Motiver les étudiants : une affaire de manager

Lors d’une intervention sur le sens du travail à l’USI de 2011, André Comte-Sponville explique aux managers présents que le travail n’est pas une valeur et qu’il faut donc lui donner du sens, sens  qui sera source de motivation pour le salarié. Voyons quels leviers sont mis en avant et comment cela peut se traduire dans la relation enseignant-étudiant.

A. Comte-Sponville

Je viens d’écouter l’intervention qu’André Comte-Sponville a donnée à l’université du SI de 2011 sur « Sens du travail, bonheur et motivation ». Il s’adresse à des managers d’entreprise qui encadrent des salariés mais on peut reprendre l’intervention pour des enseignants qui encadrent des élèves ou étudiants. Il y expose que le travail n’est pas une valeur, il doit donc avoir un sens, et dans le monde de l’entreprise, le sens premier du travail,  c’est le salaire. Ceci étant, le salaire est fixé « par le marché ». Donc, si l’on veut garder dans son entreprise les meilleurs salariés, il faut leur offrir autre chose. Il me semble que c’est justement cette autre chose qui nous intéresse, nous, enseignants, puisque nous n’avons pas le levier principal (le salaire) pour motiver nos étudiants à travailler.

1 – Sur quels leviers pouvons-nous agir pour motiver nos étudiants ?

A. Comte-Sponville cite en vrac :

  • les conditions de travail,
  • l’ambiance, la convivialité,
  • l’utilité sociale de ce que produit l’entreprise,
  • le respect et la reconnaissance,
  • la participation à une aventure collective exaltante,
  • l’épanouissement, la progression personnelle,
  • le respect des valeurs personnelles.

Nous n’avons pas la main sur tous ces leviers, cependant, certains nécessitent de s’y arrêter particulièrement.

a) l’ambiance et la convivialité

Que faisons-nous pour créer une ambiance chaleureuse ? Le dernier dossier de Thot traite de l’humour, qu’en faisons-nous en cours ? Personnellement, je milite pour une pédagogie de la bonne humeur, basée sur l’humour. La convivialité est aussi importante : partager quelques bonbons avec ses étudiants crée un lien qui rend l’enseignant accessible et humain.

b) le respect et la reconnaissance

Le respect est à mon avis une valeur réciproque : je dois autant de respect à mes étudiants qu’ils ne m’en doivent. A ce titre, il me paraît normal qu’ils puissent me dire tout ce que je leur dit (surtout quand je fais une erreur 🙂 ).

La reconnaissance me paraît essentielle : valoriser les motifs de satisfaction ou de fierté des étudiants me semble indispensable pour les aider à se construire.

c) la participation à une aventure collective exaltante

C’est toute la pédagogie par projet qui repose sur ce point. Et si l’on veut aller encore plus loin, on pourrait même aller jusqu’au design thinking où ce sont les étudiants eux-mêmes qui définissent leurs projets. Avant de tout révolutionner, on peut commencer par créer des situations simples de collaboration qui déjà créent une dynamique.

d) l’épanouissement et la progression personnelle

On est dans le cœur du métier, l’objectif principal, mais ça n’est pas explicitement recherché par tous les étudiants. Cela nécessite de toute façon une prise de recul et une comparaison par rapport à une situation antérieure pour pouvoir percevoir cette progression. Cela justifie la mise en place d’une relecture régulière de ce qui se vit en cours, à travers le cours, autour du cours, pour aider les étudiants à percevoir leurs évolutions, leurs progrès qu’ils soient disciplinaires, méthodologiques, relationnels ou autre.

2 – Quelle place pour l’enseignant ?

A. Comte-Sponville parle aux managers, voyons la transposition possible pour des enseignants.

a) Faire en sorte que les collaborateurs (ou salariés) aiment leur travail et y prennent du plaisir.

Si l’on remplace le mot collaborateur par étudiants, on arrive sur un beau sujet : qu’en faisons-nous ? Est-ce qu’à un moment, on s’est posé cette question ? Qu’est-ce qui pourrait aider les étudiants à prendre du plaisir dans leurs études ? Cette pensée ouvre la porte aux jeux dans l’apprentissage, qu’ils soient sérieux ou pas.

En citant Aristote  « le désir est l’unique force motrice » et Spinoza « le désir est l’essence même de l’homme », l’intervenant nous rappelle qu’il nous faut nous soucier du désir de l’autre, en l’occurrence,  de nos étudiants. La satisfaction étant l’assouvissement d’un désir, nous avons en effet tout intérêt à nous soucier de ces désirs si nous souhaitons avoir des étudiants satisfaits de leurs formations.

b) N’oubliez pas d’être heureux dans votre travail !

C’est la conclusion et le dernier conseil qu’il donne aux dirigeants. Quel beau conseil pour des enseignants ! Pouvons-nous transmettre de l’enthousiasme si nous sommes blasés, lassés, fatigués ? Ça n’est pas aux étudiants de nous motiver mais à nous de les motiver.

Toutes ces idées me semblent des pistes intéressantes pour évoluer. Une fois que l’on a pris le  temps de réfléchir, de mesurer la latitude de manœuvre que l’on a, de définir les priorités, il n’y a plus qu’à se jeter à l’eau et faire évoluer ses pratiques. Je ne pense pas qu’il faille chercher à tout changer d’un coup, mais cela impose d’être persévérant car les signes de l’évolution des étudiants peuvent tarder …

4 Réponses to “Motiver les étudiants : une affaire de manager”

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