Ce que je retiens du MOOC ‘Vers une planète apprenante’

Je me suis inscrit au MOOC ‘Vers une planète apprenante’ pour voir, parce que le sujet m’intéresse beaucoup. Je vous propose ici un rapide retour d’expérience des deux heures que j’y ai consacrées.

1 – Les 4 modèles d’apprentissage

Un questionnaire est proposé lors de la première semaine du MOOC pour savoir quel est notre mode d’apprentissage privilégié. Je synthétiserai les 4 types d’apprenants du modèle à partir d’une des phrase du document de présentation comme suit :

  • Individuel hiérarchique : Les contenus académiques sont la base de l’apprentissage ;
  • Individuel distribué : Les apprenants apprennent pour et par eux-mêmes, pour développer leurs connaissances et leurs compétences propres :
  • Collectif hiérarchique : Le personnel encadrant a pour mission de créer les conditions sociales favorables à l’apprentissage ;
  • Collectif distribué : En assumant tout à la fois les rôles d’enseignement et d’apprentissage, les individus génèrent, alimentent et sont les garants de la communauté d’intérêt.

2 – Les résultats et l’analyse que j’en fais

Je n’ai pas été très surpris des résultats : je suis fortement en phase avec le type individuel distribué (80%), très en phase avec les deux types collectifs (65% et 70%) et beaucoup moins en phase avec le modèle individuel hiérarchique (33%).

Un détail vient aiguiller ma réflexion.

Je suis un adepte de l’apprentissage individuel distribué : j’aime me nourrir de ressources variées et intégrer les apports que j’y trouve à mes représentations. De nombreux articles publiés dans ce blogs sont initiés par une lecture ou le visionnage d’une vidéo et les quelques modèles que j’ai construits sont le fruit de ces apports successifs. Le schéma Comment j’apprends explicite toujours bien ma démarche :

Mon EAP en 2013

Par contre, je suis convaincu que nos élèves ne sont pas spontanément des apprenants individuels distribués et ne savent même pas quel est leur modèle d’apprentissage préféré. Ainsi, quel que soit le modèle qui leur convient, il faut les accompagner pour les faire progresser vers une démarche d’apprentissage en continu, construite et autonome. Et il me semble que le modèle collectif hiérarchique (que j’avais modélisée sous le nom de pédagogie ouverte) est le plus adapté pour mettre en place cet accompagnement. J’avais d’ailleurs abordé ce distingo entre le modèle d’apprentissage pour moi et celui pour des élèves dans cet article : Pourquoi je n’enseigne pas comme j’apprends ?

pédagogie ouverte

Cette approche permet, de plus, d’ouvrir chaque élève à un ensemble de possibles en matières de modalité d’apprentissage et les prépare aux différentes approches distribuées, que ce soit individuellement ou collectivement.

Enfin, je vois deux éléments qui me font basculer dans le mode collectif distribué :

  • Le partage : je me nourris des partages de mon réseau, et j’espère le leur rendre en partageant ici mes réflexions et sur twitter mes trouvailles. C’est, me semble-t-il, une première approche constructive dans une communauté d’intérêt ‘informelle’
  • Des projets collectifs : je pense que les projets sont des contextes où l’intérêt du collectif prime sur l’intérêt personnel et m’incite à co-apprendre.

Je crois que je vais m’en tenir là pour mes contributions à ce MOOC : je préfères picorer que suivre un parcours complet : cela correspond plus à mon style d’apprentissage individuel 😉 Merci à ceux qui l’ont préparé et monté, même en n’y consacrant que peu de temps, cela m’a donné l’occasion de faire une petite rétrospective bien plaisante et d’ajouter un peu de cohérence à mes représentations.

En vous souhaitant de bonnes vacances …

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Sens du travail et apprentissages

Le phare : un guide qui donne confiance

Nous avons déjà abordé dans ce blog le point de vue d’André Compte-Sponville sur le sens du travail et voici une nouvelle étape dans cette réflexion. En effet, j’ai récemment été interpelé par un article qui rapporte les réflexions de Pierre d’Elbée sur le travail et le sens qu’on lui donne. Je vous les partage et vous invite à réagir pour que l’on avance ensemble sur ces questions …

1 – Le point de vue du Philosophe

Pierre d’Elbée présente sa réflexion sur le travail inspiré autour de 7 mots qui sont rapportés ci-dessous avec des citations de l’article d’origine qui m’ont éclairées mais qui résument sans doute de façon minimaliste la pensée de l’auteur.

  1. Réussir : « pouvoir, à travers son travail, faire quelque chose qui parle au fond de soi » en s’appuyant sur la sagesse et le don.
  2. Objectifs : « Il faut réfléchir sur la finalité, sur ce qui nous anime, car nous sommes parfois trop portés sur les objectifs. »
  3. Acteur : Nous sommes beaucoup plus « réactifs » que réellement « actifs » et il est essentiel de prendre du recul avec un « souci de soi » pour éviter de se perdre.
  4. Confiance : qui résulte d’un doux mélange de bienveillance, de confiance et de capacité à s’opposer.
  5. Sérendipité : qui est la capacité à exploiter de façon positive des circonstances inattendues et défavorables.
  6. Motivation : Le manager doit permettre à ses collaborateurs de trouver un sens à ce qu’ils font, plutôt que de la motivation.
  7. Méditer : « nous avons besoin de cette méditation, car nous sommes saturés de volontarisme, de rationalisme, de quête de résultats, et c’est desséchant. A l’inverse, le remède se trouve dans le fait de prendre du temps pour être bien avec soi. »

2 – Le point de vue du pédagogue

Cette liste de 7 mots peut interpeler le pédagogue par la proximité qu’il peut trouver avec son champ lexical habituel. On retrouve ainsi les questions de motivation et de sens, chères à Rolland Viau et ses critères pour engager les étudiants dans les apprentissages. De même, la notion d’apprenant acteur de ses apprentissages est courante, Philippe Carré propose même de la prolonger en positionnant  l’apprenant auteur de ses apprentissages dans une logiques d’apprentissages tout au long (et tout au large) de la vie.

On peut aussi mettre la confiance en parallèle du statut de l’erreur : L’erreur est normale et fait partie intégrante du processus d’apprentissage,comme le dit Jean-Pierre Astolfi.

La notion d’objectifs est très présente en pédagogie et John Biggs propose d’aligner les objectifs, les activités proposées et l’évaluation des apprentissages. Cette cohérence est nécessaire pour engager les élèves ou étudiants dans le processus d’apprentissage comme le présente Marcel Lebrun dans son blog (on retrouve la question de sens et de motivation) …

Je n’ai pas de pendant direct à ‘méditer‘, même si j’aurais tendance à lui associer l’analyse réflexive. Cette association est sûrement limitative par rapport à l’étendue possible de la méditation mais dans un contexte d’apprentissage, cette relecture à postériori permet de faire le point sur le parcours réalisé et de prévoir des ajustements comme dans l’apprentissage expérientiel de David Kolb.

Enfin la réussite est étroitement liée à l’évaluation des apprentissages avec deux questions qui se posent :

  • Qu’évalue-t-on ? la production ? le processus ? les apprentissages réalisés ?
  • Qui est l’évaluateur ? moi ? les autres ? l’enseignant ? un jury ‘anonyme’ ? …

Le dernier mot, sérendipité, fait écho à l’apprenance, concept proposé par Philippe Carré, qu’il définit ainsi : « ensemble durable de dispositions… … favorables à l’acte d’apprendre… dans toutes les situations : formelles ou informelles, de façon expérientielle ou didactique, autodirigée ou non, intentionnelle ou fortuite ».

Il me semble que la majorité de ces notions se retrouvent dans cette vidéo réalisée il y a quelques années mais qui me paraît toujours d’actualité.

3 – Discussion

mandelaCette proximité entre le sens que l’on trouve dans son travail et les attitudes et processus liés aux apprentissages m’interpelle. Est-ce qu’apprendre est une activité professionnelle comme une autre ? Il serait alors intéressant de voir comment si ce schéma se retrouve dans d’autres activités professionnelles et comment il se traduit. De même, un travail est-il épanouissant parce qu’il est source d’apprentissages ? Et alors, est-il pertinent d’activer ce levier et comment faire ?

Nelson Mandela nous a peut-être donné un élément de réponse quand il a dit : « Je ne perds jamais ; soit je gagne, soit j’apprends. »

Qu’en pensez-vous ? Partagez-nous votre point de vue, les commentaires vous sont largement ouverts !

Crédit photo : CC0 Phare & CC0 Nelson Mandela

Quand on compare un MOOC à un restaurant

On a tendance à décrier les MOOC pour leur taux très élevé d’abandon mais à partir du moment où la formation est ouverte, on donne le droit à chacun de s’inscrire, même si c’est juste pour voir !

J’ai déjà comparé un MOOC à plusieurs types d’événements, que ce soit un voyage, une fête des voisins ou une conférence. Je vous propose aujourd’hui de le comparer à un restaurant pour préciser et illustrer des éléments relatifs à la motivation des participants. Bon appétit !

1 – Le menu324px-Menu_des_années_1940

Les restaurateurs savent bien que le menu gastronomique n’est pas adapté à tous les clients, c’est pour cela qu’ils proposent plusieurs versions, et vont même parfois jusqu’à la formule ou au plat du jour. Si on compare avec un MOOC, Quelle formule ou plat du jour proposent-ils ?

Le MOOC Gestion de projet est bien dans cette logique en proposant plusieurs niveaux de certification qui correspondent à différents niveaux d’implication des participants, mais c’est un des rares dispositifs à rentrer dans cette logique, c’est peut-être une piste à creuser …

2 – Le coût

Une des caractéristiques d’un restaurant est le coût du repas que l’on mesure en euros. Pour un MOOC (comme pour tout apprentissage), le coût n’est pas financier, mais il se mesure en efforts réalisés et en temps passé : c’est bien là que chaque participant paie la facture ! On imagine bien que quelqu’un ne soit pas prêt à payer le prix fort pour découvrir un restaurant et préfère aller y boire une bière ou un café, juste pour voir comment ça se passe, le cadre, le service fourni, etc… Pour un MOOC, c’est exactement pareil : on peut ne pas être prêt à fournir beaucoup d’efforts et y consacrer le temps nécessaire mais juste avoir envie de voir comment ça se passe, sentir l’ambiance, peut-être y apercevoir une célébrité !

3 – La motivation

Il est important de savoir pourquoi les clients viennent : par faim, gourmandise, curiosité, … ? La question se pose de la même façon pour un MOOC : quelles peuvent être les différentes motivations. L’article d’Annie Jézégou rappelle différentes formes de motivation :

  • le plaisir : plaisir d’apprendre, de la relation sociale, des échanges, …
  • les valeurs ou convictions présentées ou défendues par la formation,
  • l’avantage identifié qui découle de la formation,
  • la contrainte.

Il pourrait être intéressant de demander ses motivations à chaque participant qui s’inscrit à un MOOC. Est-ce : par plaisir ? par rapport à ses convictions relatives au sujet abordé ? pour en tirer un avantage identifié ? par nécessité (pour ne pas dire par contrainte) ? ou juste pour voir ? Cette clarification permettrait de repérer les ‘vrai’ décrocheurs (ceux qui avaient une motivation identifiée et qui ne sont pas allé jusqu’au bout de la formation) et les ‘raccrochés’, qui venaient pour voir et finalement se sont laissés prendre au jeu et ont participé jusqu’au bout.

Cette clarification me semble intéressante, et je serai curieux de savoir si cela vous est déjà arrivé de vous inscrire à un MOOC pour voir et d’y rester finalement jusqu’à la fermeture …

Crédit photo : Menu de déjeuner du mardi 11 avril 1944 – domaine public

MOOC et tutorat

coffee MOOC
Il nous a semblé intéressant de réfléchir à un cas concret de tutorat dans les MOOC en partant du MOOC francophone ITyPA qui démarrera le 10 octobre prochain. Plutôt que de prendre le problème à l’envers et voir comment soutenir un groupe de participants, je vous propose d’analyser le problème en partant des objectifs que nous visons, à savoir : développer leurs compétences en TIC (veille, réseaux sociaux, collaboration à distance) et leurs compétences pédagogiques.

La première compétence (TIC) que nous cherchons à développer rejoint assez bien le programme du MOOC ITyPA. En parallèle, nous savons bien que la persévérance dans un MOOC est difficile : un accompagnement nous semble donc nécessaire afin d’aider les participants à ‘réussir leur parcours’. Ce nouveau parcours (ITyPA + accompagnement) conserve toute la richesse du MOOC d’origine avec en supplément, d’une part, un cadre rassurant pour les participants, et d’autre part, un outil riche à étudier.

L’accompagnement aura plusieurs objectifs :

  • soutenir la motivation,
  • aider les apprenants à évoluer dans le MOOC,
  • les aider à relire leur cheminement et évaluer leurs progrès,
  • relire l’organisation pédagogique mise en place.

1 – la motivation et l’aide à l’évolution dans le MOOC

Rolland Viau a défini 10 facteurs de motivation pour un apprenant, voyons comment ils s’intègrent dans un MOOC. Les activités proposées doivent être signifiantes, diversifiées, authentiques, interdisciplinaires, assez longues. Elles doivent aussi comporter des consignes claires, représenter un défi, exiger un engagement cognitif, responsabiliser l’apprenant et être source d’interaction et de collaboration.

Tous ces points sont importants. Le MOOC connectiviste, dans sa structure de type ‘joyeux bazar’, ne répond pas directement à plusieurs de ces aspects puisque c’est à l’apprenant de se prendre en main, de se fixer des objectifs et des tâches à réaliser. le soutien de la motivation me semble donc très lié à l’assistance pour évoluer dans le MOOC : Quels objectifs je me fixe ? Comment me repérer dans tous ces contenus ? Comment repérer les personnes qui ont des centres d’intérêts proches des miens ? etc… Ainsi, l’accompagnement pourra aider chacun à se fixer des objectifs réalisables mais qui nécessitent quand même un engagement. De même, il pourra aider à relier ce qui se passe dans le MOOC avec le contexte quotidien de l’apprenant, professionnel ou pas, ce qui permettra de mettre en avant le sens et l’authenticité des activités vécues.

2 – la relecture

L’analyse réflexive dans un tel dispositif me paraît très importante afin de tirer au maximum partie de ce qui se vit et de l’organisation pédagogique mie en œuvre. L’accompagnement devra développer cet aspect ‘métacognition’. C’est à ce prix que l’on pourra travailler des compétences de haut niveau comme ‘apprendre à collaborer’ ou ‘apprendre à apprendre’ et profiter d’ITyPA comme d’un tremplin vers le social learning. Une telle relecture devrait nous permettre de prendre conscience du rôle de l’accompagnement (qui peut s’apparenter à un tutorat), de la place relative des ressources, des activités et des productions dans un parcours de formation et de l’importance de la motivation et des interactions pour assurer une dynamique. On retombe sur le schéma pragmatique de Marcel Lebrun. Cela pourra aussi être l’occasion de réfléchir à ce qui se fait en présentiel et ce qui se fait à distance, ou entre les séances de regroupement.

pédagogie M.Lebrun2

modèle pragmatique de Marcel Lebrun

3 – Conclusion

En y regardant de plus près, un tel dispositif transforme un MOOC en une classe inversée. Et c’est peut-être pas une mauvaise idée, ça ! En plus, ça devrait pouvoir être transposable pour de nombreux MOOC et de nombreux publics. Et vous, qu’en pensez-vous ? Le tutorat dans les MOOC vous intéresse ? Nous aurons l’occasion d’en parler avec Jacques Rodet aux journées e-learning.

Crédit Photo #edcmooc Cuppa MOOC CC-By Cikgu Brian

Partager le plaisir d’apprendre

Université de Salamanque (XIIIè siècle)

Université de Salamanque (XIIIè siècle)

Je suis en train de lire « la révolution de l’amour » de Luc Ferry. Il y présente, entre autre, l’évolution de la société de l’antiquité à nos jours  en s’appuyant sur un exemple très concret : « Pourquoi des parents veulent que leur enfant apprenne à jouer du violon ? » (pp. 290-294 dans la collection j’ai lu). Cette question permet de soulever les motivations que l’on peut avoir pour apprendre. Il présente trois grandes approches qui correspondent à trois motivations très différentes. Cette analyse m’a beaucoup intéressé et me semble très pertinente pour analyser la position de l’école dans la société.

1 – L’approche aristocratique

On apprend à jouer du violon pour être le meilleur, devenir concertiste. C’est une approche très élitiste de l’enseignement qui s’inscrit dans une dynamique de compétition, basée sur les talents et où « la vertu se définit d’abord et avant tout en terme d’excellence ». On peut critiquer l’approche mais elle existe et elle convient à certaines personnes. Les grandes écoles avec leurs concours et classes préparatoires me semblent les exemples les plus significatifs de cette approche dans notre système éducatif.

2 – L’approche républicaine

On apprend à jouer du violon parce que c’est formateur. « Ce qui compte ici, c’est la culture au sens le plus fort […], la formation de soi par le travail qui vous transforme et vous façonne, qui vous humanise et vous conduit à être, au final, autre que vous n’étiez au départ… [Ce travail] s’inscrit aussi dans un cadre social, plus ou moins collectif où l’enfant fera des rencontres qui peuvent l’enrichir par la suite. » On retrouve bien l’école actuelle avec ses devoirs, ses progressions et son rôle socialisant.

3 – L’approche ‘authentique’

On apprend à jouer du violon pour se faire plaisir, s’épanouir, se réaliser, s’éclater … Le violon est une proposition et l’enfant peut choisir de ‘mordre’ ou pas. D’emblée, la porte du renoncement est ouverte. L’enfant est libre de s’investir, rien ne lui est imposé par ses parents. L’école ne s’inscrit pas dans cette vision, mais certains élèves ou étudiants sont complètement dans ce schéma …

4 – Discussion

En tant qu’enseignant, on est de plus en plus confronté à ces jeunes qui viennent en ‘consommateur’, démotivés, qui se complaisent dans l’approche authentique. Faut-il pour autant que l’école sorte de son approche de l’effort et du mérite qui fonde la construction de la personne sur le travail ? Je ne crois pas. Par contre, il y a un gros travail à faire pour aider les jeunes à prendre conscience que l’on peut se faire plaisir en travaillant, que cela peut apporter un certain épanouissement. Nous devons alors travailler dans deux directions :

  • Motiver les jeunes à s’impliquer dans leur formation. Plusieurs modèles de motivation existent, Rolland Viau en propose un qui me semble assez clair et fonctionnel.
  • Les aider à percevoir qu’ils progressent, s’épanouissent et prennent du plaisir. Cela se rapproche de l’auto-éfficacité de Bandura (qui correspond à la conscience de sa compétence).

Ces deux points sont étroitement liés puisqu’ils se nourrissent et se répondent mutuellement. Encore faut-il que l’enseignant les intègre à sa pédagogie (voir Collaboration et analyse réflexive : des sources de motivation).

Si les élèves ne travaillent plus autant, qu’ils ne sont pas motivés, ils n’en sont pas forcément complètement responsables. La société que nous leur construisons va dans ce sens et nous y vivons très bien. Les enseignants doivent donc  relever ce passionnant défi : partager le plaisir d’apprendre.

Beau programme !

Crédit photo : CC BY Pablo Sanchez, Fray Luis de León’s  classroom in Salamanca university (XIII century) http://www.flickr.com/photos/pablosanchez/1016242147/lightbox/

Vers un développement des compétences

knowledgeLes formations ne peuvent plus se limiter à demander aux apprenants d’accumuler des savoirs, elles doivent aussi leur demander d’exploiter ces savoirs pour développer des compétences. En s’appuyant sur la définition de compétence de Le Boterf, on peut définir quelques pistes pour faire évoluer nos formations … Et si la pédagogie ouverte était un élément de réponse pertinent à ces questions ?

Cela fait quelques temps que je tombe sur  des affirmations du type « The world only cares, and will only pay for, what you can do with what you know » (Thomas Friedman dans le NY Times) et je pense que c’est très vrai (et peut-être même de plus en plus vrai). Soit ! Mais quel impact cela peut-il avoir sur nos formations ?

Cela implique un changement de paradigme de l’enseignement : passer de la transmission de savoirs à un développement de compétences.

Dans son livre Construire les compétences individuelles et collectives, Guy Le Boterf définit les compétences comme suit :

« Les compétences peuvent être considérées comme une résultante de trois facteurs :

  • le savoir agir qui suppose de savoir combiner et mobiliser des ressources pertinentes (connaissances, savoir-faire, réseaux, …) ;
  • le vouloir agir qui se réfère à la motivation personnelle de l’individu et au contexte plus ou moins incitatif dans lequel il intervient ;
  • le pouvoir agir qui renvoie à l’existence d’un contexte, d’une organisation du travail, de choix de management, de conditions sociales qui rendent possibles et légitimes la prise de responsabilité et la prise de risque de l’individu. »

Nous avons ainsi dans nos formations le devoir de créer des situations favorisant le pouvoir-agir et le vouloir-agir de nos étudiants afin de développer leur savoir-agir. Cela implique de se poser des questions sur :

  • le contexte que nous pouvons créer : l’ambiance de travail, l’organisation pédagogique et technologique, …
  • le choix de management : quelle relation entretenons-nous avec les apprenants ? Dans quelle mesure ont-ils une part de liberté ou d’autonomie ? Quel droit de regard ont-ils sur le dispositif de formation ?
  • la motivation des étudiants : qu’est-ce que je fais pour motiver les étudiants ? Rolland Viau propose des pistes riches à ce sujet (La motivation des étudiants à l’université : mieux comprendre pour mieux agir – Conférence non publiée, Université de Liège – 2006)

De plus, il me semble essentiel de valoriser la production des apprenants afin de nourrir leur sentiment d’efficacité personnelle (cf. Maïlys Rondier A. Bandura, Auto-efficacité. Le sentiment d’efficacité personnelle), moteur de leur motivation.

Il est aussi important  de les faire réfléchir sur la transférabilité des compétences qu’ils développent. Ce travail doit alors se faire en deux temps :

  1. Quelles compétences ont été mises en œuvre pour réaliser cette production ? (il n’est pas sûr que ce soit exactement les compétences visées par l’enseignant et annoncées dans le syllabus)
  2. Dans quelles situations (ou familles de situations) pourrais-je utiliser ces compétences ?

Ce travail d’analyse réflexive me paraît important afin que, tout au long de la formation, les étudiants prennent conscience de leurs progrès et du développement de leur employabilité … Dans cette optique, une auto-évaluation peut être aussi riche (voire même plus riche) qu’une évaluation par l’enseignant.

La pédagogie ouverte (présentée ici à partir d’un exemple) peut être une approche pour construire de tels dispositifs.

pédagogie ouverte

pédagogie ouverte

  • Le pôle coopération tient du contexte et de l’organisation de la formation. Il apporte du sens, des liens entre les enseignements et des interactions, aussi bien entre apprenants qu’avec des personnes extérieures : ce sont de gros facteurs de motivation.
  • Le pôle transparence, par l’utilisation de syllabus et d’analyse réflexive pour montrer le processus d’apprentissage, permet de développer l’auto-éfficacité des apprenants.
  • Le pôle participation impacte directement le management de la formation et la relation entre l’équipe enseignante et les apprenants.

Et vous, quelle(s) démarche(s) adoptez-vous pour développer les compétences des apprenants ?

Crédit photo Knowledge CC-by ofbeaton

Dis ! C’est quoi un classe-MOOC ?

Voilà une bonne question !open window

Un classe-MOOC c’est la rencontre entre la classe,en tant qu’ensemble d’étudiants-élèves-apprenants regroupés physiquement en un lieu, et un MOOC. Et dans cette rencontre, le MOOC ouvre la classe sur le monde.

– Et alors, la classe pour toi, c’est quoi ?

C’est un endroit où l’apprenant (appelons-le ainsi) apprend. Et comme le dit Philippe Carré « on apprend toujours seul mais jamais sans les autres ». Je vois donc l’organisation de la classe comme cela :

  • Les étudiants collaborent localement (Partager, Communiquer, Collaborer).
  • Ils travaillent dans un contexte disciplinaire, interdisciplinaire ou pluridisciplinaire (Analyser, Créer, Réaliser, Construire, Chercher, Concevoir).
  • Une phase de structuration des connaissances permet de faire ressortir les points essentiels, aussi bien disciplinaires que méthodologiques ou relationnels. Cette étape peut se dérouler seul, en groupe ou en classe entière Comprendre, Conserver, Archiver, Structurer).
  • Les productions sont ré-exploitées, partagées, publiées (Exploiter, Partager, Communiquer).

C’est une vision du modèle centré sur les apprenants que j’ai déjà présentée ici par exemple et voici une représentation graphique de cette organisation :

Modèle centré sur les apprenants

– Et un MOOC, c’est quoi ?

La meilleure explication que je peux te proposer est une petite vidéo (4’27), en anglais, mais elle se comprend bien grâce aux illustrations explicites …

– Mais comment faire le lien entre une classe et un MOOC ? Ça n’a rien à voir !

Effectivement, ça n’a rien à voir. Et c’est justement cette différence, qui est en fait une complémentarité, qui est intéressante. Regarde : Le dernier aspect que nous avons vu sur la classe, c’est que les productions sont publiées, partagées et ré-exploitées. Qui te dit que cette ré-exploitation doit se faire uniquement dans la classe, par les mêmes apprenants ? Si plusieurs classes travaillent, en même temps, sur le même thème, il y a de fortes chances que tout le monde trouve son intérêt à partager son travail pour profiter du regard des autres et générer ainsi des interactions beaucoup plus larges et plus riches que si on se limite à une réflexion interne à la classe.

D’un autre côté, il est possible de faire intervenir simplement des acteurs professionnels qui connaissent bien le thème abordé. Leur participation peut être une petite vidéo, une interview, un (ou plusieurs) article(s) de blog, voire même juste un commentaire de-ci de-là. De toutes petites interactions peuvent apporter une grande richesse sur le contenu produit par les apprenants et soutenir la motivation de chacun durant toute la durée du travail. L’organisation d’un classe-MOOC permet de mutualiser ces interactions et d’en multiplier l’effet. Ça n’est plus une personne qui s’adresse à une classe mais à un ensemble de classes qui sont toutes concernées.

En fait le MOOC offre une occasion d’ouvrir la classe sur le monde !

– Pourquoi ne pas faire un MOOC directement ?

C’est vrai que ça serait plus dans la lignée de ce qui se développe actuellement. Mais je ne crois pas que tous les apprenants ont les compétences de bases requises pour s’engager seul dans un MOOC. Il est donc important de les accompagner, de les soutenir pour qu’ils puissent en tirer un profit optimum. La classe est un contexte connu et rassurant dans lequel la majorité des apprenants ont leurs repères. Les enseignants peuvent jouer ce rôle d’accompagnateur, de soutien : c’est peut-être une nouvelle posture pour beaucoup mais elle est très riche et porte beaucoup de fruits.

– En fait, c’est un peu un MOOC adouci, ou initiatique …

Tout à fait ! Il est adouci parce que le contexte est stabilisant et initiatique parce que l’ampleur des interactions est toute autre. mais je crois que c’est surtout pour l’enseignant que ce sera une initiation. Comme je te le disais,  c’est une nouvelle façon de travailler et une nouvelle relation avec les apprenants : ça fait beaucoup de changements ! Mais aussi beaucoup de plaisir ! Et c’est ce qui me semble essentiel : prendre conscience que l’on prend du plaisir à apprendre et travailler … ensemble …

– Ça me tente bien ton classe-MOOC, ça commence quand ?

Pour l’instant, on prévoit de vivre ça pendant une semaine, à temps plein, durant le mois de septembre. on est en train de voir avec des enseignants d’autres institutions toute l’organisation pratique mais ne t’en fais pas, dès que tout sera ficelé, je te tiendrais au courant !

Crédit photo : Open window CC By andyarthur

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