Quelques réflexions sur la mémorisation …

Cela fait quelques temps que je m’interroge sur l’absence de mémorisation de la part de nos étudiants. Ils sont intéressés par ce qu’ils découvrent, sont prêts à s’impliquer dans des réalisations pratiques mais ne font quasiment aucun effort de mémorisation. Ce constat pose problème, je profite de ce billet pour formaliser quelques réflexions à ce sujet…

1 – Pourquoi mémoriser des informations quand Google peut les donner quand on veut ?

Dans un premier temps, je vois deux raisons pratiques. D’abord, parce que les examens ne sont pas encore prévus avec accès à internet et que les étudiants ont besoin d’un minimum de connaissances pour répondre aux questions posées. Deuxième raison : pour être crédible en entreprise. Quel que soit le domaine professionnel, il est des fondamentaux que l’on ne peut se permettre de ne pas maîtriser (ce qui signifie connaître la théorie et savoir l’appliquer) et cela nécessite un minimum de mémorisation.

2 -Quelques aspects de motivation

Mémoriser n’est ni épanouissant, ni franchement valorisé. Quand j’étais élèves, un prof de maths proposait toujours le même barème : 10 points sur le cours et 10 points sur les exercices. Si un élève n’avait pas 8/10 au cours, l’enseignant ne corrigeait pas la partie exercice. Très vite les élèves se sont mis à apprendre leur cour ! C’est à la fois la carotte et le bâton, ou dit sous forme plus savante : il jouait sur la motivation extrinsèque… Peut-être qu’on pourrait envisager une forme plus ludique de l’évaluation de la mémorisation : évaluation par les pairs, auto évaluation avec des cartes question/réponse. De plus, pour faciliter la mémorisation, il me paraît essentiel que l’enseignant donne le sens et l’utilité de ce qu’il demande d’apprendre. Cela peut aider les étudiants à trouver une motivation plus personnelle (intrinsèque), en lien avec leurs centres d’intérêts, leur projet personnel, …

3 – Que faut-il apprendre ?

Au moins ce qui ne peut pas se retrouver ! Cela commence par le vocabulaire du domaine. Il est essentiel de savoir précisément à quoi correspond chaque terme. Ensuite, il faut apprendre la grammaire, à savoir, les règles qui régissent ce domaine. Tout cela ne peut pas s’inventer. Il faut l’apprendre puis le comprendre pour pouvoir l’assimiler. La compréhension ne peut pas suffire puisque lorsque l’on est face à un problème, il faut pouvoir retrouver la règle dont on a besoin. Si l’on prend l’exemple simple de l’étude du triangle rectangle au collège, le vocabulaire englobe des termes comme côté adjacent, coté opposé, hypoténuse, mesure d’un angle, … La grammaire correspond au théorème de Pythagore, à la définition du cosinus d’un angle, … Ces notions sont les bases élémentaires dont on a besoin pour construire les connaissances ultérieures de la trigonométrie (pour ne citer que ce prolongement). De plus, il faudra mémoriser tout ce qui a été choisi /défini à priori et qui ne peut pas s’inventer (par exemple, le sens conventionnel du courant). Un dernier point qu’il faut mémoriser se rapporte aux méthodes et procédures de travail. Ainsi, en mathématiques, il est utile de connaitre des grands modèles de démonstration (récursivité, absurde, …) pour pouvoir choisir puis appliquer celui qui a été retenu quand on en aura besoin.

En effet, la mémorisation ne doit pas s’envisager que pour réciter de façon exhaustive le contenu appris à la manière d’une poésie. L’objectif est de pouvoir ressortir, sur commande, un seul des vers de la poésie : seulement celui dont on a besoin ! Cela nécessite donc que la mémoire soit organisée et cela passe par une phase de structuration/organisation de tout ce que l’on veut apprendre. On peut comparer la mémoire à un filet où les nœuds sont les éléments mémorisés et les cordages les liens entre ces différentes notions. Si les nœuds sont solides, on pourra faire grandir notre filet. S’ils sont distendus, ils se déferont au fil du temps et rien de solide ne pourra se construire… Comme pour un filet de pêche, il faut régulièrement vérifier les nœuds pour s’assurer de leur résistance (on parlera de persistance pour la mémoire).

The net before the miracle CC by epimetheus

4 – Faut-il tout apprendre ?

Il est effectivement pertinent de s’interroger “jusqu’où apprendre ?” Comme on l’a dit tout à l’heure, l’effort de mémorisation est conséquent et lourd. On peut être tenté de ne pas vouloir se surcharger. Il faut cependant garder en mémoire que l’on retrouve plus vite ce que l’on sait bien. Ainsi, on peut se satisfaire de connaître quelques formules de trigonométrie fondamentales et les utiliser pour retrouver les autres. C’est possible mais ça n’est pas optimal au moment de la restitution. C’est exactement la même chose pour les tables de multiplications : on n’est pas obligé de les connaître, mais c’est quand même pratique quand on fait les soldes.

Plus la contrainte de temps est forte pendant l’examen, plus les étudiants doivent solliciter leur mémoire. De même, plus on utilise régulièrement une information, plus on a intérêt à faire l’effort de la mémoriser. Ça n’est pas pour rien que Monsieur Bloom a assis sa taxonomie sur la mémorisation : ça n’est sans doute pas le niveau de maîtrise le plus glorifiant mais c’est un passage obligé incontournable pour avancer dans l’apprentissage  : la création de nouveaux liens, l’agrégation de nouvelles connaissances, tout ce qui permet l’extension de notre filet …

5 – Comment aider les étudiants à mémoriser ?

La réponse est à plusieurs niveaux. Voici quelques pistes qui me semblent intéressantes :

  • Faire ressortir les termes élémentaires (le vocabulaire) et les liens ou interactions entre ces termes. Il est alors utile de s’appuyer sur différents supports (graphique, anecdote, analogie, …).
  • Faire le lien avec les notions vues précédemment pour montrer les similitudes mais aussi les différences.
  • Solliciter le plus possible les étudiants pour cette phase de structuration/organisation/création de liens, par exemple en leur demandant de construire leur synthèse du sujet pendant le cours puis de la confronter avec celle des voisins. Cette confrontation sera l’occasion de travailler les imprécisions et les erreurs de conception ou d’interprétation.
  • Réaliser des cartes mentales avec un fonds pour aider la mémorisation de la structure et des liens entre les différentes notions (comme le présente JM Cornu).

6 – Conclusion

Il apparaît que les enseignants ont une certaine marge de manœuvre pour motiver leurs étudiants à faire des efforts de mémorisation. Il faut en avoir conscience et chercher à voir comment mettre en œuvre ces différentes pistes. Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous les mêmes difficultés ? Quelles méthodes ou démarches adoptez-vous ?

Motiver les étudiants : une affaire de manager

Lors d’une intervention sur le sens du travail à l’USI de 2011, André Comte-Sponville explique aux managers présents que le travail n’est pas une valeur et qu’il faut donc lui donner du sens, sens  qui sera source de motivation pour le salarié. Voyons quels leviers sont mis en avant et comment cela peut se traduire dans la relation enseignant-étudiant.

A. Comte-Sponville

Je viens d’écouter l’intervention qu’André Comte-Sponville a donnée à l’université du SI de 2011 sur “Sens du travail, bonheur et motivation”. Il s’adresse à des managers d’entreprise qui encadrent des salariés mais on peut reprendre l’intervention pour des enseignants qui encadrent des élèves ou étudiants. Il y expose que le travail n’est pas une valeur, il doit donc avoir un sens, et dans le monde de l’entreprise, le sens premier du travail,  c’est le salaire. Ceci étant, le salaire est fixé “par le marché”. Donc, si l’on veut garder dans son entreprise les meilleurs salariés, il faut leur offrir autre chose. Il me semble que c’est justement cette autre chose qui nous intéresse, nous, enseignants, puisque nous n’avons pas le levier principal (le salaire) pour motiver nos étudiants à travailler.

1 – Sur quels leviers pouvons-nous agir pour motiver nos étudiants ?

A. Comte-Sponville cite en vrac :

  • les conditions de travail,
  • l’ambiance, la convivialité,
  • l’utilité sociale de ce que produit l’entreprise,
  • le respect et la reconnaissance,
  • la participation à une aventure collective exaltante,
  • l’épanouissement, la progression personnelle,
  • le respect des valeurs personnelles.

Nous n’avons pas la main sur tous ces leviers, cependant, certains nécessitent de s’y arrêter particulièrement.

a) l’ambiance et la convivialité

Que faisons-nous pour créer une ambiance chaleureuse ? Le dernier dossier de Thot traite de l’humour, qu’en faisons-nous en cours ? Personnellement, je milite pour une pédagogie de la bonne humeur, basée sur l’humour. La convivialité est aussi importante : partager quelques bonbons avec ses étudiants crée un lien qui rend l’enseignant accessible et humain.

b) le respect et la reconnaissance

Le respect est à mon avis une valeur réciproque : je dois autant de respect à mes étudiants qu’ils ne m’en doivent. A ce titre, il me paraît normal qu’ils puissent me dire tout ce que je leur dit (surtout quand je fais une erreur :-) ).

La reconnaissance me paraît essentielle : valoriser les motifs de satisfaction ou de fierté des étudiants me semble indispensable pour les aider à se construire.

c) la participation à une aventure collective exaltante

C’est toute la pédagogie par projet qui repose sur ce point. Et si l’on veut aller encore plus loin, on pourrait même aller jusqu’au design thinking où ce sont les étudiants eux-mêmes qui définissent leurs projets. Avant de tout révolutionner, on peut commencer par créer des situations simples de collaboration qui déjà créent une dynamique.

d) l’épanouissement et la progression personnelle

On est dans le cœur du métier, l’objectif principal, mais ça n’est pas explicitement recherché par tous les étudiants. Cela nécessite de toute façon une prise de recul et une comparaison par rapport à une situation antérieure pour pouvoir percevoir cette progression. Cela justifie la mise en place d’une relecture régulière de ce qui se vit en cours, à travers le cours, autour du cours, pour aider les étudiants à percevoir leurs évolutions, leurs progrès qu’ils soient disciplinaires, méthodologiques, relationnels ou autre.

2 – Quelle place pour l’enseignant ?

A. Comte-Sponville parle aux managers, voyons la transposition possible pour des enseignants.

a) Faire en sorte que les collaborateurs (ou salariés) aiment leur travail et y prennent du plaisir.

Si l’on remplace le mot collaborateur par étudiants, on arrive sur un beau sujet : qu’en faisons-nous ? Est-ce qu’à un moment, on s’est posé cette question ? Qu’est-ce qui pourrait aider les étudiants à prendre du plaisir dans leurs études ? Cette pensée ouvre la porte aux jeux dans l’apprentissage, qu’ils soient sérieux ou pas.

En citant Aristote  “le désir est l’unique force motrice” et Spinoza “le désir est l’essence même de l’homme”, l’intervenant nous rappelle qu’il nous faut nous soucier du désir de l’autre, en l’occurrence,  de nos étudiants. La satisfaction étant l’assouvissement d’un désir, nous avons en effet tout intérêt à nous soucier de ces désirs si nous souhaitons avoir des étudiants satisfaits de leurs formations.

b) N’oubliez pas d’être heureux dans votre travail !

C’est la conclusion et le dernier conseil qu’il donne aux dirigeants. Quel beau conseil pour des enseignants ! Pouvons-nous transmettre de l’enthousiasme si nous sommes blasés, lassés, fatigués ? Ça n’est pas aux étudiants de nous motiver mais à nous de les motiver.

Toutes ces idées me semblent des pistes intéressantes pour évoluer. Une fois que l’on a pris le  temps de réfléchir, de mesurer la latitude de manœuvre que l’on a, de définir les priorités, il n’y a plus qu’à se jeter à l’eau et faire évoluer ses pratiques. Je ne pense pas qu’il faille chercher à tout changer d’un coup, mais cela impose d’être persévérant car les signes de l’évolution des étudiants peuvent tarder …

Formation à l’évolution

JM Gilliot présente dans son dernier article une attitude ‘conservative’ des étudiants :

… mes élèves ayant toujours été étonné quand j’ai proposé d’utiliser un wiki, d’aller chercher de l’information par eux-mêmes. Leur demande est jusqu’à présent plutôt d’avoir un polycopié bien fait et des annales pour réviser.

Cette attitude (que je retrouve avec mes étudiants de BTS)  est effectivement désarmante et porte à réfléchir : qu’attendent les étudiants de leur formation ? une recette pour réussir des examens, un ensemble de connaissance ou une préparation à la vie active ? Il me semble qu’ils n’ont pas conscience que le monde évolue, de plus en plus vite, et que notre capacité d’adaptation est mise à contribution continuellement pour rester en phase avec notre monde changeant. Ainsi, les formations que nous proposons ne doivent plus former qu’à un état (ingénieur, technicien, agronome, informaticien, …) mais aussi à une démarche d’évolution et d’adaptation. Cette ‘formation à l’évolution’ doit être visible à plusieurs niveaux :

Dans l’affichage de la formation

Il peut être délicat de modifier l’appellation d’un diplôme ou d’une école, il est par contre possible de l’intégrer comme principe fondateur de la formation, par exemple à travers le syllabus général, la plaquette, …. Cet affichage officiel permet de sensibiliser les futurs ou nouveaux étudiants

  • au contexte pédagogique dans lesquels ils évolueront,
  • aux travaux auxquels ils sont susceptibles de participer,
  • aux productions que l’on attendra d’eux.

Dans l’approche pédagogique

Il n’est sûrement pas question de minimiser le nécessaire apport de connaissances dans nos formations. Par contre, il faut leur laisser la juste place : Elles sont l’autre pilier sur lequel la formation va s’appuyer. Cette approche pédagogique doit ainsi ouvrir l’apprenant au savoir apprendre. Cela nécessite de l’autonomie et des situations d’apprentissages ouvertes (pédagogie par projet, par problème, travaux collectifs, …). Cela change grandement le rôle de l’enseignant qui n’est plus là qu’en qualité d’expert du domaine. Cette démarche nécessite une analyse réflexive de la part des apprenants pour formaliser leurs apprentissages (aussi bien au niveau du contenu que des méthodes de travail ou des outils utilisés, et la liste n’est pas limitative). L’enseignant a alors un rôle de ‘miroir’ pour aider l’apprenant à faire cette analyse. Cela peut se faire en groupe afin de mutualiser les expériences et ouvrir chacun aux apprentissages des autres sous forme de synthèse (qui n’est pas une conclusion). Cette démarche est compliquée à faire adopter par les étudiants car elle est nouvelle et nécessite une forte implication et un regard lucide sur soi-même.

La sensibilisation des futurs étudiants à cette évolution de nos formations est incontournable pour qu’ils rentrent dans cette dynamique exigeante mais ô combien enrichissante …

 

 

Qu’attend-on des étudiants ?

Je suis de plus en plus désemparé par le comportement des étudiants que je trouve passifs, peu ou pas motivés, consommateurs, … (chacun peut rajouter ses caractéristiques). Depuis, j’ai été interpellé par la vidéo de Denis Berthiaume : Comment apprend-on à l’université ? qui met en avant le fait qu’il faut expliciter aux étudiants le comportement et le travail attendus :  il faut donc que cela soit déjà clair dans la tête de l’enseignant !

Voici donc, dans les grandes lignes ce que j’attends des étudiants :

  • être présent activement en cours,
  • prendre de note pendant le cours,
  • poser des questions dès que ça coince,
  • s’approprier les notes après le cours,
  • apprendre le cours,
  • être curieux, par exemple dans le domaine professionnel en lien avec leur formation.

Ces quelques idées tombent sous le sens, mais ça va mieux en le disant !!!

Maintenant que c’est dit, comment aider les étudiants à mettre en pratique ces belles recommandations ? Effectivement, c’est là qu’il y a un problème ! Ils sont globalement d’accord avec les résolutions mais n’arrivent pas à les tenir. Pour approfondir un peu cette liste, je vous propose quelques réflexions sur certains points.

Prendre des notes en cours et les retravailler

l’article précédent de ce blog présente un exercice de prise de notes collaboratives qui a été essayé avec les étudiants. Le travail est intéressant, la nouveauté attire, les notes qui ressortent de l’activité correspondent assez bien à l’exposé. Cela ne doit pas être limitatif : les étudiants qui ne sont pas directement impliqués doivent eux aussi prendre des notes sur un support classique. Annie Piolat et Françoise Boch présentent dans Apprendre en notant et apprendre à noter l’intérêt de cette prise de note pour la mémorisation et l’appropriation du contenu. Elles soulignent aussi l’importance de retravailler ces notes afin de se les approprier. La réalisation d’une carte conceptuelle peut être une piste à proposer aux étudiants pour structurer les informations et construire de la connaissance. Enfin, elles précisent l’influence de l’organisation spatiale des notes, dimension qui est peu (voire pas) développée dans la prise de note collaborative.

Poser des questions

Ces questions peuvent arriver pendant le cours, à chaud.  Il peut ainsi être intéressant de mettre les étudiants en petits groupes pour qu’ils confrontent leurs points de vue sur un sujet qui vient d’être exposé : cela peut générer des argumentations, objections et peut-être des questions ! Elles peuvent aussi être le fruit du travail personnel et de la relecture des notes du cours précédent. Il me semble que ces questions sont alors un indicateur du travail fourni sur le cours précédent. Ce travail peut être personnel ou en groupe en reprenant la même démarche.

Apprendre le cours

Cela semble vraiment un supplice insurmontable ! Et pourtant, une fois que les notes sont reprises dans une synthèse (textuelle ou graphique) et que la structure intrinsèque du contenu est dégagée, il ne reste plus beaucoup d’efforts à faire ! Je suis de plus en plus convaincu que l’enseignant doit préciser aux étudiants explicitement ce qu’ils doivent retenir pour du toute leur vie. La mémorisation de ces notions élémentaires peut être vérifiée et évaluée n’importe quand lors du cursus de formation sans préavis.

Être curieux

Je suis toujours surpris de voir l’absence de curiosité des étudiants. il faut les pousser à lire et s’intéresser. Dans cette dynamique, j’aime bien les tweets Soyez curieux/ de Laurence Juin avec ses étudiants de Bac Pro pour les ouvrir sur le monde et aiguiller leur curiosité. Cette démarche me semble très intéressante mais nécessite, quel que soit le canal de diffusion (twitter, blog, groupe Diigo, …), la mise en place de l’outil (compte twitter, agrégateur RSS, …) qui va s’intégrer dans l’Espace Personnel d’Apprentissage. Il y a là un sérieux travail à faire pour aider l’étudiant à construire cet espace et se l’approprier.

Et localement, ça se vit comment ?

On constate en BTS que les étudiants que nous accueillons se sentent toujours au lycée et ont du mal à basculer dans leur nouvelle vie d’étudiant. Il est donc primordial que les équipes enseignantes  explicitent aux nouveaux étudiants le changement d’attitude attendu. Afin de faciliter la mise en pratique, pourquoi ne pas lancer, dès la rentrée, un travail complètement différent en mode projet afin de ‘bousculer’ le lycéen et l’aider à faire sa mue ?  On peut s’inspirer par exemple de ce qui s’est fait à ESIEE Engineering 2 années de suite et qui a été présenté à Nancy lors de TICE 2010. Ce peut être une occasion intéressante de tester la transférabilité d’un module de formation expérimental.

Il est délicat de lancer cette démarche en cours d’année mais il vaut mieux rédiger tout cela en janvier qu’avoir tout oublié en septembre, non ?

PS : vous pourrez noter au passage l’utilisation de citebite pour le lien qui pointe au milieu d’une page (merci @crid) …

quand on croise Bloom et motivation …

Déçu par l’attitude passive des étudiants (absentéisme, absence de travail, …), il m’a semblé important de faire le point avec eux sur leurs motivations internes et comment ils abordent la dernière ligne droite avant l’examen. (cette problématique est répandue quand on voit ce qui se met en place au Quebec). La discussion s’est attardée sur les moyens possibles à mettre en œuvre pour augmenter les chances de réussite de chacun (les idées sont d’eux, seul le classement est de moi) :

l’incontournable : être en bonne forme physique. Quelques élèves ont effectivement des problèmes de santé chroniques, d’autres se limitent à la maladie du vendredi matin…

le minimum : venir en cours. Eh oui ! notre classe de BTS a l’honneur d’avoir le record d’absentéisme !

l’efficace : s’impliquer et suivre en cours, prendre correctement des notes et s’organiser.

l’approfondissement : travailler chez soi, travailler en groupe, retravailler les anales et exercices vus …

L’idée est ensuite de laisser chacun analyser cette grille, voir où il en est et où il souhaiterait/devrait être pour se donner des bonnes chances de réussite à l’examen.

J’avais prévu ensuite de relire avec eux la taxonomie de Bloom en essayant de voir comment chaque niveau de la pyramide se traduit dans leur formation.

  • Connaissance : mémorisation des connaissances élémentaires,
  • Compréhension : lecture et compréhension de documents techniques,
  • Application : exploitation des documents techniques lus précédemment,
  • Analyse : soit au niveau d’un projet (analyse d’un problème à partir du besoin), soit au niveau d’un programme (correction de dysfonctionnements = debug),
  • Synthèse : développer une solutions (définir des critères de choix pour un composant (service, logiciel, plugin, …) et l’installer pour répondre à un besoin,
  • Evaluation : critique d’une solution, comparaison de différentes solutions pour répondre à un besoin.

Les derniers niveaux sont à mon avis étroitement liés et la différenciation me semble quelque peu artificielle (d’ailleurs Anderson et Krathwhol, disciples de Bloom, ont revisité cette taxonomie en 2001 en inversant ces 2 niveaux).

L’objectif est ici d’aider les étudiants à voir leurs forces et faiblesses dans le processus d’apprentissage.

La conclusion principale que j’en tire est que c’est au niveau de la connaissance que ça bloque le plus. Les étudiants n’arrivent pas à s’impliquer/se motiver pour apprendre le minimum nécessaire pour être autonomes… C’est dommage parce qu’une fois cette barrière franchie, ils se débrouillent plutôt bien pour les autres niveaux. Force est de constater qu’apprendre par cœur est ingrat et très peu valorisé dans notre société où l’on se décharge de plus en plus sur des outils pour mémoriser à notre place (répertoire dans son portable, bookmarking, …). C’est très pratique pour toutes sortes de données mais il me semble important d’utiliser la mémoire humaine pour certaines informations afin de tisser des liens et construire des connaissances …

Pour des jeunes diplômés plus expérimentés

Lors d’une rencontre avec un responsable d’équipe au sein d’une entreprise, nous tenions la discussion suivante :

“- Tu vois, je trouve qu’ils ne sont pas terribles les étudiants qui sortent de l’école, ils ne savent rien faire, je préfère de beaucoup embaucher un gars qui a suivi sa formation en alternance…
- Est-ce que tu as conscience que toi aussi, tu ne savais rien faire lorsque tu es sorti de l’école et que des ‘vieux routiers’ disaient la même chose de toi ?
- euh !…
- Et que fais-tu quand tu reçois une demande d’alternance de la part d’un étudiant ?
- Ah, non ! Tu comprends, je ne peux pas me permettre d’investir comme ça sur un jeune, passer du temps à le former, parce que ça prend du temps, et risquer qu’il parte. J’ai un problème de rentabilité !”

Avec des discussions comme ça, on sent qu’on est bien parti pour avoir des jeunes professionnels qui correspondent aux attentes des employeurs. Et ne riez pas, je suis sûr que vous avez déjà eu, vous aussi, ce genre de remarques …

Même si j’ai beaucoup de mal à accepter ces critiques de la part de personnes qui ne sont pas prêtes à se remonter les manches, il y a quand même matière à se poser la question : Qu’apprend-on à l’école si les employeurs considèrent que les jeunes diplômés ne savent rien faire ?

En fait, les employeurs voudraient que les jeunes diplômés aient de l’expérience ! Qu’à cela ne tienne, apprenons aux étudiants à travailler comme des pros… Oui mais quelles sont les qualités attendues ? Au retour de stage, nos étudiants ont listé ce qu’ils ont découvert en entreprise. Il en ressort quelques compétences que l’école peut très bien approfondir :
- l’autonomie : attention, l’autonomie se construit, s’éduque, ça n’est pas un abandon de l’étudiant face à ses apprentissages. Il faut “laisser errer mais ne pas laisser échouer” (franc-parler sur la pédagogie par projet). En entreprise, l’autonomie est attendue par exemple pour la prise de décisions, la recherche d’information, la réalisation de tâches ‘métier’…

- le travail en équipe : cette compétence n’est pas antinomique avec la précédente. Elle consiste à savoir écouter, argumenter, débattre, concilier, … Cela sous-entend par exemple que l’on vient à une réunion en l’ayant préparée à partir de l’ordre du jour.

Une fois ces grandes lignes définies, il faut construire les séquences pédagogiques qui développent ces compétences : travail par projet, par problème, toutes ces démarches pédagogiques où l’apprenant devient acteur et construit ses connaissances. La création de situations comparables au cadre professionnel est indispensable mais cela ne suffit pas, il faut aussi (et surtout) prendre le temps de la relecture avec les étudiants pour formaliser les méthodes mises en œuvre et évaluer leur efficacité. Ce temps de synthèse permet de d’expliciter l’expérience acquise au cours de la séquence. La capitalisation personnelle de cette expérience (sous quelque forme que ce soit : portfolio, journal de bord, …) permettra aux étudiants de :
- suivre et évaluer leur progression
- avoir un support pour analyser leurs méthodes de travail, ainsi que leurs forces et faiblesses, …

Dans une telle optique, le contenu disciplinaire est un cadre, à l’enseignant de construire la progression qui formera des jeunes diplômés plus expérimentés.

N’hésitez pas à réagir !!!

Quelques lectures sur la motivation …

En parcourant le blog, on peut constater que depuis un certain temps, je me pose des questions sur la motivation des étudiants (ici ou ). La quête avance et quelques lectures précieuses me permettent de clarifier un peu ce concept.

Je vous présente ici une synthèse de quelques articles qui m’ont éclairés :

- Peut-on apprendre sans motivation ? table ronde animée par Pascale Certa-Lafitte, avec Isabelle Causse-Mengui, Cécile Delannoy et Philippe Meirieu
- Vive la motivation ? par André Giordan – Cahiers pédagogiques n° 431
- Motivation à apprendre, mythe ou réalité ? par Hervé Legrain, 8e Biennale de l’éducation et de la formation – 2006
- La motivation des étudiants à l’université : mieux comprendre pour mieux agir par Rolland Viau – Conférence non publiée, Université de Liège – 2006.

Les deux premiers articles ont une approche plutôt générale du problème, ils précisent le sujet en en définissant les contours : il est sans doute plus précis de parler du “désir d’apprendre” des élèves ou étudiants plutôt que de leur motivation. De ce point de vue, le rôle de l’école est alors de donner envie d’apprendre. C’est d’ailleurs ce que font les pédagogues lorsqu’ils cherchent à “faire désirer à un enfant ce qu’il ne désire pas, en prenant appui sur ce qu’il désire”.

Les deux autres articles proposent des pistes de réflexions et d’actions pour dynamiser les élèves. Viau présente la dynamique de la motivation comme suit :

dynamique de la motivation selon Viau

Il précise par la suite différents facteurs pour chacun de ces points :

Les critères de valeur d’une activité :

- signifiante : l’activité est en lien avec les centres d’intérêts ou le projet personnel de l’élève
- diversifiée et en lien avec les autres activités (quelque soit la matière)
- authentique : l’activité va plus loin qu’un acte purement pédagogique, elle conduit à une production crédible pour l’élève (proche d’un produit professionnel pour les étudiants)
- interdisciplinaire
- durée satisfaisante : ni trop long, ni trop court …

Les critères de compétence d’un apprenant :

- l’activité représente un défi
- l’activité nécessite un engagement cognitif

Les critères de contrôlabilité d’une activité (rôle de l’apprenant dans l’activité)

- responsabiliser l’apprenant
- permettre à l’étudiant d‘interagir avec les autres

Les indicateurs de l’engagement d’un apprenant sont la persévérance (qui correspond à la durée de l’engagement) et l’implication cognitive (qui correspond à l’intensité de l’engagement).

Enfin, lorsque la réussite arrive, tous s’accordent à dire qu’il faut la reconnaître et la valoriser par des encouragements, félicitations, remarques lors des évaluations, ou autres…

Ce bref tour de la motivation et des différents leviers accessibles devrait permettre de mieux préparer les prochaines activités.

Quelle motivation pour apprendre ?

Lors d’un précédent article, je présentais ce schéma proposé par Marcel Lebrun sur l’activité pédagogique et les moteurs d’un dispositif d’apprentissage.

schéma présentant l'activité pédagogique selon Marcel Lebrun

En y réfléchissant et en le mettant en parallèle avec le fonctionnement repéré avec les étudiants, une question me taraude : qu’est-ce qui motive un étudiant aujourd’hui pour apprendre ? D’après le schéma, la motivation est le moteur de l’activité ; elle est donc essentielle. Reste à savoir ce qui peut motiver l’étudiant :

  • l’activité elle-même,
  • la production finale attendue,
  • le sujet de l’étude,
  • le projet professionnel personnel,
  • la note donnée par l’enseignant,
  • l’interaction avec d’autres personnes,
  • une autre source à déterminer

Une activité ne motive que sur un relativement court terme : dès qu’on change d’activité, il faut rechercher une nouvelle source de motivation. Ce qui est motivant dans une activité tient plutôt de la méthode et du savoir-faire. Il faut donc sans doute repérer les méthodes de travail qui correspondent aux étudiants. Je pense à ce sujet qu’il est souvent plus motivant pour un étudiant de rechercher des informations, de croiser ses sources, d’en faire une synthèse et de la présenter à la promotion (pas forcément oralement).

Pour que la production finale soit source de motivation, il faut que l’étudiant y trouve son compte, qu’il y voie un intérêt. Cet intérêt peut être par exemple la reconnaissance par autrui (enseignants, autres étudiants, professionnels du domaine …) ou un apport personnel (meilleure connaissance de soi par exemple). Ces sources de motivations peuvent sans doute être fortes mais il doit falloir les expliciter clairement au début de la séquence pédagogique afin que les étudiants en aient conscience.

Le sujet de l’étude est source de motivation s’il rejoint un centre d’intérêt personnel de l’étudiant. C’est sans doute difficile de fédérer tous les étudiants autour du même sujet. Cela peut quand même être un souci pour l’enseignant d’essayer de rejoindre les centres d’intérêts des étudiants dans l’approche des notions qu’il doit apporter.

Le projet professionnel de l’étudiant peut être une forte source de motivation, encore faut-il qu’il en ait un !!! L’enseignant peut difficilement agir sur ce facteur dans sa scénarisation pédagogique …

La note ! une source de motivation ! Je suis toujours déçu de voir que les étudiants travaillent pour avoir une ‘bonne note’ (avec toute la relativité qu’on peut envisager sur ce qu’est une bonne ou une mauvaise note …). Je trouve que c’est une confusion grave entre le l’objectif et le moyen qui perdure et que les étudiants ont du mal à corriger.

Il est possible que l’interaction, la discussion, la rencontre, la confrontation soient sources de motivation. Cela signifie que l’enseignant doit prévoir dans son scénario des activités qui intègrent ce paramètre. Cela revient à la définition de l’activité (cf. ci-dessus).

Après cette analyse toute personnelle des sources de motivation, je reste sur un constat mitigé sur la motivation des étudiants pour apprendre. Comme si les étudiants se complaisaient dans une vision du monde où l’on peut tout avoir instantannément et sans effort (comme sur internet) même les savoirs, savoir-faire, savoir-être …. Toute l’inventivité pédagogique mise en oeuvre ne suffit pas toujours à les motiver pour travailler et dépasser l’effort nécessaire pour atteindre la satisfaction d’apprendre, de comprendre, de grandir. Peut-être que la motivation nécessite parfois un peu de maturité, et ça c’est la vie qui la développe …

Un enseignant en recherche

Je participais récemment à la journée Jeunes recherches de la conférence S-Team. C’était l’occasion de présenter Prodagéo, le contexte, la démarche utilisée, l’évaluation des premiers résultats et l’avenir envisagé. C’était aussi pour moi une première confrontation avec la recherche puisque ma première participation à un tel événement. Une fois revenu dans mon cadre habituel, quelles conclusions puis-je tirer de ce que j’ai vécu ?

1 – C’est très motivant de présenter son travail, de le confronter à d’autres regards et de recevoir des critiques pour avancer.

2 – La démarche de chercheur est très rigoureuse (beaucoup plus que mon cheminement personnel et ma réflexion autour de mon enseignement).

Ce dernier point fait jaillir en moi plusieurs interrogations : Comment peut-on concilier cette démarche rigoureuse stricte (que je respecte beaucoup) et un métier (d’enseignant en l’occurrence) en parallèle ? Qu’est-ce qui me motive dans ma démarche de recherche ? Qu’ai-je envie de vivre ?

Actuellement, je me sens plus motivé par la progression des étudiants et la mise en place de dispositifs d’apprentissage qui leur conviennent. Cette réflexion sur mes pratiques s’enrichit largement du travail de nombreux chercheurs qui me nourrissent et m’apportent les bases théoriques, leurs expériences, leurs réflexions et des pistes d’avancée. Tout cela m’amène à me positionner comme un ‘expérimentateur’, intégrant dans mes pratiques des concepts issus de la recherche, plus à l’aise dans un statut d’enseignant en recherche que d’enseignant chercheur (que je ne suis pas du tout).

Cette analyse personnelle réflexive me semble importante car elle me permet de préciser :

- dans quelle direction je vais : comment rendre l’étudiant le plus acteur possible de son apprentissage
- ce qui me motive : la relation avec les étudiants, les voir se construire et avancer (dans un sens plus large que le domaine strictement scolaire)
- les priorités que je me fixe pour la suite : avancer sur l’évaluation des actions que j’entreprend (évaluation du process et des résultats) et faciliter le transfert des démarches et outils que j’utilise (Prodagéo, la pédagogie par projet et l’utilisation des wikis)

Enfin, une question m’a été posée à la suite de cette présentation : “Qu’est-ce qui motive les étudiants dans Prodagéo, est-ce le projet en lui-même ou la nouveauté du cadre pédagogique ?” Cela me semble une bonne question. A approfondir…

Publié dans humeur. 1 commentaire »

Ca bouge en bourgogne !

Juste un petit billet pour informer de la tenue du 2ème BarCamp de Dijon qui aura lieu le 15 Novembre dans les locaux de l’ESC. Cette information a été découverte sur les très sympa blog de Bourgogne que je ne peux que soutenir. Ce sera sûrement l’occasion de faire de riches rencontres …

Publié dans humeur. Tags : , , . 1 commentaire »
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.