Accompagnement dans un MOOC

Les MOOC sont à la mode, mais une question se pose quant à la participation des inscrits : comment les mobiliser dans la durée ? Comment susciter chez eux engagement et persévérance ? L’accompagnement peut être un élément de réponse.

1 – Communauté et groupes

Une des caractéristiques des MOOC est le nombre d’inscrits et ainsi la communauté des participants. Cette communauté est une vraie richesse mais elle ne suscite pas spontanément l’engagement. Je pense qu’une personne peut attendre de la communauté mais ne s’impliquera que dans un groupe, sous-élément de cette communauté (A ce sujet, il est intéressant de revoir la causerie de Marcel Lebrun et Christophe Batier sur groupe et réseaux). Ainsi la communauté pourrait être vue comme un ensemble de groupes qui se chevauchent, se recoupent, se construisent et se séparent, au fil du MOOC. Il me semble que si la communauté a un caractère impersonnel, le groupe tient plus du relationnel ‘proche’. Il paraît ainsi intéressant d’analyser le fonctionnement d’un accompagnement au MOOC en utilisant le prisme de l’apprentissage en groupe.

2 – MOOC et apprentissage en groupe

J’avais déjà abordé la place du groupe dans le triangle pédagogique à partir du tétraèdre de Faerber, modifié ci-dessous.

Tétraèdre pédagogique, nouvelle version. D'après Faerber.

Tétraèdre pédagogique, nouvelle version. D’après Faerber.

Si l’on se place dans le cadre d’un MOOC, on peut adapter ce tétraèdre comme suit :

  • l’apprenant a accès à la communauté à travers un ou plusieurs groupes,
  • l’enseignant peut regrouper plusieurs personnes : équipe de formateurs du MOOC, accompagnateurs, pairs compétents, …

En s’appuyant sur les différentes faces de ce tétraèdre, on peut voir les difficultés que peut rencontrer un apprenant dans un MOOC et les outils que l’on peut mettre en place pour l’aider et le soutenir dans son parcours (ce qui correspond à l’accompagnement).

face du tétraèdre difficultés rencontrées pistes pour lever les difficultés
enseignant / apprenant / savoir organisation temporelle Les rencontres sur site permettent d’institutionnaliser le temps de l’apprentissage.
accès aux ressources forum, FAQ. Les membres ‘bienveillants’ de la communauté apportent leur aide et leur expertise, par exemple en créant des tutoriels
apprendre à apprendre apport méthodologique, fiches méthodologiques
Un ‘parcours guidé’ peut être organisé autour de rencontres sur site ou à défaut, d’un blog. Ce parcours propose des pistes pour s’approprier les notions abordées. C’est ce que j’ai essayé de mettre en place lors des rencontres hebdomadaires ainsi qu’avec le blog d’accompagnement à ITyPA2.
enseignant / apprenant / groupe apprendre à collaborer, partager avec le groupe les rencontres sur site permettent un partage oral, un échange de pratiques, de réflexions sur les questions abordées par la formation. L’oralité en lieu clos fait moins peur que l’écrit en ligne…
Le ‘parcours guidé’ à travers un blog peut proposer un questionnement et susciter un échange à travers les commentaires du blog. L’objectif est ici d’inciter les personnes à oser franchir le pas, partager en ligne, s’affranchir de la peur de s’exposer.
enseignant / savoir / groupe collaborer pour apprendre L’idée est alors de susciter des activités collaboratives : co-découverte, co-apprentissage, co-construction de connaissances. C’est ce qui se passe dans le MOOC GdP dans la certification par équipe.
apprenant / savoir / groupe les participants s’organisent en autonomie pour apprendre Vous avez gagné ! BRAVO !

Présenté avec ce tétraèdre, on voit bien que le principe même de l’accompagnement est que l’enseignant (dans le vocable du tétraèdre) s’efface petit à petit pour arriver à la dernière face du tétraèdre qui correspond au social learning : on n’a plus besoin de formation pour apprendre, on est inséré dans une communauté avec qui on apprend de manière collaborative.

En visionnant la table ronde ‘tutorat dans les MOOC‘, on entend que lors du MOOC ITyPA2, 4 niveaux d’accompagnement (ou d’autonomie) ont été envisagés :

  • l’autonomie : tout à fait adaptée pour toutes les personnes qui sont à l’aise avec les outils web et l’apprendre à apprendre : cela ne concerne pas tout le monde …
  • les « fiches balises » qui apportent un accompagnement méthodologique sur l’apprendre à apprendre.
  • l’entraide entre participants, qui permet de résoudre de nombreux problèmes techniques et d’appropriation d’outils.
  • L’accompagnement par les partenaires qui proposaient des rencontres sur site et quelques blogs en ligne pour faire vivre ‘une expérience’ à ceux qui ne pouvaient se déplacer.

On retrouve bien de nombreux éléments cités dans le tableau ci-dessus.

3 – MOOC et rythme

Il me semble que l’un des aspects essentiels de l’engagement et de la persévérance dans ce type de parcours tient au rythme qui est donné.

Deux éléments fondamentaux d’un MOOC connectiviste soutiennent la participation en créant un rythme, une dynamique :

  • Les conférences (ou interventions) hebdomadaires qui apportent du contenu et font le point sur les informations du cours.
  • Les lettres quotidiennes qui relatent les ‘points chauds’ du MOOC.

Je pense que l’accompagnement doit prendre sa place dans ce rythme,  en contretemps par rapport au rythme ‘fondamental’ du MOOC. Ainsi, si les conférences du MOOC ont lieu le jeudi (comme pour ITyPA), l’accompagnement (rencontres sur site ou publication des billets de blog) doit se prévoir autour du lundi. Cela crée une sorte de dialogue entre le MOOC et l’accompagnement. En ayant la progression du MOOC à l’avance, on peut construire la progression de son accompagnement et orienter les interventions autour des problématiques qui nous semblent pertinentes et adaptées au public concerné (la progression mise en place pour les GRETA de Bourgogne est accessible ici).

La multiplication de ‘parcours guidés’, chacun adapté à un public cible, mais partagé avec toute la communauté, pourrait apporter une vraie plus-value pédagogique aux MOOC. Tout participant pourrait ainsi butiner d’un parcours à l’autre et se construire sa formation dans le MOOC. Une telle approche pourrait aider chacun à s’orienter, se repérer  et intégrer la logique connectiviste. De plus, ce partage de ‘parcours guidé’ peut s’assimiler à la contribution ‘en nature’ d’un organisme qui souhaite s’appuyer sur un MOOC pour former son personnel.

4 – Conclusion

Je suis convaincu que l’accompagnement dans un MOOC peut apporter une réelle plus-value à la formation initiale en apportant une contextualisation, un soutien méthodologique et une dynamique motivante. Cet accompagnement vise à développer l’autonomie dans l’apprentissage. Le partage et la mutualisation de ces accompagnements pourrait être très riche…

Toutes ces réflexions sont très fraîches et nécessitent d’être affinées : n’hésitez pas à réagir pour que nous avancions ensemble sur ce sujet …

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Scénarisation d’un parcours pédagogique

chemin

Même s’il n’est pas direct, le chemin est souvent balisé …

La scénarisation d’un parcours pédagogique est comparable à un chemin que l’on doit parcourir, avec ses points de passages obligés. Cet article ne se veut pas novateur mais plutôt une reformulation de quelques principes incontournables pour concevoir un parcours de formation, quelle que soit sa modalité (du MOOC à la salle de classe en passant par tous les cocktails mêlant distance et proximité).

1 – partir des objectifs

Tout doit concourir à l’atteinte des objectifs visés. C’est donc à partir de ces objectifs que nous allons construire notre démarche. A partir de ces objectifs nous allons planifier les activités des apprenants dans un scénario pédagogique et les activités du formateur (enseignant et/ou tuteur) dans un scénario d’accompagnement.

Ces différents scénarii apportent une description dynamique de l’organisation des situations d’apprentissage. Ils vont permettre de planifier les activités dans le temps, d’améliorer les pratiques des apprenants, d’assurer un alignement entre les objectifs visés, l’évaluation et les activités d’apprentissage proposées.

2 – Comment évaluer ?

Une fois ces objectifs définis, nous allons qualifier les critères d’évaluation. L’affichage de ces critères vis-à-vis de l’apprenant permet de faciliter l’auto-évaluation, de renforcer le sentiment de compétence et de ce fait l’auto-efficacité. Ces différents critères vont aussi se retrouver dans une grille d’évaluation et de suivi qui sera utilisée par le formateur pour assurer son rôle de soutien à l’apprentissage.

3 – Quelles activités pour l’apprenant ?

Enfin, maintenant que nous savons où nous voulons mener l’apprenant et comment nous allons l’évaluer, nous allons pouvoir définir les activités qui vont lui permettre d’apprendre et d’atteindre ces objectifs. Les activités de l’apprenant sont assez bien repérées :

  • Exploitation de ressources (lire, écouter, visionner)
  • Appropriation par des activités (mémorisation, application, reformulation, transposition,  construction, comparaison, critique, synthèse,  évaluation, …)
  • Evaluation

Pour les deux phases d’appropriation et d’évaluation, il est important de noter que selon l’objectif visé, nous choisirons le type d’activité proposé. Pour faire simple, en s’appuyant sur la taxonomie de Bloom :

  • un quiz permet de valider la mémorisation  et la compréhension,
  • un exercice ou une étude de cas valide l‘application ou l’analyse,
  • une tâche authentique valide les compétences de synthèse et d’évaluation.

La taxonomie de Bloom

4 – Et pour le formateur ?

Il a aussi ses activités en lien avec la progression de l’apprenant et le soutien à la motivation. Il est essentiel de prévoir l’animation de la formation, le soutien méthodologique, motivationnel, organisationnel, technologique et disciplinaire. Bon nombre de ces aspects peuvent être anticipés et planifiés. Afin de s’assurer de la cohérence des interactions apprenant-formateur il est judicieux de construire les deux scénarios en parallèle.

On peut synthétiser tout cela dans un tableau récapitulatif ci-dessous :

apprenant formateur
objectifs pédagogiques
progression scénario pédagogique scénario d’accompagnement
évaluation critères d’évaluation facilitent l’autoévaluation, renforcent le sentiment de compétence et l’auto-efficacité grille d’évaluation et de suivi pour anticiper et planifier les activités du tuteur
activités
  • exploitation de ressources
  • appropriation
  • évaluation
soutien à l’apprentissage :

  • méthodologique
  • motivationnel
  • technologique
  • organisationnel
  • disciplinaire

En espérant que ces quelques pistes peuvent clarifier les idées des uns ou de autres. N’hésitez pas à partager votre point de vue, vos remarques ou critiques, toute expression constructive est bienvenue !

Crédit photo : Chemin CC By SimplementNat, Blooms_rose_fr CC-By-Sa K. Aainsqatsi et PatrickHetu

Un cours ? Un MOOC ? Non, un ‘classe-MOOC’ !

J’ai participé au MOOC ITyPA et j’ai beaucoup aimé. L’ambiance, la dynamique, l’émulation, les relations, … C’était vraiment une belle expérience, merci à ceux qui me l’ont fait vivre ! Maintenant, je trouverais sympa de proposer à nos étudiants une expérience comparable, mais comment faire ?

ITyPA a été suivi par plusieurs étudiants de différentes écoles d’ingénieurs (Centrale Nantes et Télecom Bretagne) et ils ont exprimé le besoin d’un cadre pour les soutenir dans ce dispositif ‘déroutant’. Nos étudiants de BTS ne seront sûrement pas plus à l’aise, toute la question est alors de voir comment articuler ce cadre. On a deux possibilités :

  1. On crée un MOOC et on organise des temps de rencontre en local pour ‘échanger, expliquer, soutenir …
  2. On construit une formation en présentiel facilement transférable, et on organise autour une dynamique de réseau et d’échange.

Je suis actuellement en train de réfléchir à la deuxième piste. Il faut donc voir comment mettre en place un module facilement transférable puis organiser une couche ‘sociale’ inter-formation.

1 – Une formation en présentiel facilement transférable

Alors ça ! Ça tombe bien ! On a justement un module de rentrée d’initiation au travail d’équipe (quoi de plus transversal ?). L’idée est de faire travailler les étudiants, en groupe, pendant une semaine, sur un sujet d’actualité. La semaine est banalisée pour ce projet.

Il y a deux ans, ils avaient travaillé sur les réseaux sociaux (si vous voulez plus de détails sur la version 2011 du projet, c’est par ici : avant, pendant, après). Un planning avait été établi sur 5 jour (je vous en présente une version simplifié) :

  • jour 1 : constitution des équipes, définition des problématiques d’étude,
  • jours 2 à 4 : construction collective de ressources sur la problématique (carte mentale, quizz, présentation orale),
  • jour 5 : présentation des productions et relecture de la semaine,

Pour que cela soit le plus transférable possible, il faut que le thème d’étude puisse concerner le plus grand nombre de formations. Pour l’instant, j’imagine quelque chose comme :

« open data, big data, long data, quantified self, dataviz : un monde de données ! »

Je pense qu’un tel sujet est d’actualité et peut intéresser aussi bien des ingénieurs que des journalistes, des agriculteurs ou des sociologues (et la liste n’est pas exhaustive !).

2 – Mettre en place une dynamique de réseau étendu

Une fois que le cadre local de la formation est posé et que plusieurs institutions sont positionnées pour participer, il faut créer une dynamique pour que des liens se créent entre étudiants des différentes formations.  Pour cela, on va s’appuyer sur internet et reprendre quelques principes des MOOCs.

Pourquoi ne pas demander aux étudiants de tenir un journal de bord (personnel ou du groupe) sur un blog, par exemple pour présenter son travail et ses découvertes (qui peuvent être en lien avec le sujet d’étude ou ses méthodes de travail ou la dynamique du groupe, ou ….) ?

Les productions étudiants peuvent alors être multiformes (textes, audio, vidéo, graphiques) et publiques. Ensuite, il reste à agglomérer les différents flux en un même espace pour en faciliter l’accès. La mise à disposition des travaux de chacun permet à tous d’y accéder et de créer des liens entre groupes travaillant sur des sujets comparables ou complémentaires.

Dave Cormier dans une de ses présentations sur les MOOC propose une participation qui s’organise en 5 temps, je vous propose ma lecture de ces 5 temps dans un tel ‘classe-MOOC’ :

  • s’orienter : se repérer dans le dispositif. Les enseignants locaux sont là pour rassurer, aider, soutenir les étudiants et expliquer le fonctionnement du dispositif.
  • s’afficher : le premier billet de chaque groupe concerne la problématique choisie pour la semaine, cela devrait permettre de vite créer des liens entre participants.
  • réseauter : il faudra inciter les étudiants à parcourir les travaux de l’ensemble des participants et réagir par des commentaires, des partages de points de vue, … (c’est très facile à dire mais j’ai bien conscience que ça ne se décrète pas: c’est donc un point à travailler)
  • se regrouper : une fois que les liens entre les différentes problématiques proposées seront repérés, il est dans l’intérêt des étudiants de s’appuyer sur les travaux des autres groupes. On n’est pas dans le ‘copillage’ mais dans la co-ellaboration.
  • se fixer des objectifs : La problématique est déjà définie, mais quelle est la production la plus adaptée pour présenter notre travail ? En quoi notre travail est complémentaire des autres productions et apporte une richesse par son point de vue spécifique ?

la dynamique ainsi proposée est d’avancer tous ensemble pour progresser tous ensemble.

3 – Mais pourquoi monter un tel dispositif ?

D’abord, pour développer des compétences nécessaires au 21è siècle : écrire en ligne, se construire un réseau, utiliser un réseau social pour travailler, chercher de l’information de qualité et collaborer en présence et à distance. Je trouve que cela fait déjà beaucoup de bonnes raisons, non ?

Ensuite, pour intégrer à ce dispositif n’importe quel professionnel qui souhaiterait apporter sa contribution, même minime, au projet. Il serait aussi intéressant d’avoir quelques interventions au cours de la semaine (vidéo, billet de blog, tout est possible …). J’aimerai bien par exemple, avoir le point de vue d’un élu sur l’open data, d’un sportif sur l’utilisation des données pour améliorer ses performances, d’un journaliste sur l’évolution de son métier avec l’émergence du journalisme de données, … pas vous ?

De plus, la participation d’acteurs professionnels donnerait du crédit aux travaux de nos étudiants et c’est une source importante de motivation.

4 – Et ça se concrétise quand ?

L’idée est de proposer ce dispositif pour la mi-septembre (parce que c’est la période qui convient bien pour notre BTS). Maintenant, si une pression est très forte pour le proposer à un autre moment, on peut toujours en discuter.

il y a quand même quelques détails à approfondir :

Quelle solution adopter pour agréger les flux ?

Faut-il une plate-forme spécifique, dans l’esprit de ce qui s’est mis en place pour ITyPA ?

Il me semble essentiel de proposer un ‘guide du prof’ pour présenter les objectifs, expliquer la démarche, les aider et les soutenir dans leur appropriation du dispositif. pour cela, j’attends toutes vos questions !

Voilà, l’idée est lancée, maintenant, si vous êtes intéressés, manifestez-vous. Ce sera avec plaisir que nous construirons ensemble ce projet !
Si vous ne savez comment participer, vous pouvez toujours apporter votre enthousiasme : c’est énorme ! 😉

Quelle place pour l’enseignant dans une formation collaborative ?

Si les étudiants travaillent en groupe, avec des méthodes actives, quels changements cela implique-t-il pour l’enseignant ? D’abord, une scénarisation du processus puis un suivi pertinent de l’activité et enfin une relecture personnelle et avec les étudiants. L’idée est alors de guider les étudiants sur le chemin de l’apprendre à apprendre. Nous nous appuierons sur le cycle d’apprentissage par l’expérience de Kolb. Enfin, il faut avouer que même si la théorie est satisfaisante, la concrétisation au quotidien est difficile …

Les précédents articles présentent un point de vue sur la formation à la collaboration et le développement des compétences transversales. Il est intéressant de voir maintenant le rôle de l’enseignant dans cette organisation. Il évolue au cours de la formation, prenons donc le temps d’en étudier différentes facettes.

1 – Avant la formation : l’organisation

L’enseignant doit organiser la formation à partir des objectifs définis précédemment. Ces objectifs permettent de clarifier la structure générale de la formation ainsi que les critères principaux de l’évaluation. Il est essentiel d’assurer une cohérence dans nos formations entre les objectifs, les activités, la production attendue et l’évaluation (alignement constructiviste de Biggs) Le schéma de M. Lebrun permet de bien définir les points clés à aborder (Information, Activité, Production, Motivation, Interaction) en gardant toujours en mémoire le souci d’alignement.

schéma présentant l’activité pédagogique selon Marcel Lebrun

A partir de ces choix, il va bien sûr falloir définir les outils à mettre en place et utiliser. Comme nous l’avons vu dans Former à la collaboration, il faut créer des situations ‘crédibles’ où les étudiants sont tenus de collaborer. Cela sous-entend que la production attendue ne doit pas être réalisable sans la participation de chacun.

Tout cela correspond à scénariser le cours en planifiant les différentes étapes, le rôle joué par chaque acteur, les différentes interventions, etc …

2 – Pendant la formation : le suivi

Ce suivi se situe à plusieurs niveaux. Tout d’abord, il paraît clair que l’enseignant doit soutenir les étudiants dans l’avancée de leur travail. Cela a un effet bénéfique sur leur motivation que l’on peut mesurer par une implication dans la durée et l’intensité de l’engagement cognitif. Cependant, il ne faut pas se limiter à une vision productiviste, l’objectif final n’est pas la production mais apprendre ! Le suivi doit donc aussi se situer au niveau cognitif (disciplinaire et/ou transdisciplinaire) et métacognitif (apprendre à apprendre).

On peut s’appuyer sur la théorie de l’experiential learning de Kolb et proposer que l’enseignant y tient un rôle de ‘guide’ dans ce cycle de l’apprentissage.

Cycle d’apprentissage par l’expérience selon Kolb

Une fois que la formation est lancée, les étudiants sont en situation de travail en groupe, ils sont dans la phase d’expérience concrète.

Pendant cette pratique, l’enseignant observe le fonctionnement des groupes et de chaque étudiant dans son groupe. Cette observation embrasse tous les aspects du travail : disciplinaire, relationnel, méthodologique, technologique, etc… Il constitue ainsi un recueil de situations qui seront étudiées lors de  l’analyse réflexive. Celle-ci peut se mener en tête à tête, en groupe ou en classe entière. A charge pour l’enseignant de définir le cadre le plus favorable pour cette analyse.

Cette analyse doit aboutir à une généralisation qui permettra de faire évoluer les pratiques de chacun.

Ce travail de relecture et formalisation est essentiel et apparaît comme difficile pour les étudiants : d’où l’importance de les guider.

Enfin, il est alors de la responsabilité de l’étudiant de transférer ces pistes d’évolutions lors des prochaines mises en situations.

Nous positionnons ainsi l’enseignant délibérément dans une position d’initiateur à l’apprentissage tout au long de la vie. Petit à petit, l’enseignant devra chercher à se mettre en retrait afin de laisser les étudiants de plus en plus autonomes en prenant en charge leur apprentissage.

3 – Après la formation : l’évaluation

Cette évaluation porte entre autre sur les étudiants au regard des objectifs que l’on s’était fixés lors de la construction du dispositif. On peut aussi les évaluer de façon formative sur leur capacité à s’inscrire dans ce cycle d’apprentissage. Enfin, il est indispensable d’évaluer le cours. En ce sens, l’enseignant pourra faire une synthèse de sa perception du cours, de celle des étudiants, du travail des étudiants, des points qui lui semblent pertinents à retenir, des conclusions qu’il en tire, voire des évolutions envisagées pour une prochaine itération … Cette utilisation personnelle du cycle de Kolb peut apporter un exemple qui soutiendra les étudiants dans cette démarche.

4 – Et dans la réalité ?

Cette vision théorique me semble pertinente et pour l’instant, nous la vivons plus comme un objectif que comme une réalité vécue au quotidien. Avec le temps, on progresse sur un point ou l’autre, par ajustements successifs. Petit à petit, nous travaillons tous les fronts, par couches successives. La plus grosse difficulté que nous rencontrons se situe au niveau de l’analyse / formalisation par les étudiants. Si vous avez des idées à partager, nous sommes preneurs !

PS : Comme vous pouvez le constater, je suis en pleine phase de généralisation … en espérant bientôt transférer !

Apprendre à travailler ensemble

C’est un peu le défi que nous nous lançons cette année ! Aussi bien au niveau de l’équipe enseignante que pour les étudiants : Pour commencer, nous avons organisé une semaine ‘banalisée’ pour que les étudiants travaillent en mode projet sur un thème à la mode : les réseaux sociaux …

L’intention originelle est de faire une césure avec le lycée, nous souhaitons aider nos étudiants à rentrer dans le monde du supérieur avec tout ce que cela implique dans la relation au travail … Pour les aider dans cette transition, il nous paraît essentiel de les accompagner et de les initier à quelques techniques/outils qui leurs seront utiles :

  • travail en équipe (réunion, argumentation, écoute, partage, …)
  • carte conceptuelle
  • recherche d’information (moteurs de recherche, archivage, esprit critique, citation, …)

L’idée est de leur demander de monter un dossier (carte de connaissance, présentation orale et quizz) sur une problématique, qu’ils auront définie, en lien avec le thème fédérateur. Voici une première représentation graphique qui a servi de base pour notre travail préparatoire :

quelques thématiques en lien avec les réseaux sociaux

Voici ci-dessous un résumé du planning, vous pouvez accéder à la version détaillée ici.

planning prévisionnel de la semaine

Bien sûr, nous finirons tout cela par un moment convivial  avec goûter à la clé !

Dans la suite du denier #ClavEd, tous les profs du lycée sont invités à passer un moment pendant la semaine pour échanger et apporter leur point de vue, sur les réseaux sociaux et / ou l’organisation pédagogique de la semaine.

Affaire à suivre …

Apprendre à travailler

La fin de l’année scolaire approche, il est temps de préparer la prochaine rentrée ! Nous envisageons d’accueillir les nouveaux étudiants de BTS avec une semaine de travail collaboratif. Nous nous appuyons pour cela sur le travail réalisé à l’ESIEE par D. Bureau et P. Lefebvre. Les conclusions de l’expérience sont très encourageantes relativement à l’implication des étudiants et l’apport méthodologique. Cette semaine sera l’occasion de poser les bases pour que les étudiants expérimentent une méthode de travail, en voient les bienfaits et s’approprient certains aspects.

Nous ne reprendrons pas exactement la même structure que dans la publication citée, voici donc notre proposition.

L’intention pédagogique de notre projet est d’amener les étudiants à travailler en équipe, sur un sujet pluridisciplinaire, pour construire une présentation synthétique.

Plusieurs aspects de cet énoncé sont à préciser, soutenir et évaluer.

Sujet pluridisciplinaire

Voilà une des tâches de l’équipe enseignante : définir les sujets d’étude ! Nous sommes tombés d’accord pour que ces sujets soient pluridisciplinaires afin de montrer le lien présent entre toutes les disciplines de la formation. Nous souhaitons énoncer ces sujets sous forme de controverse afin de pousser les étudiants à approfondir leur réflexion, exposer, entendre et argumenter des points de vue.

Travailler en équipe

L’idée ici est d’initier les étudiants à l’organisation, la définition des tâches, la planification, les responsabilités de chacun au sein de l’équipe … Ce travail devra être mené par les étudiants, en début de projet et définir le déroulement de la semaine.

Afin de soutenir les étudiants dans l’avancement du travail, il nous semble important de leur demander de produire chaque jour un artefact, qui sera évalué et conduira à un feed-back mettant en parallèle le projet et les attentes que nous avons par rapport à leur travail tout au long de la formation.

Construire

La construction de connaissance se fait en plusieurs étapes : lecture, compréhension, expérimentation, structuration, appropriation, évaluation, restitution, … (la liste n’est pas exhaustive et l’ordre est discutable …) Cela semble important que les étudiants soient sensibilisés à cette démarche et que nous nous appuyions  sur les difficultés qu’ils peuvent rencontrer pour faire ressortir les solutions qu’ils mettent en place et les progrès qu’ils réalisent. Il serait intéressant que les étudiants comprennent que la construction collaborative impose le dialogue, l’échange, l’argumentation, l’acceptation de l’autre et finalement de s’effacer derrière le groupe pour faire avancer tout le monde.

Le travail de préparation

Nous envisageons de préparer cette semaine à partir du tableau suivant, dont voici des propositions pour le premier jour :

organisation de la semaine de travail collaboratif

Nous avons précisé l’intention, il nous faut maintenant baliser la démarche :

– Quelle production finale ? texte, exposé oral, mind map, …
– Quelles activités pour arriver à cette production ? lecture de ressources, constitution d’un glossaire, synthèse des points de vue, des arguments, plan de la présentation, …
– Quelles ressources fournir ?
– Quelle liberté laisse-t-on aux étudiants ?

Les enseignants participants semblent enthousiastes, le projet avance tranquillement, espérons que cela perdure !

TICE 2010 : c’était bien !

Voilà, c’est fini ! et c’était bien !

Voici quand même la présentation et le texte de notre intervention à cette conférence …

Bonne lecture !

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