Évolution de ce blog

Les articles que je publie sur ce blog étant très en phase avec mes missions à la DANE de Dijon, nous avons décidé de publier mes nouveaux billets sur le site de la DANE et je ne ferai plus ici qu’une annonce de ces nouveautés. Ce site institutionnel étant sous licence CC NY SA, vous pourrez continuer à utiliser, partager, mixer comme vous le faites depuis quelques années. Voici donc ci-dessous les quelques billets déjà publiés.

Et voici l’illustration du dernier billet …

Bonne lecture et bel été !

Un forum ouvert ? Pourquoi pas !

On m’a récemment sollicité pour accompagner un organisme de formation pour l’organisation d’un forum ouvert. La proposition n’a pas été retenue mais comme la démarche me semble intéressante, je vous partage les éléments repérés.

1 – Un forum ouvert qu’est-ce que c’est ?

Le forum ouvert est un outil d’intelligence collective s’appuyant sur 4 principes :

  1. Les personnes qui se présentent sont les bonnes,
  2. Ce qui arrive est la seule chose qui pouvait arriver,
  3. Ça commence quand ça commence !
  4. Quand c’est fini, c’est fini !

A ces principes, s’ajoute une loi de mobilité : si je ne suis ni en train d’apprendre, ni de contribuer, je dois passer à autre chose !

Enfin, vous ne participerez pas à un forum ouvert sans entendre parler des animaux totems :

  • les papillons, qui prennent une pause ou réfléchissent,
  • les abeilles, qui butinent et font circuler les idées de groupe en groupe
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abeille et papillon

Si vous voulez avoir une idée de ce à quoi peut ressembler une telle rencontre, cette vidéo des Colibris est très explicite.

2 – Quel est l’intérêt d’un tel forum ouvert ?

Cet ensemble de règles et de principes définit un cadre de liberté pour faciliter l’émergence d’idées, que ce soit pour répondre à un problème donné ou proposer des idées de projets à développer.

 Le cadre impose des contraintes sur la forme de l’événement :

  • Les lois qui régissent le fonctionnement ;
  • Les horaires et l’enchaînement des différentes étapes du forum ;
  • Les lieux dédiés à chaque étape : la place des marchés, la salle des nouvelles, le grand journal ;
  • Les rôles particuliers : hôte, animateur/facilitateur, rapporteurs.

La liberté est laissée sur le fond des échanges :

  • Les participants s’inscrivent de façon volontaire ;
  • La définition de l’ordre du jour est réalisée par les participants ;
  • La répartition dans les ateliers est libre, en fonction des centres d’intérêts ou affinités ;
  • Le choix des idées approfondies est laissé à la communauté des participants.

Les fruits d’un tel événement sont plus nombreux que les idées qui émergent. En effet, le processus mis en œuvre permet de :

  • Développer le leadership des participants : esprit d’initiative, animation de groupe, écoute, collaboration, …
  • Générer une dynamique collaborative autour de projets fédérateurs ;
  • Engager les participants dans le devenir de leur organisme de formation.
  • Initier les participants aux deux étapes de l’innovation : la phase divergente avec l’émergence des idées qui s’appuie sur la créativité des participants et la phase convergente où l’on filtre les idées en s’appuyant sur leur esprit critique.

3 – La facilitation du forum : une mission plus large que le seul jour du forum

a) Avant le forum

Pour que le forum soit fluide et se déroule dans de bonnes conditions, il est important d’anticiper le plus possible tout son déroulement.

La partie logistique est bien détaillée dans différents guides, par exemple celui proposé par Colibris. L’animateur accompagne et coordonne le travail de l’équipe d’organisation pour assurer un déroulement fluide du forum : attribution des rôles, définition des emplacements, planification des étapes de la journée, …

Le contenu des échanges ne peut pas être défini, il est par contre important d’imaginer quelles idées pourraient émerger pour s’assurer que l’équipe de direction est prête à les soutenir. De plus, identifier ces possibilités en amont facilite l’animation, l’organisation des ateliers et permet une synthèse ‘en direct’ plus aisée.

b) Pendant le forum

Presque toute l’organisation logistique est présentée dans le document de Colibris. Il manque cependant la gestion du grand groupe, l’organisation temporelle et le calage des différents temps de la journée :

Comment passer des propositions d’atelier à un planning ?

L’anticipation des idées (comme ébauché ci-dessus) facilite la répartition des différentes propositions afin d’offrir, à chaque rotation, un panel d’ateliers le plus large possible.

Ce temps peut se réaliser en 15’ en commençant par classer les propositions par catégorie prédéfinie puis en les répartissant dans l’agenda, en faisant attention à ne pas mettre sur le même créneau horaire 2 propositions émanant de la même personne.

Selon le nombre de propositions et le matériel prévu, on peut envisager 2 ou 3 rotations d’ateliers.

Comment gérer les temps de synthèse dans la salle des nouvelles ? 

L’association Colibris propose des documents supports pour ce temps. Si les conditions sont biens réunies, on peut compter que le temps de synthèse peut se dérouler en 20’ entre l’entrée d’une personne en salle de synthèse et l’affichage de la fiche sur le grand journal.

Pendant ce temps, les autres participants profitent d’une pause pour échanger de façon informelle.

Il est très préférable qu’une personne ne soit rapporteur qu’une seule fois dans la journée.

Comment choisir les idées qui sont retenues pour être approfondies ?

Pour passer de la phase de divergence à celle de convergence, il faut sélectionner les projets qui seront spécifiquement étudiés. L’usage de gommettes apposées sur les synthèses d’atelier permet de voter rapidement et de façon ludique (reste à définir combien de gommettes sont données à chaque participant).

Une proposition d’organisation

Un agenda possible avec 3 rotations créatives pourrait s’organiser comme ci-dessous. Rien n’est figé et l’ensemble est à retravailler avec l’équipe organisatrice pour intégrer toutes les contraintes.

horaire organisation activité
9h30-10h Grand cercle Accueil de l’hôte (5’),
Présentation des principes par le facilitateur (5’),
Construction de l’ordre du jour (5’+ 15’ organisation des rotations)
10h-11h10 Ateliers 1ère rotation ‘divergence’
Échanges (45’)
Salle des nouvelles puis affichage (20’)
Battement (5’)
11h10-12h20 Ateliers 2ème rotation ‘divergence’
Échanges (45’)
Salle des nouvelles puis affichage (20’)
Battement (5’)
12h20-13h20  Repas
13h20-14h30 Ateliers 3ème rotation ‘divergence’
Échanges (45’)
Salle des nouvelles puis affichage (20’)
Battement (5’)
14h30-15h Grand cercle Présentation synthétique des ateliers
1’ par atelier : titre + 3 piliers (ou verbes d’action, à définir)
15h-15h10 Face au Grand journal Vote des participants pour les idées à approfondir (avec des gommettes par exemple)
15h10-16h20 Ateliers rotation ‘convergence’
Échanges (45’)
Salle des nouvelles puis affichage (20’)
Battement (5’)
16h20-16h40 Grand cercle Synthèse des ateliers
16h40-16h45 Grand cercle Sur quel(s) projet(s) serais-je prêt à m’investir ? (réponse personnelle sur papier, relevé tout de suite)
16h45-17h Grand cercle Cercle de clôture : impressions sur la journée (et les propositions qui en sont sorties) en un mot par chaque participant

c) Après le forum

Quelques projets auront été approfondis lors de la phase de convergence du forum ouvert ; cela ne veut pas dire que le travail est fini. Il est essentiel que la direction porte et accompagne ces projets qui auront éclos lors du forum.

D’autres projets n’auront pas été plus étudiés, cela ne veut pas dire qu’il faille les oublier. L’animateur, accompagné de l’équipe organisatrice, proposera une synthèse des échanges pour faire ressortir les ‘signaux faibles’ qui sont riches d’enseignement pour l’avenir et seront peut-être utiles pour les projets de demain (pistes de projets, ressources, contacts, partenaires, points de vigilance, …).

Ouf ! Voilà une bonne journée qui ne s’est jamais passée, mais qui m’a quand même beaucoup appris ! Et vous alors, maintenant, ça vous dit un forum ouvert ?

Crédit image : abeille et paillon CC0 https://pixabay.com/fr/fleur-du-soleil-abeilles-papillon-238852/

J’apprends quand …

Lors d’une formation avec des formateurs du premier degré sur la programmation et la robotique, il nous a semblé important de rappeler les situations qui génèrent/ facilitent l’apprentissage. Voici le diaporama présenté à cette occasion, n’hésitez pas à apporter votre contribution et proposer toute diapo supplémentaire si vous pensez qu’il en manque !

Les réseaux sociaux et leurs promesses

Alors que l’on nous parle continuellement des dangers d’internet et des réseaux sociaux, on m’a demandé d’intervenir sur « les promesses de relation et l’avenir enchanteur sur le web et les réseaux sociaux ». Cette approche cherchant à voir ce qui peut être riche et positif dans ces outils m’intéresse particulièrement. Voici les grandes lignes de ma réflexion à ce sujet.

1 – Au fait, c’est quoi un réseau social ?

Pour répondre précisément, je préfère laisser la parole à D. Cardon qui précise que les réseaux sociaux existent depuis toujours. On peut par contre préciser qu’il y a une spécificité des réseaux sociaux de l’Internet pour toutes les relations qui s’appuient sur les outils informatiques.

Un réseau social est avant tout un ensemble de personnes qui sont en relation. Cela peut prendre des formes très variées : des membres d’une famille aux adhérents d’un club sportif, des fumeurs d’un immeuble de bureaux aux parents d’élèves d’une école de quartier…

Internet apporte des éléments nouveaux à ces réseaux sociaux ; éléments qui sont liés à une nouvelle relation au temps et à l’espace. En effet, sur internet, on touche à la fois à l’éternité (où les documents déposés ne s’altèrent pas, sans jaunir ni récolter de poussière) et à l’immédiateté dans un ‘espace virtuel’ où la distance se résume à un décalage horaire.

2 – Moi et ma bande

La première promesse des réseaux sociaux numériques est surtout centrée sur moi : mes amis, leurs réactions par rapport à mes publications, leurs réponses à mes interrogations, … Ce n’est pas très étonnant qu’ils soient si utilisés par les adolescents qui sont en pleine construction de leur personnalité. On est dans un modèle ou chacun se voit au centre du monde avec tout son réseau qui gravite autour (d’où le titre, du paragraphe, très nombrilo-centré). Cela correspond à une transposition moderne de la vision des anciens qui croyaient que la terre était au centre de l’univers.

https://pixabay.com/fr/araign%C3%A9e-r%C3%A9seau-centre-middle-958463/

… un peu comme l’araignée, au centre de sa toile

Dans cette logique, la promesse est d’avoir toujours plus de relation, voire d’influence, sur une échelle qui n’a pas de limite. Cette approche qui pousse à aller toujours de l’avant, d’étape en étape, sans jamais atteindre une satisfaction réelle n’assure pas un avenir heureux. Ce désir par rapport à un manque n’apporte pas le bonheur puisque le désir disparaît dès que le manque est comblé (cf. A. Comte-Sponville, le bonheur, désespérément).

3 – Un potentiel d’interaction, de fédération et de collaboration

L’autre promesse envisageable est plus centrée sur les interactions entre les personnes. Cela peut s’envisager dans deux directions :

La proposition d’un message : quelle que soit la taille de la publication, du tweet au MOOC de 10 semaines, on présente un point de vue ou une connaissance, libre à chacun de se l’approprier pour évoluer et/ou le faire évoluer. Cela pose la question des biens communs de la connaissance et s’illustre avec l’initiative Brest en bien commun. Énormément de richesses existent sur internet, prenons le temps de les lire, les exploiter, les diffuser, les enrichir, … N’hésitons pas à être consommateur dans un premier temps et en tirer beaucoup de bénéfices.

La collaboration : qui permet de réaliser des œuvres colossales (wikipedia) ou plus petites. Cette mobilisation permet entre autre de rendre viables des initiatives locales par la fédération des bonnes volontés. J’en présenterai rapidement 2 exemples : les drives fermiers qui s’appuient sur une plateforme de commande en ligne et une livraison hebdomadaire locale et les petites cantines (déjeuner ensemble, autour d’un repas co-préparé pour retisser du lien entre voisins) qui lancent un financement participatif pour ouvrir une nouvelle cantine.

les-petites-cantines

Les petites cantines : les rencontres ont du goût !

4 – Conclusion

L’avenir enchanteur (ou pas) que promettent les réseaux sociaux de l’internet dépend de la finalité que l’on y recherche. Si l’on cherche à être populaire, en se ‘mettant en scène’ on rentre dans une course infinie qui ne peut pas nous satisfaire. Par contre, si l’on est conscient que ce ne sont que des outils, et qu’ils nous mettent en relation avec toutes les personnes connectées, ils nous permettent de nous développer (apprentissages, échanges, débats, …) et de faire avancer de beaux projets en fédérant des personnes, qui ne se connaissent pas forcément, mais qui sont mobilisées autour de valeurs communes. On retrouve la confrontation entre l’individu, qui est unique et a des besoins spécifiques, et la personne qui est avant tout un être de relation.

Personnellement, je pense que la promesse offerte par les réseaux sociaux de l’internet est enchanteresse dès que l’on sort de soi-même pour s’intéresser aux autres. En fait, c’est comme dans la vraie vie, non ?

N’hésitez pas à partager vos remarques, réflexions, réactions, pour enrichir le débat et avancer ensemble !

Pédagogie et technologie : ne pas se tromper de priorité !

On m’a demandé à plusieurs reprises si l’on apprenait mieux avec le numérique. Ma position est assez claire à ce sujet : le numérique ne fait pas mieux apprendre par principe, par contre, il permet de créer des situations d’apprentissages riches, qui elles, permettent de développer des apprentissages en profondeur. Voyons donc quelques éléments de réflexion à ce sujet.

1 – Le syndrome NSD

NSD pour No Significant Difference !

En effet, des méta-analyses ont été faites à ce sujet et dans un premier temps, aucune conclusion n’est généralisable : des études montrent que le numérique apporte une plus-value, d’autres montrent que le numérique est contre-productif et d’autres encore n’arrivent pas à conclure sur la pertinence (ou pas) du numérique …

Dans un deuxième temps, on peut penser que si le numérique apporte une plus-value toute relative sur l’apprentissage des contenus disciplinaires, il offre quand même des outils et des situations qui peuvent permettre de développer des compétences transversales de collaboration, communication, créativité, esprit critique, … Des compétences recherchées par les entreprises mais qui ne sont pas innées. Il est donc intéressant de repérer des contextes pour les développer et les évaluer.

2 – le modèle ICAP (ou CoCAR, dans une traduction libre en français)

Une nouvelle méta-analyse menée par Michelene T.H. Chi & Ruth Wylie a cherché à caractériser les dispositifs intégrant le numérique par rapport à l’implication déclarée des apprenants. Les chercheurs ont ainsi repéré 4 modes : Interactive, Creative, Active & Passive (en anglais, d’où ICAP) que je traduis ‘librement’ par Co-créatif, Créatif, Actif et Réceptif (d’où Co-CAR). Cette catégorisation des activités par rapport à l’engagement ressenti des apprenants se décline et a un impact sur le processus d’apprentissage, l’évolution attendue par rapport aux connaissances et la ‘profondeur’ des apprentissages. Le tableau ci-dessous présente de façon synthétique l’articulation de ce modèle.

ICAP-CoCAR

Il ressort de cette étude que quelle que soit la modalité d’enseignement, c’est l’implication de l’apprenant et le type d’activité proposée qui font la différence.

En plus de cette catégorisation des modes pédagogiques, l’équipe de chercheurs propose plusieurs recommandations listées ci-dessous :

  • Les activités proposées doivent s’appuyer sur des contenus signifiants,
  • Il peut exister une différence entre l’attitude attendue et le comportement réel des apprenants,
  • La production d’un apprenant peut être analysée comme une trace de son comportement,
  • Il est nécessaire d’expliciter les apprentissages pour faciliter l’appropriation, évaluer et éviter la surcharge cognitive,
  • Le comportement déclaré est une mesure approximative du comportement réel,
  • Le niveau d’implication est indépendant de l’activité prescrite,
  • Il existe une progressivité entre les 4 niveaux,
  • La frontière entre deux niveaux consécutifs est floue.

Cette analyse des activités pédagogiques me semble en phase avec la taxonomie SOLO qui repère 5 niveaux d’appropriation : (préstructurel, unistructurel, multistructurel, relationel et abstrait étendu) et avec l’alignement constructiviste de Biggs (présenté ici en Français par M. Lebrun et C. Batier).

3 – Discussion

Il apparaît donc que ce n’est pas l’usage des technologies qui permet un apprentissage en profondeur mais le type d’activités proposées aux apprenants. La technologie n’est alors qu’un outil qui va permettre de proposer des activités riches, signifiantes et engageantes. Le travail de R. Puenteduera sur l’intégration des technologies en pédagogie avec son modèle SAMR permet de comprendre comment mettre les technologies au service de la pédagogie.

Pour conclure, il me semble important de rappeler que la technologie ne sauvera pas une piètre pédagogie mais qu’elle pourra transcender une pédagogie pertinente ; et comme le dit E. Davidenkoff : « Ce qui améliore les apprentissages, ce n’est pas la technologie ; c’est la pédagogie ! »

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Interactions dans un groupe d’apprenants

euvent Plusieurs stratégies peuvent animer un groupe d’apprenants et caractériser les interactions qui se vivent entre les différents participants. 4 organisations différentes sont présentées et caractérisées ici : collaboration, confrontation, compagnonnage et compétition. Après avoir étudié l’intérêt de chacune, on verra la pertinence de les associer.

1 – La collaboration

La collaboration est pertinente dans le cadre d’une pédagogie par projets ou par problème, à condition que la tâche ne soit pas réalisable seul. Dans ce contexte, il ne suffit pas de dire aux apprenants « vous allez collaborer, débrouillez-vous ! », il faut les accompagner dans l’organisation du travail : l’alternance de temps seuls et en groupe, l’organisation et l’animation de réunion de travail, le repérage d’étapes ou de tâches pour définir un calendrier et répartir les responsabilités, … Une collaboration effective où l’on ne peut plus discerner le travail des différents participants permet aussi de faire prendre conscience de l’aspect collectif de la paternité de la production finale.

De telles situations d’apprentissage permettent de travailler spécifiquement des compétences directement utilisables en contexte professionnel (communication, collaboration, écoute, …).

L’outil du web qui correspond le mieux à cette organisation est historiquement le wiki, mais des outils plus récents de collaborations comme ceux proposés par framasoft (framapad, framindmap, etc…) peuvent être encore plus pertinent.

2 – la confrontation

J’entends par confrontation, les phases d’échanges, de lecture croisée, qui peuvent traiter aussi bien du contenu ‘métier’ que des compétences sociales ou des méthodes de travail mises en œuvre au cours d’une activité antérieure. Typiquement, ces confrontations sont utilisées dans les activités de correction par les pairs, largement répandues par les MOOC. Elles nécessitent d’être préparées en amont par une analyse réflexive individuelle et accompagnées par des grilles de lectures partagées voire négociées avant l’activité afin de préciser le plus explicitement possible les objectifs et les attentes. Cette confrontation n’est efficace que si chacun est prêt à entendre le retour ‘miroir’ et s’approprier les remarques émises.

Un outil pertinent pour cette organisation est le blog avec ses commentaires qui permettent aux pairs d’apporter leur éclairage sur chaque billet.

3 – Le compagnonnage

Le compagnonnage est une organisation pertinente pour développer des compétences métiers. C’est un mode d’organisation où chacun avançant dans son travail s’appuie sur ses pairs pour découvrir, développer, comprendre des nouveaux savoirs ou savoir-faire. On est dans un modèle de ‘triche organisée’ où les pairs sont des ressources, au même titre que l’enseignant ou un livre. On apprend en questionnant et en regardant faire. Ce modèle est courant en entreprise où l’on cherche l’efficacité mais souvent interdit dans un contexte scolaire où l’on évalue majoritairement la production personnelle. Un exemple intéressant de cette pratique se retrouve dans le pair programming où l’on organise des binômes de développeurs informatiques et l’on intervertit la personne qui est face au clavier toutes les heures. Cette stratégie permet d’avoir en permanence une personne qui relit, vérifie, prend du recul par rapport au développement en cours, observe la personne qui code et apporte ses conseils. Il paraît que cela assure un code de meilleure qualité et permet à chacun des membres du binôme de monter rapidement en compétences.

Le forum est l’outil emblématique du compagnonnage, mais on ne peut pas ignorer youtube avec ses collections de tutoriels vidéo.

4 – la compétition

La compétition n’a que peu de plus-value pédagogique intrinsèque mais est un fort ressort de motivation, tant qu’elle ne génère pas une pression trop forte sur les apprenants (certains concours peuvent s’avérer destructeurs, mais l’objectif est alors bien plus la sélection des meilleurs que la motivation des apprenants.)

5 – Synthèse

intéractions dans un groupe d'apprenants : collaboration, confrontation, compagnonnage, compétition

Le schéma ci-dessus permet de faire une synthèse graphique de ces différents modes d’organisation qui ne sont pas incompatibles, bien au contraire ! On peut en effet envisager de mêler collaboration et compétition en organisant un concours par équipe. C’est, semble-t-il, une organisation pédagogique des plus stimulantes pour les élèves/étudiants (cf. interivew de F.Taddei).

De même, on peut tout à fait envisager des temps d’analyse réflexive et de confrontation tout au long d’une activité collaborative pour faire le point sur l’organisation au sein de l’équipe, les compétences développées par les uns et les autres, les choix stratégiques réalisés mais aussi les connaissances acquises sur le domaine étudié. Enfin, il serait dommage de ne pas s’appuyer sur les compétences des différents participants et de faciliter leur partage et diffusion.

Il me paraît essentiel de prendre conscience que si dans un contexte professionnel, l’objectif principal est la production et l’apprentissage n’est qu’un bienfait collatéral, dans un contexte de formation, l’objectif principal est l’apprentissage de chacun et la production est un moteur de motivation et de sens. Pour aller plus loin encore, on peut rappeler ce que disait P. Meirieu dans outils pour apprendre en groupe : « Quand un groupe scolaire est tendu vers l’extérieur par la priorité accordée au projet, il se fige sur lui-même, alors que, au contraire, quand il se tourne sur lui-même et se considère sous l’angle des progrès qu’il peut faire accomplir aux personnes qui le composent, il a un fonctionnement réellement projectif. »

Bonne année à chacun(e) !

Se construire un EPA

Il est à la mode de proposer à ses étudiants/stagiaires de se constituer un Espace Personnel d’Apprentissage. Si l’intention est louable, je me demande comment peut se débrouiller une personne, plus ou moins isolée, pour s’approprier ce concept, en définir les contours et préciser ce qu’il y a dedans ! C’est pour toutes ces personnes que je propose une trame pour préciser son EPA en m’appuyant sur la méthode QQOQCP …

1 – un EPA, pour Quoi ?

La première question à se poser est à mon avis : si un EPA est fait pour apprendre, qu’est-ce que je veux apprendre ? En effet, il est primordial de savoir quel est la thématique que l’on souhaite approfondir. Il est aussi intéressant de préciser quels sont les sujets périphériques. Cette cartographie du domaine est évolutive : de nouvelles questions vont émerger régulièrement alors que d’autres vont s’avérer peu pertinentes. Une cartographie du domaine d’étude peut être intéressante et faciliter le repérage dans ses réflexions.

nuage de mots réalisé à partir des derniers articles de ce blog

nuage de mots réalisé à partir des derniers articles de ce blog

2 – oui, mais Comment ?

L’apprentissage est une activité complexe qui se déroule en plusieurs temps :

  • la prise d’information qu’elles soient personnelles ou issues d’échanges ou de lectures multimédia (j’entends par lecture multimédia, la lecture de textes mais aussi l’audition de fichiers son ou le visionnage de vidéos),
  • l’appropriation de ces informations au cours de temps de réflexions,
  • la formalisation des apprentissages dans des productions que l’on peut présenter et partager.

Voici une petite vidéo (4’51 ») qui présente mon point de vue.

3 – un EPA, Quand ?

On arrive à un des nœuds du problème de l’apprentissage, car même si l’on a conscience de l’importance de cette activité, elle n’est que très rarement urgente. Il est alors essentiel de repérer des temps où l’on peut exploiter cet EAP. Cela peut être des temps professionnels, personnels ou subis (qui correspondent aux temps de transport, d’attente, …)

Pour ma part, j’ai repéré trois temps spécifiques :

  • Les temps de transports en commun (10 minutes par jour) où je peux réaliser un peu de veille, lire un (morceau d’) article de temps en temps, ne rien faire pour laisser les liens entre les notions se réaliser.
  • Les temps d’attentes où je lis des articles de recherche (quand j’en ai en stock à lire, et que je les ai avec moi). Dans ce cadre, j’aime bien lire sur papier pour pouvoir surligner les passages qui m’interpellent et revenir dessus.
  • Un temps professionnel (1h30/semaine, à mon bureau) dédié à la formalisation de mes pensées et la rédaction d’articles pour ce blog. Comme vous pouvez le remarquer si vous remontez l’historique du blog, je n’arrive pas à prendre ce temps toutes les semaines et à m’astreindre à une régularité 😦 …

4 – un EPA, Où ?

C’est étroitement lié à la question précédente mais cela explore d’autres dimensions : est-ce à domicile ? au bureau ? dans un tiers-lieu (amis, EPN, fablab, médiathèque, …) ?

Vous constaterez que j’ai donné mes réponses à cette question dans le paragraphe précédent …

5 – un EPA, avec Qui ?

Il est temps de définir les ressources qui vont nous apporter du grain à moudre. L’article Understanding knowledge network,learningand connectivism  qui présente la théorie du connectivisme précise que ces ressources peuvent humaine, ou pas (livres, machines, outils, animaux, …). Il est important de repérer les personnes ressources de l’entourage : Qui va m’apporter de nouvelles connaissances ? me soutenir ? me relancer ? Qui va ‘évaluer’ mes productions ? Avec qui vais-je interagir ? Cet article écrit au cours de la saison 1 de ITyPA est toujours d’actualité …

Pour se constituer un Réseau Personnel d’Apprentissage, plusieurs outils à sont disponibles :

  • les événements qui parlent de vos centres d’intérêts (séminaires, webinaires, MOOC, …),
  • les communautés déjà existantes et actives sur les réseaux sociaux numériques,
  • les tiers lieux (au sens le plus larges), que ce soient des associations ou clubs ‘classiques’ ou des fablab, édulab, lieux de coworking, …

Il ne faut négliger aucune piste, être ouvert à tout et surtout à l’autre. Dans un premier temps, commencez par écouter, puis petit à petit vous comprendrez les modes de fonctionnement et pourrez apporter votre pierre à l’édifice.

6 – Et enfin, Pourquoi tout ça ?

Se lancer dans une telle aventure est très riche mais demande beaucoup d’énergie et de persévérance. Il est important de faire le point sur ses motivations : est-ce un choix personnel volontaire ou résultant de contraintes extérieurs ? Quel est l’enjeu de l’apprentissage qui va en découler ? un épanouissement personnel, une stabilisation ou amélioration professionnelle, un défi … Être au clair sur tous ces points permettra de vérifier la concordance de l’enjeu au temps alloué et à l’énergie investie.

Ces réflexions sont présentées dans un ordre arbitraire qui me parait logique pour faciliter la compréhension de la démarche mais qui n’impose rien quant à la mise en pratique où tous les points risquent d’évoluer en même temps, se répondre, voire se percuter …

En espérant que ces pistes aideront chacun à s’initier à cette démarche d’apprentissage auto-dirigée que certains appellent heutagogie.

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