ne le vendent pas …

Pour avancer vers un élément de réponse, on peut toujours écouter Bernard Stiegler qui dit que l’on se dirige vers une société sans emploi, mais pas sans travail, et qui prône une généralisation d’un statut comparable à celui des intermittents du spectacle. Ce point de vue peut en rassurer certains mais il ne me convainc pas complètement et la question me taraude toujours …

Crédit photo : I love to share CC BY Creatives Commons

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