Quelques réflexions sur la mémorisation …

Cela fait quelques temps que je m’interroge sur l’absence de mémorisation de la part de nos étudiants. Ils sont intéressés par ce qu’ils découvrent, sont prêts à s’impliquer dans des réalisations pratiques mais ne font quasiment aucun effort de mémorisation. Ce constat pose problème, je profite de ce billet pour formaliser quelques réflexions à ce sujet…

1 – Pourquoi mémoriser des informations quand Google peut les donner quand on veut ?

Dans un premier temps, je vois deux raisons pratiques. D’abord, parce que les examens ne sont pas encore prévus avec accès à internet et que les étudiants ont besoin d’un minimum de connaissances pour répondre aux questions posées. Deuxième raison : pour être crédible en entreprise. Quel que soit le domaine professionnel, il est des fondamentaux que l’on ne peut se permettre de ne pas maîtriser (ce qui signifie connaître la théorie et savoir l’appliquer) et cela nécessite un minimum de mémorisation.

2 -Quelques aspects de motivation

Mémoriser n’est ni épanouissant, ni franchement valorisé. Quand j’étais élèves, un prof de maths proposait toujours le même barème : 10 points sur le cours et 10 points sur les exercices. Si un élève n’avait pas 8/10 au cours, l’enseignant ne corrigeait pas la partie exercice. Très vite les élèves se sont mis à apprendre leur cour ! C’est à la fois la carotte et le bâton, ou dit sous forme plus savante : il jouait sur la motivation extrinsèque… Peut-être qu’on pourrait envisager une forme plus ludique de l’évaluation de la mémorisation : évaluation par les pairs, auto évaluation avec des cartes question/réponse. De plus, pour faciliter la mémorisation, il me paraît essentiel que l’enseignant donne le sens et l’utilité de ce qu’il demande d’apprendre. Cela peut aider les étudiants à trouver une motivation plus personnelle (intrinsèque), en lien avec leurs centres d’intérêts, leur projet personnel, …

3 – Que faut-il apprendre ?

Au moins ce qui ne peut pas se retrouver ! Cela commence par le vocabulaire du domaine. Il est essentiel de savoir précisément à quoi correspond chaque terme. Ensuite, il faut apprendre la grammaire, à savoir, les règles qui régissent ce domaine. Tout cela ne peut pas s’inventer. Il faut l’apprendre puis le comprendre pour pouvoir l’assimiler. La compréhension ne peut pas suffire puisque lorsque l’on est face à un problème, il faut pouvoir retrouver la règle dont on a besoin. Si l’on prend l’exemple simple de l’étude du triangle rectangle au collège, le vocabulaire englobe des termes comme côté adjacent, coté opposé, hypoténuse, mesure d’un angle, … La grammaire correspond au théorème de Pythagore, à la définition du cosinus d’un angle, … Ces notions sont les bases élémentaires dont on a besoin pour construire les connaissances ultérieures de la trigonométrie (pour ne citer que ce prolongement). De plus, il faudra mémoriser tout ce qui a été choisi /défini à priori et qui ne peut pas s’inventer (par exemple, le sens conventionnel du courant). Un dernier point qu’il faut mémoriser se rapporte aux méthodes et procédures de travail. Ainsi, en mathématiques, il est utile de connaitre des grands modèles de démonstration (récursivité, absurde, …) pour pouvoir choisir puis appliquer celui qui a été retenu quand on en aura besoin.

En effet, la mémorisation ne doit pas s’envisager que pour réciter de façon exhaustive le contenu appris à la manière d’une poésie. L’objectif est de pouvoir ressortir, sur commande, un seul des vers de la poésie : seulement celui dont on a besoin ! Cela nécessite donc que la mémoire soit organisée et cela passe par une phase de structuration/organisation de tout ce que l’on veut apprendre. On peut comparer la mémoire à un filet où les nœuds sont les éléments mémorisés et les cordages les liens entre ces différentes notions. Si les nœuds sont solides, on pourra faire grandir notre filet. S’ils sont distendus, ils se déferont au fil du temps et rien de solide ne pourra se construire… Comme pour un filet de pêche, il faut régulièrement vérifier les nœuds pour s’assurer de leur résistance (on parlera de persistance pour la mémoire).

The net before the miracle CC by epimetheus

4 – Faut-il tout apprendre ?

Il est effectivement pertinent de s’interroger « jusqu’où apprendre ? » Comme on l’a dit tout à l’heure, l’effort de mémorisation est conséquent et lourd. On peut être tenté de ne pas vouloir se surcharger. Il faut cependant garder en mémoire que l’on retrouve plus vite ce que l’on sait bien. Ainsi, on peut se satisfaire de connaître quelques formules de trigonométrie fondamentales et les utiliser pour retrouver les autres. C’est possible mais ça n’est pas optimal au moment de la restitution. C’est exactement la même chose pour les tables de multiplications : on n’est pas obligé de les connaître, mais c’est quand même pratique quand on fait les soldes.

Plus la contrainte de temps est forte pendant l’examen, plus les étudiants doivent solliciter leur mémoire. De même, plus on utilise régulièrement une information, plus on a intérêt à faire l’effort de la mémoriser. Ça n’est pas pour rien que Monsieur Bloom a assis sa taxonomie sur la mémorisation : ça n’est sans doute pas le niveau de maîtrise le plus glorifiant mais c’est un passage obligé incontournable pour avancer dans l’apprentissage  : la création de nouveaux liens, l’agrégation de nouvelles connaissances, tout ce qui permet l’extension de notre filet …

5 – Comment aider les étudiants à mémoriser ?

La réponse est à plusieurs niveaux. Voici quelques pistes qui me semblent intéressantes :

  • Faire ressortir les termes élémentaires (le vocabulaire) et les liens ou interactions entre ces termes. Il est alors utile de s’appuyer sur différents supports (graphique, anecdote, analogie, …).
  • Faire le lien avec les notions vues précédemment pour montrer les similitudes mais aussi les différences.
  • Solliciter le plus possible les étudiants pour cette phase de structuration/organisation/création de liens, par exemple en leur demandant de construire leur synthèse du sujet pendant le cours puis de la confronter avec celle des voisins. Cette confrontation sera l’occasion de travailler les imprécisions et les erreurs de conception ou d’interprétation.
  • Réaliser des cartes mentales avec un fonds pour aider la mémorisation de la structure et des liens entre les différentes notions (comme le présente JM Cornu).

6 – Conclusion

Il apparaît que les enseignants ont une certaine marge de manœuvre pour motiver leurs étudiants à faire des efforts de mémorisation. Il faut en avoir conscience et chercher à voir comment mettre en œuvre ces différentes pistes. Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous les mêmes difficultés ? Quelles méthodes ou démarches adoptez-vous ?

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2 Réponses to “Quelques réflexions sur la mémorisation …”

  1. Quelques réflexions sur la mémorisation … | Nouvelles des TIC | Scoop.it Says:

    […] background-position: 50% 0px ; background-color:#222222; background-repeat : no-repeat; } prodageo.wordpress.com – Today, 6:18 […]

  2. Apprendre à l’heure d’Internet | Prodageo Says:

    […] Ce travail ne peut se faire sans mémoriser les éléments essentiels de chaque notion pour pouvoir les ressortir, sur commande, en cas de besoin : on ne pourra jamais créer des liens avec quoi que ce soit, si on a la tête vide … Cet aspect est déjà abordé de façon plus approfondie ici. […]


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