Qui se laisserait percer le cerveau … ?

Une réflexion est menée au niveau local sur les influences (bénéfiques) que les TICE peuvent avoir sur l’enseignement technologique. Les grands thèmes abordés sont :

– les ENT (Espaces Numériques de Travail) ou ENA (Espaces Numériques d’Apprentissage). La différence entre ces deux approches tient au fait que les ENA reposent plus sur l’interactivité entre les apprenants que les ENT (existe-t-il encore des ENT ?).
– l’utilisation de maquettes numériques ou virtuelles
– la mise en réseaux de systèmes didactiques pour un accès partagé

Avant de voir l’influence que les TICE peuvent avoir, il me semble important de se poser des questions plus profondes sur les choix pédagogiques :

– Que veut-on que les élèves ou étudiants apprennent ?
– Comment voulons-nous qu’ils l’apprennent ?

1 – Présentation rapide, voir simpliste, de mon point de vue.

Pour répondre à la première question, il faut préciser ce que l’on appelle « savoir ». Je vous propose de regrouper les « savoirs » en 3 grandes familles :

La dernière catégorie (savoir travailler) regroupe plusieurs notions comme le savoir être, le savoir agir (cf. Le Boterf) et le savoir apprendre (cf. Lebrun). Même si ces compétences ne relèvent pas que du monde du travail (et heureusement !!!), elles en font partie et c’est sous cet aspect qu’elles sont généralement abordées en formation. On les appelle aussi souvent les compétences transversales parce qu’elles ne sont pas liées à un enseignement spécifique.

Sur la base de ces différents savoirs s’appuient différentes démarches pédagogiques dont certaines sont présentées dans le schéma ci-dessous.

savoirs et pédagogie

Actuellement, les deux approches inductives et déductives sont prônées en parallèle en fonction de l’enseignement dispensé : l’approche déductive est privilégiée dans les enseignements scientifiques alors que l’approche inductive est plus utilisée dans les enseignements techniques ou technologiques (c’est pour cette raison que les deux approches sont explicitement présentées sur le schéma).

2 – Qu’apportent les TICE ?

– Des maquettes numériques peuvent permettre de visualiser des mécanismes complexes avec des représentations inaccessibles dans le monde réel (on peut par exemple envisager une visualisation des lignes de champs magnétiques sur une maquette virtuelle d’un moteur électrique ou sur une représentation de la terre). Elles peuvent apporter un plus non négligeable au niveau des savoirs (compréhension, représentation, visualisation, …). La maquette réalisée peut permettre l’apprentissage théorique d’un savoir faire si elle est intégrée à un scénario comme ici, pour une application médicale.
Cela peut aussi s’étendre à des savoir-faire ou savoir travailler si l’on élargit le concept de maquette numérique au serious game (c’est une extrapolation peut-être abusive mais je pense qu’on est dans la même dynamique).

– La mise en réseau de systèmes didactiques produit des effets surtout au niveau des savoirs : l’utilisation de tels outils permet de récupérer des courbes de points à exploiter, de visualiser le fonctionnement du système (si une caméra est installée sur le système). La mise à distance lors de la confrontation au réel empêche la mise en oeuvre des savoir faire spécifiques à la manipulation in situ. De plus, se posent des questions relativement à la mise en oeuvre, la maintenance, l’accessibilité, la disponibilité et la sécurité de tels systèmes…

M. Lebrun rapporte que l’utilisation d’une plate-forme pédagogique n’apporte pas de plus-value significative au niveau des savoirs des apprenants. Il précise par contre que l’apport de ces ‘nouveaux outils‘ se situe plus au niveau de ce j’ai appelé le savoir travailler et ceci se vérifie d’autant plus que les outils utilisés sont variés. En effet, l’utilisation de plate-forme pour apprendre (que ce soit un ENA, un blog, un wiki ou un réseau social) permet des interactions entre les apprenants et une approche collective de l’apprentissage (qui peut évoluer entre coopération et collaboration).

3 – Quelles réponses apporter à la problématique posée ?

Il me paraît très important d’insérer le plus possible l’apprentissage des méthodes de travail (le savoir travailler) dans la formation : c’est le premier reproche que nous font les industriels quand nous leur demandons leur avis sur l’employabilité de nos étudiants. Dans cet objectif, l’utilisation d’outils numériques (ENA, réseaux sociaux ou autres) me semble incontournable mais ne répond pas aux problématiques liées aux méthodes de travail métier, spécifiques à chaque domaine (gestion de versions des documents, commentaires dans un programmes, nommage de variables, … pour donner des exemples sur le savoir travailler métier, spécifique à l’informatique).
De plus, l’intégration des TICE doit être l’occasion de faire entrer les apprenants dans la dynamique de l’apprentissage tout au long de la vie. Cependant, cela ne se décrète pas, il faut les initier et les accompagner pour qu’ils puissent ensuite être autonomes.

Il ne faut cependant pas tout voir avec l’objectif TICE : un des avantages de l’approche inductive (apprentissage à partir de l’expérimentation et de la mise en pratique) est son effet motivant auprès des apprenants. Il serait dommage que l’utilisation de maquettes numériques ou de systèmes didactiques distants soit généralisée, cela risquerait de diminuer la motivation des apprenants. D’autre part, il me paraît essentiel que les savoir faire soient confrontés au réel : qui se laisserait percer le cerveau par un médecin qui ne connaît que cette vidéo sur la dérivation ventriculaire externe ?

Cette réponse est toute personnelle et susceptible d’évoluer. Je suis preneur de toutes vos réflexions …

4 – Quelques ressources supplémentaires pour poursuivre la réflexion

– une présentation synthétique de différentes catégorisations de compétences élaborées par des spécialistes.
– un schéma de François Guitte qui présente constructivisme, socioconstructivisme et connectivisme ainsi que l’article qui l’accompagne.
– une étude pour la commission européenne sur l’apprentissage en ligne et dans les réseaux sociaux.
– deux articles de Bruno Devauchelle, l’un sur les pistes de réflexion avant le choix d’une plate-forme pédagogique et l’autre qui liste des questions que se posent les enseignants à propos de ces outils.

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