Les besoins des élèves à distance : soutenir l’engagement

Nous avons vu dans l’article précédent l’importance des consignes et les éléments que les enseignants peuvent donner pour aider les élèves à s’organiser ainsi que la place que peuvent tenir les parents pour soutenir localement cette organisation. Nous abordons aujourd’hui les éléments qui peuvent aider les élèves à s’engager dans la tâche et soutenir leur persévérance.

Plusieurs éléments caractérisent une tâche engageante, Roland Viau en fait un sujet d’étude et ses résultats sont présentés ici. Voici quelques points importants.

1 – Laisser une possibilité de choix

On peut envisager plusieurs possibilités de choix quand on propose un travail à des élèves, voici quelques exemples :

  • La forme de la production : production écrite, enregistrement audio ou vidéo, carte mentale, …
  • L’organisation du temps : les élèves ne sont pas tenus de travailler à l’heure où ils ont cours ;
  • Les ressources utilisées : les élèves peuvent choisir parmi un corpus de ressources présélectionnées ou partager une ressource qui les a aidé.
  • L’organisation du travail : les élèves peuvent avoir la possibilité choisir de travailler seul ou en groupe, de choisir leur groupe, …

2 – Proposer des activités qui ont du sens pour l’élève

Le sens de l’activité que l’on propose est essentiel et nécessite d’être explicité. Cela passe par des consignes claires et complètes qui mettent en perspective l’activité proposée, la réalité de l’élève et l’objectif visé. Toute l’articulation temporelle de la progression peut aussi aider à donner du sens à une activité au sein d’une séquence.

3 – Proposer des défis réalisables

L’élève s’engage dans une activité si elle représente pour lui un défi qu’il pense pouvoir surmonter. (C’est cette logique qui est mise en œuvre dans les jeux vidéos quand ils proposent des niveaux progressifs aux joueurs). Ainsi, il peut être envisageable de proposer une activité similaire en adaptant le guidage dans les consignes ou le niveau d’exigence de la production finale. Le côté ‘réalisable’ du défi peut être explicité en présentant les critères d’évaluation ou de réussite.

Voici quelques pistes d’activités qui peuvent être intéressantes à proposer à des élèves (issues de cet article) :

  • Se tester sur la compréhension d’une notion (exercices d’application, quiz, …) : les élèves peuvent construire des questionnaires à soumettre à leurs pairs.
  • Questionner une notion, un concept (pourquoi fait-on comme cela ? Pourrait-on faire autrement ? Comment faisait-on avant ? …)
  • Résumer / reformuler : que ce soit en audio, vidéo, graphique, schéma ou texte.
  • Comparer : un document ou une démarche de référence par rapport à d’autres ressources (fournies ou à choisir)
  • Schématiser / tisser des liens : cela correspond plus à une activité de fin de séquence, pour prendre en considération la cohérence globale de la notion étudiée.

Dans ces activités, l’enseignant peut laisser l’élève conduire en partie ses apprentissages. Il doit cependant rester garant de ces apprentissages en validant que les connaissances construites sont bien conformes au savoir actuel.

4 – Soutenir les relations humaines

Les élèves viennent au collège ou au lycée d’abord pour retrouver leurs amis. Cet élément du lien social est incontournable maintenant qu’ils sont chacun chez eux : Comment soutenir et maintenir ces relations essentielles ?

Cette question est à résoudre dans différentes dimensions :

  • le lien socio-affectif avec les amis : même si les élèves ont les réseaux sociaux pour échanger avec leurs amis, il peut être intéressant de mettre en place ponctuellement des classes virtuelles de ‘vie de classe’ pour continuer à faire perdurer les liens au sein du groupe classe. Il est important que les élèves puissent faire savoir les conditions dans lesquelles ils travaillent à domicile, qu’ils expliquent l’organisation mise en place, les difficultés rencontrées, … ces échanges méthodologiques et de régulations peuvent servir tous les élèves et permettre à chacun de mieux vivre son quotidien ; c’est plus facile quand on sait qu’on est pas seul à vivre une telle situation. Des activités collaboratives peuvent aussi permettre aux élèves de tisser des liens avec leurs camarades et de construire ensemble un chef d’œuvre dont ils seront fiers.
  • Le soutien cognitif par les enseignants : le lien entre l’élève et l’enseignant autour des apprentissages est essentiel. Les rétroactions que peut faire l’enseignant sont indispensables pour soutenir l’engagement et aider réellement l’élève à progresser. Elles peuvent porter sur la production en elle-même, le processus mis en place pour réaliser la production et les apprentissages ou progrès réalisés. Il est important de ne pas rester à un niveau factuel et de proposer à l’élève des pistes de progrès en proposant des objectifs atteignables, des démarches efficaces, … Dans un contexte d’apprentissage à distance, la méthode de travail est aussi importante que le résultat obtenu. Cette relation enseignant-élève est importante et peut être consolidée en utilisant l’audio ou la vidéo : entendre et/ou voir son enseignant est important pour renforcer le lien humain.
  • Le soutien médico-social par l’équipe de vie scolaire, l’infirmerie, … : certains élèves sont en difficulté sociale, familiale ou médicale. L’établissement doit pouvoir apporter un soutien à ces élèves en proposant d’entrer en relation avec un adulte référent de confiance, par des permanences, une adresse de messagerie ou un formulaire de prise de contact via l’ENT pour mettre en place, ensuite, un échange plus ‘humanisé’.

Pour conclure

Tous ces éléments caractérisent la vie d’un élève à distance, ses besoins et ses difficultés. La continuité pédagogique demandée cherche à y répondre et les enseignants se sont attelés à la tâche avec beaucoup d’énergie. Les apprentissages seront facilités une fois qu’une organisation coordonnée sera stabilisée dans les équipes et explicitée aux élèves et à leurs parents. La première étape dans ce nouveau contexte a ainsi un double objectif : aider chaque élève à structurer sa méthode de travail, d’une part et recréer les liens sociaux qui font la vie de l’établissement, d’autre part. Nous y arriverons. Tous ensemble.

Les besoins des élèves à distance : créer un cadre

Nous vous proposons d’analyser l’évolution du contexte de travail d’un élève dans le contexte actuel de confinement et de continuité pédagogique. A partir de cet état des lieux, nous verrons les leviers actionnables pour faciliter son engagement dans la durée.

1 – Le contexte de travail de l’élève

La situation d’un élève qui travaille chez lui n’est pas comparable à celle d’un élève en classe. Il suffit de regarder deux photos de ces contextes pour en prendre conscience.

Si la salle de classe est un lieu collectif, où se retrouve le groupe classe pour travailler dans un contexte piloté par l’enseignant, la chambre est un lieu intime et sans contrainte, où l’on se retire pour être seul, se reposer ou se détendre. La chambre est ainsi le lieu de la procrastination quand la salle de classe est le lieu dédié aux apprentissages.

Cette différence de contexte induit une différence radicale dans l’approche du travail scolaire selon que l’élève est en classe ou chez lui.

A domicile, les élèves ont deux besoins fondamentaux pour se mettre au travail :

  • une organisation qui les aide à structurer leur temps et leur cadre de travail ;
  • des activités qui suscitent l’engagement.

Ce premier article aborde la question de l’organisation du travail des élèves à distance en abordant deux aspects fondamentaux : l’importance des consignes et la place des parents.

Avant d’aller plus en avant, nous pouvons déjà faire un constat : Le cadre de l’école est structurant. L’activité d’apprentissage se déroule dans un lieu spécifique, avec des horaires définis ; elle est coordonnée et portée par un enseignant. Tous ces éléments sont à construire à domicile : comment aider l’élève à organiser son cadre de travail et son temps sur la journée, la semaine ?

2 – L’importance des consignes

Les enseignants peuvent apporter des éléments d’organisation dans les consignes de travail qu’ils transmettent aux élèves. Si l’on prend les consignes du CNED, on peut faire ressortir quelques conseils pratiques utiles (quitte à les transposer ou les modifier pour les adapter à la réalité de chacun). Les éléments clés sont surlignés en jaune dans le texte original ci-dessous.

Exemple de consignes du CNED sur le site collège

  • Il y a une répartition des discipline par journée : cela induit qu’il y a une coordination entre les différents enseignants pour répartir la charge sur la semaine.
  • Des tests sont proposés avec une auto-correction pour se positionner. Cela permet de présenter à l’élève le contenu qui va être abordé et l’aide à rentrer dans l’activité. Ils peuvent être utilisés aussi à la fin de l’activité pour vérifier la compréhension et la maîtrise de la notion présenter.
  • L’élève peut choisir le parcours qu’il suivra, le test peut l’aider à choisir mais il n’est pas tenu de respecter la proposition. Nous verrons dans le prochain article que cette démarche de laisser une possibilité de choix aux élèves est un élément important de motivation et d’engagement dans l’activité.
  • Des conseils sont donnés sur l’organisation du temps de travail : on peut le découper en plusieurs tranches mais chacune doit durer au moins une heure pour réaliser une séance complète. De même, préciser une durée indicative pour les activités proposées est d’une grande aide pour s’organiser. Enfin, il peut être utile d’indiquer spécifiquement ce qui est incontournable et ce qui l’est moins.
  • On peut reprendre son travail là où on l’a laissé, on sait où l’on en est, ce que l’on a fait et ce qu’il reste à faire. Cette notion de cohérence du travail dans la durée est essentiel : l’élève a besoin de pouvoir se repérer dans son apprentissage et savoir où il en est et où il va.
  • Un petit mot encourageant pour terminer le message « bon travail ! » pour donner du cœur à l’ouvrage …

L’analyse de cette consigne permet de faire ressortir les éléments d’aide à l’organisation et de soutien de la motivation des élèves. Tous les éléments abordés sont importants, libre à chacun de les présenter comme il le souhaite, avec la forme et le ton qui lui convient. A ce titre, il peut être pertinent de transmettre parfois ces consignes avec un enregistrement oral ou vidéo pour incarner la relation et maintenir le lien social entre l’enseignant et ses élèves.

Dans ce premier temps de continuité pédagogique, il semble important de mettre en place des méthodes de travail (apprendre à travailler) et d’apprentissage (apprendre à apprendre) qui seront utiles pour la suite du confinement mais aussi après le retour à la normale.

3 – La place des parents

Il est très compliqué de suivre l’emploi du temps ‘officiel’ à domicile. Les élèves doivent avoir une organisation qui leur permette de travailler toutes les matières sur la semaine, avec une certaine souplesse pour prendre en compte les contraintes familiales locales.

Les parents peuvent tenir une place pour soutenir leurs enfants dans cette organisation. Toute l’organisation de la maison est à penser avec les contraintes de classes virtuelles sur internet des uns et des autres, la disponibilité limitée du matériel informatique, le suivi des devoirs, … Cette coordination ne peut se faire que localement et les parents y ont toute leur place.

Pour faciliter cela, il peut être intéressant de présenter aux parents l’organisation mise en place par l’équipe pédagogique, exactement comme cela se fait lors des réunions de rentrée. La nouvelle organisation mise en place mérite d’être présentée et expliquée pour qu’elle soit soutenue par les parents à domicile.

4 – A suivre …

Nous avons vu quelques éléments simples et efficaces à intégrer aux consignes pour aider les élèves à s’organiser ainsi que la place que peuvent prendre les parents pour aider leurs enfants et soutenir cette organisation. Nous verrons dans le prochain article les éléments liés à l’engagement des élèves.

Accompagner les enseignants pour la mise en place du projet expérimental et numérique

Les nouveaux programmes du lycée font apparaître dans le programme de l’enseignement scientifique de première un projet expérimental et numérique sur une durée d’une douzaine d’heures. Lors d’échanges avec des collègues concernés par cet enseignement, nous avons compris que de nombreux enseignants n’étaient pas à l’aise avec cette démarche d’apprentissage par projet. Pour répondre à ce besoin, la DANE de Dijon propose un accompagnement pour mettre en place une tel dispositif.

1 – L’objectif visé

Nous proposons un accompagnement sur 5 semaines pour questionner tous les éléments à anticiper lors de la mise en place d’un tel projet avec des élèves. A la fin de cet accompagnement, les enseignants participants auront définis une trame globale pour mener ce projet avec leurs élèves.

Nous nous appuyons sur le programme défini au BO rappelé ci-dessous :

Le projet s’articule autour de la mesure et des données qu’elle produit, qui sont au cœur des sciences  expérimentales. L’objectif est de confronter les élèves à la pratique d’une démarche scientifique expérimentale, de l’utilisation de matériels (capteurs et logiciels) à l’analyse critique des résultats.

Le projet expérimental et numérique comporte trois dimensions:

    • utilisation d’un capteur éventuellement réalisé en classe ;
    • acquisition numérique de données ;
    • traitement mathématique, représentation et interprétation de ces données.

Selon les projets, l’une ou l’autre de ces dimensions peut être plus ou moins développée. L’objet d’étude peut être choisi librement, en lien avec le programme ou non. Il s’inscrit éventuellement dans le cadre d’un projet de classe ou d’établissement. Ce travail se déroule sur une douzaine d’heures, contiguës ou réparties au long de l’année. Il s’organise dans des conditions matérielles qui permettent un travail pratique effectif en petits groupes d’élèves. La dimension numérique repose sur l’utilisation de matériels (capteur éventuellement associé à un microcontrôleur) et de logiciels (tableur, environnement de programmation).

Prérequis et limites

Ce projet remobilise certains acquis des classes antérieures : mesure et incertitudes, manipulation de capteurs et microcontrôleurs, données structurées et leur traitement, information chiffrée et statistique descriptive, utilisation d’un tableur et d’un environnement de programmation. L’objectif n’est pas d’introduire des notions nouvelles.

2 – L’accompagnement proposé

L’accompagnement va se dérouler en 2 étapes principales.

a) La mise en œuvre d’une démarche de projet : réflexion collective

Étalé sur 4 semaines, cette phase permettra de construire une réflexion collective sur le projet expérimental et numérique, chaque semaine correspondra à une étape, abordant un aspect spécifique :

  1. Les objectifs du projet et les activités réalisables
  2. L’évaluation du projet
  3. L’engagement des élèves dans le projet
  4. La place de l’enseignant dans le projet
Nous proposons chaque semaine :
  • des éléments de réflexion ;
  • deux ou trois activités à réaliser (inventaire, forum, …)

Au cours de cette étape, vous construirez votre trame permettant la mise en place de ce projet dans vos classes.

b) Lecture croisée des trames

A la fin de ces 4 semaines, vous pourrez partager votre trame de façon anonyme pour une relecture entre collègues. Cela vous permettra de voir des organisations différentes et d’avoir des retours sur votre organisation qui enrichiront le travail de chacun.

3 – Les modalités pratiques

a) Organisation temporelle

Le parcours d’accompagnement débutera le 18 novembre 2019. Il est prévu totalement à distance. Nous estimons la charge de travail hebdomadaire à 1 heure 30.

Chaque semaine, vous seront proposés :

  • Des éléments de réflexions qui nécessitent entre 5 et 15 minutes (selon la quantité de ressources proposées, vos connaissances et l’intérêt que vous portez au sujet).
  • Des questions pour vous aider à construire votre projet progressivement. Le partage de vos réflexions sur le forum et la lecture des propositions des collègues nécessiteront 45 minutes par semaine environ.

3 classes virtuelles rythmeront le parcours aux dates suivantes :

  • lundi 18 novembre, de 19h à 19h30, pour vous présenter l’équipe de formateurs, le parcours et la logique de l’accompagnement proposé ;
  • vendredi 29 novembre, de 12h30 à 13h, pour faire un point d’étape sur les deux premières semaines ;
  • vendredi 13 décembre, de 12h30 à 13h, pour faire un deuxième point d’étape et présenter l’analyse croisée.

b) Inscription

Cet accompagnement est proposé en inscription libre, ouvert à tous les enseignants qui interviennent sur l’enseignement scientifique de première. Pour vous inscrire, il suffit de cliquer sur ce lien et de vous identifier sur m@gistère avec vos identifiants académiques :

https://magistere.education.fr/ac-dijon/course/view.php?id=7487

Dans l’attente de vous retrouver le 18 novembre !

Révéler ce qui est tacite pour développer le pouvoir d’agir

J’ai eu l’occasion de visionner quelques interventions de Laurent Bibard, enseignant de gestion et de philosophie et titulaire de la chaire Edgar Morin de la complexité de l’ESCP. Sa vision de la dualité entre complexité et simplicité me semble très éclairante pour comprendre des situations auxquelles nous sommes confrontées au quotidien et inspirante dans une démarche de développement professionnel.

1 – Les concepts de complexité et simplicité

Plusieurs vidéos de conférences de Laurent Bibard sont accessibles sur Youtube, celle-ci est dense et donne les éléments essentiels (7’41”)

L. Bibard définit la complexité comme coexistence de 4 éléments et en déduit une présentation de la simplicité par effet miroir. Le tableau ci-dessous synthétise les grandes idées présentées

Complexité Simplicité
Incertitude
Contradiction
Émergence
Vigilance collective
Sous contrôle
Cohérence
Visible
Leader qui sait pour les autres

Il s’avère que le monde est complexe et cette complexité nous entoure au quotidien. Cependant, nous sommes constamment attiré par un désir et une nécessité de simplicité. Et c’est dans cette tension (à la fois personnelle et collective) entre complexité ambiante et désir de simplicité que réside le nœud de la difficulté constante. Il assimile cette tension simplicité/complexité à la dualité entre les deux logiques de court terme (simplicité) et long terme (complexité) en précisant qu’alors, le long terme peut s’envisager sur des durées très courtes.

2 – Des pistes pour vivre cette tension

Nous oscillons en continu entre des routines que nous maîtrisons (simplicité) et l’incertitude du quotidien (complexité). La solution proposée par L. Bibard consiste à gérer l’incertitude en s’appuyant sur ce que l’on sait déjà faire. On rentre alors dans une démarche d’improvisation, au sens noble du terme, comparable à un travail d’artiste qui s’appuie sur sa technique éprouvée et intégrée pour créer quelque chose de nouveau. Cette démarche d’improvisation ne peut s’envisager que si l’on a conscience de ce que l’on maîtrise effectivement et nécessite donc de révéler (au sens de dévoiler) toutes les aptitudes et compétences intégrées dont nous n’avons plus forcément conscience.

Cette conscientisation de l’ensemble de nos capacités nous permet d’oser affronter des situations que nous ne maîtrisons pas totalement et de nous frotter à cette incertitude. C’est alors que des apprentissages peuvent se développer !

La représentation graphique ci-dessous présente les grandes lignes de cette approche.

3 – Révéler et reconnaître

Il apparaît que l’initiation de la démarche de développement professionnel repose sur la révélation (au sens de rendre visible) et la reconnaissance des aptitudes et compétences de chacun. L’étude réalisée par Aaron Aruck Digital Credentialing for Professional Development Organizations, Benefits, Insights and Recommandations réalisée auprès de responsables de développement professionnel dans différentes institutions et utilisant la plateforme d’openbadges Badge List met en relief deux points intéressants :

  1. L’usage des openbadges est efficace pour aider les personnes à répertorier leurs réussites et à les mettre en perspective dans une logique d’apprentissage toute la vie durant. L’étude précise que la démarche est d’autant plus efficace que les participants peuvent choisir les éléments de preuve qu’ils intègrent au badge.
  2. Les openbadges sont aussi pertinents pour présenter son parcours professionnel, ses apprentissages et les compétences maîtrisées.

Conclusion

Ces éléments tendent à penser que les openbadges peuvent être efficaces pour initier une démarche de développement professionnel en révélant les réussites et compétences de chacun. Cette étape est essentielle pour libérer les énergies et mieux faire face à l’incertitude, aussi bien individuellement que collectivement.

Cette approche ouvre aussi la possibilité d’une ‘éthique de l’essai’, bien en phase avec une obligation de moyen, où l’on n’est pas sûr de réussir, mais on essaie quand même !

 

Quand le numérique s’invite à l’agrégation

Le sujet d’agrégation interne de SVT de cette année (2019) posait (entre autre) la question suivante : “Expliquez en vingt lignes au maximum les enjeux de l’usage du numérique dans l’enseignement des sciences de la vie et de la Terre. Précisez comment il participe à la formation du citoyen responsable du 21ème siècle.”

L’occasion était trop belle ! Voici donc une proposition d’éléments de réponse transdisciplinaire (n’étant pas spécialiste des SVT), construite en temps limité pour respecter jusqu’au bout le cahier des charges. Il ne vous reste qu’à illustrer le propos avec quelques exemples de votre discipline…

1 – La réponse proposée

L’usage du numérique dans l’enseignement permet de répondre à un double enjeu.

D’une part, l’apprentissage disciplinaire peut être facilité par l’usage d’outils informatiques pour différencier les démarches et stratégies d’apprentissage. L’utilisation de différents formats de ressources, de productions et donc d’activités, permet d’une part de rendre accessible l’enseignement à tous les élèves et peut faciliter l’appropriation des notions par chacun. De même, les outils informatiques et internet (notamment des ENT) ouvrent la classe sur d’autres modalités et espaces/temps d’apprentissage, comme par exemple dans une logique de classe inversée. Enfin, le travail sur des données réelles et actuelles, voire captées par les élèves, est un facteur qui tend à augmenter l’engagement et la persévérance de ces derniers.

D’autre part, l’usage des outils informatiques permet de développer la culture numérique des élèves et de former des citoyens responsables dans trois directions. Un tel enseignement permet tout d’abord de développer les compétences spécifiques de codage et de traitement de données. Mais ces compétences ne se suffisent pas à elles-mêmes ; notre enseignement cherche aussi à développer une réelle culture numérique qui s’appuie sur un esprit critique (qui se développera tout au long de la vie) et des connaissances sociales, éthiques mais aussi légales, relatives, entre autre, aux données, à la propriété intellectuelle. Enfin, l’enseignement de SVT permet de développer des modalités de travail plus en horizontalité, recherchées dans le monde du travail : collaboration, partage, publication en ligne, apprendre à apprendre, …

2 – Numérique et informatique

Il y a une confusion courante assimilant tout ce qui s’appuie sur des ‘nouvelles technologies’ à du numérique. Nous pensons à la DANE de Dijon, après avoir lu des articles de recherche que le numérique est un fait total. A ce titre, nous parlons de ‘culture numérique’ . Dans la réponse proposée, nous parlons de l’usage d’outils informatiques qui regroupe PC, tablettes, smartphones, pour ce qui est des matériels personnels mais aussi les différents services en ligne et logiciels. Cette relation entre technologie et culture numérique a déjà été présentée sur ce blog et synthétisé dans le schéma ci-dessous. Marcello Vitali-Rosati le présente très bien dans son article Le « numérique », une notion qui ne veut rien dire en affirmant : “Nous parlons de plus en plus de « numérique » en substantivant un adjectif qui – initialement – comporte une signification technique précise et qui devient désormais davantage un phénomène culturel qu’une notion liée à des outils technologiques particuliers”.

3 – Engagement et la persévérance

Il est essentiel d’intégrer que l’usage d’outils informatiques ne garantit pas l’engagement et la persévérance des élèves. Cela peut avoir un côté ‘nouveau’ qui plaît bien mais ne suffit pas dans la durée. Ce sont bien les usages que l’on fait de ces outils avec les élèves qui vont augmenter l’engagement et la persévérance. C’est parce que l’on peut avoir accès à des données réelles et actuelles, accessibles en ligne, que les élèves vont trouver du sens à l’étude des phénomènes qu’ils soient scientifiques, sociétaux ou économiques. De même, la publication en ligne a un pouvoir stimulant et élève le niveau d’exigence sur la production des élèves qui acceptent l’enjeu assez volontiers.

4 – Les piliers du numérique éducatif

Les habitués de ce blog auront repéré que la réponse reprend de façon textuelle les piliers du numérique éducatif (présentés ici) schématisés ci-dessous. Effectivement, il n’y a rien de neuf dans ce texte. Cela montre simplement l’intérêt de documenter son travail au fil de l’eau pour pour pouvoir le réutiliser, sur commande, quand la situation le nécessite.

5 – En conclusion

C’est, à ma connaissance, la première fois que cette question est posée dans un tel sujet de concours. Cela donne un signal clair de l’urgence d‘impliquer tous les enseignants dans la formation des citoyens responsable du 21ème siècle. En effet, vous pouvez remplacer l’expression ‘sciences de la vie et de la Terre’ par n’importe quelle autre discipline et le sujet reste toujours aussi pertinent. Et la réponse restera toujours  à peu près la même …

En vous souhaitant un bel été, reposant et ressourçant !

Ce que je retiens du MOOC ‘Vers une planète apprenante’

Je me suis inscrit au MOOC ‘Vers une planète apprenante’ pour voir, parce que le sujet m’intéresse beaucoup. Je vous propose ici un rapide retour d’expérience des deux heures que j’y ai consacrées.

1 – Les 4 modèles d’apprentissage

Un questionnaire est proposé lors de la première semaine du MOOC pour savoir quel est notre mode d’apprentissage privilégié. Je synthétiserai les 4 types d’apprenants du modèle à partir d’une des phrase du document de présentation comme suit :

  • Individuel hiérarchique : Les contenus académiques sont la base de l’apprentissage ;
  • Individuel distribué : Les apprenants apprennent pour et par eux-mêmes, pour développer leurs connaissances et leurs compétences propres :
  • Collectif hiérarchique : Le personnel encadrant a pour mission de créer les conditions sociales favorables à l’apprentissage ;
  • Collectif distribué : En assumant tout à la fois les rôles d’enseignement et d’apprentissage, les individus génèrent, alimentent et sont les garants de la communauté d’intérêt.

2 – Les résultats et l’analyse que j’en fais

Je n’ai pas été très surpris des résultats : je suis fortement en phase avec le type individuel distribué (80%), très en phase avec les deux types collectifs (65% et 70%) et beaucoup moins en phase avec le modèle individuel hiérarchique (33%).

Un détail vient aiguiller ma réflexion.

Je suis un adepte de l’apprentissage individuel distribué : j’aime me nourrir de ressources variées et intégrer les apports que j’y trouve à mes représentations. De nombreux articles publiés dans ce blogs sont initiés par une lecture ou le visionnage d’une vidéo et les quelques modèles que j’ai construits sont le fruit de ces apports successifs. Le schéma Comment j’apprends explicite toujours bien ma démarche :

Mon EAP en 2013

Par contre, je suis convaincu que nos élèves ne sont pas spontanément des apprenants individuels distribués et ne savent même pas quel est leur modèle d’apprentissage préféré. Ainsi, quel que soit le modèle qui leur convient, il faut les accompagner pour les faire progresser vers une démarche d’apprentissage en continu, construite et autonome. Et il me semble que le modèle collectif hiérarchique (que j’avais modélisée sous le nom de pédagogie ouverte) est le plus adapté pour mettre en place cet accompagnement. J’avais d’ailleurs abordé ce distingo entre le modèle d’apprentissage pour moi et celui pour des élèves dans cet article : Pourquoi je n’enseigne pas comme j’apprends ?

pédagogie ouverte

Cette approche permet, de plus, d’ouvrir chaque élève à un ensemble de possibles en matières de modalité d’apprentissage et les prépare aux différentes approches distribuées, que ce soit individuellement ou collectivement.

Enfin, je vois deux éléments qui me font basculer dans le mode collectif distribué :

  • Le partage : je me nourris des partages de mon réseau, et j’espère le leur rendre en partageant ici mes réflexions et sur twitter mes trouvailles. C’est, me semble-t-il, une première approche constructive dans une communauté d’intérêt ‘informelle’
  • Des projets collectifs : je pense que les projets sont des contextes où l’intérêt du collectif prime sur l’intérêt personnel et m’incite à co-apprendre.

Je crois que je vais m’en tenir là pour mes contributions à ce MOOC : je préfères picorer que suivre un parcours complet : cela correspond plus à mon style d’apprentissage individuel 😉 Merci à ceux qui l’ont préparé et monté, même en n’y consacrant que peu de temps, cela m’a donné l’occasion de faire une petite rétrospective bien plaisante et d’ajouter un peu de cohérence à mes représentations.

En vous souhaitant de bonnes vacances …

Travailler l’efficience de nos formations

Nous avons un soucis constant de faire évoluer nos formations pour en augmenter l’impact et l’efficience. Quelques éléments récents nous laissent entrevoir des pistes intéressantes à explorer. Nous devons encore confirmer nos intuitions et premières expérimentations mais les premiers retours nous semblent très positifs.

1 – Approche par l’évaluation

Nous cherchons en priorité à ce que nos formations aient un impact sur l’activité des enseignants en classe afin d’améliorer les apprentissages des élèves. Cela nécessite d’intégrer dans les parcours de formation des temps où l’enseignant applique avec des élèves, ce qu’il a appris, construit, ou développé lors des temps formels de formation. Pour que ces temps de ‘pratique en situation professionnelle’ soient riches et formateurs, il faut prévoir un accompagnement et une analyse réflexive de chacun sur ce qui s’est vécu.

Cette démarche nous permet de changer de niveau d’évaluation de nos formations en dépassant la réaction à chaud pour analyser les effets de la démarche proposée sur l’engagement des élèves, la qualité des apprentissages réalisés et la volonté des enseignants à utiliser ce qu’ils ont appris dans d’autre situations. On passe ainsi du niveau 1 (satisfaction à chaud) au niveau 3 (évolution des comportements) du modèle de Kirkpatrick.

2 – Approche par le contexte

L’article situation professionnelle, situation d’apprentissage compare les deux contextes pour analyser leurs différences. Il en ressort trois éléments principaux qui caractérisent une situation de formation :

  1. Elle est orientée vers l’apprentissage ;
  2. Elle recherche la diversité des ‘mises en situations’ pour développer les compétences ;
  3. Un accompagnement spécifique est organisé.

L’article se termine en concluant « une situation professionnelle est propice à l’apprentissage lorsqu’elle propose des contextes variés et que la personne a les ressources nécessaires (personnellement ou dans son entourage) pour soutenir une dynamique d’analyse et d’apprentissage. »

Cette analyse tend à penser qu’il faut ‘créer des mises en situations’ et accompagner nos stagiaires dans une démarche apprenante.

3 – AFEST : une évolution de la loi

L’Action de Formation En Situation de Travail est maintenant une modalité de formation reconnue par la loi. C-Campus propose un livre blanc sur l’organisation pratique de cette modalité où il rappelle l’importance de l’accompagnement et de l’analyse réflexive, la possibilité d’adapter l’activité de travail et la nécessité d’évaluer en amont (positionnement) et en aval de la formation. Il relève dix techniques pédagogiques éprouvées qui semblent intéressantes à articuler :

  • la mise en situation :
    • le doublon où le tuteur montre comment réaliser une tâche avant de la faire réaliser par l’apprenant ;
    • la résolution de problèmes en commun ;
    • la mission apprenante où l’apprenant réalise une mission pour découvrir une nouvelle façon de faire ;
    • l’immersion terrain où l’apprenant est plongée dans un autre contexte pour découvrir d’autres organisations possibles.
  • l’analyse réflexive :
    • le feedback qui consiste à faire un retour à l’apprenant sur une réalisation qu’il a faite en s’appuyant sur une grille d’observation ;
    • le retour d’expérience (REX) où c’est l’apprenant qui fait un retour sur son expérience, qu’elle soit positive ou négative pour capitaliser et mutualiser ;
    • le rapport d’étonnement où l’apprenant partage ses observations sur une situation professionnelle ou un collectif de travail.
  • la présentation d’informations :
    • le parcours d’intégration ;
    • l’explication flash qui est l’explication d’une notion simple ou d’un principe de façon synthétique ;
    • la formation flash qui est une formation de courte durée avec un petit groupe.

4 – Une organisation possible

Pour expliciter concrètement comment nous comprenons ces différents éléments, voici un ‘scénario type’ que nous mettons en place dans cette logique. Il semble important et riche de mettre en regard l’activité du formateur, l’activité du participant et les ‘techniques pédagogiques’ mises en œuvre.

Temps de la formation

Activité du participant

Activité du formateur

Technique pédagogique mise en œuvre

À distance
1h d’activité, environ

  • Présentation des participants à travers un forum ;
  • Mise à disposition (d’extraits) de ressources qui peuvent être institutionnelles ou issues de conférences ;
  • Une interpellation sur les pratiques et/ou les représentations des participants.
  • Sollicitation de l’engagement de façon pro-active ;
  • Accompagnement technique (connexion, identifiants, accès aux ressources, …) ;
  • Accompagnement pédagogique (explicitation des consignes) ;
  • Rapport d’étonnement

En face à face

1 journée

  • Retour sur le travail réalisé à distance ;
  • Apport de connaissances théoriques sur le sujet ;
  • Présentation d’outils et/ou de démarches pertinents ;
  • Initiation d’un travail d’application exploitable en classe avec les élèves ;
  • Présentation d’informations ;
  • Accompagnement sur la définition de la mise en situation spécifique ;
  • Accompagnement technique sur les outils et/ou la scénarisation pédagogique ;
  • Explication flash
  • Formation flash
  • Doublon
  • Résolution de problème en continu

A distance sur quelques semaines

  • Finalisation de l’application avec les élèves ;
  • Mise en œuvre effective avec les élèves ;
  • Accompagnement technique sur les outils et/ou la scénarisation pédagogique ;
  • Mission apprenante

A distance

1h30 en classe virtuelle

  • Analyse réflexive des expérimentations ;
  • Évaluation de l’impact et de la démarche mis en œuvre ;
  • Pistes d’amélioration pour augmenter la pertinence de l’outil ou de la démarche.
  • Accompagnement de l’analyse réflexive ;
  • Feedback
  • REX (retour d’expérience)

5 – En conclusion

Cette organisation a été testée sur quelques parcours et a donnée de très bons résultats : les enseignants apprécient l’intérêt de pouvoir mettre en œuvre ce qu’ils découvrent en formation, de pouvoir prendre un temps d’analyse a posteriori pour mieux comprendre ce qui s’est vécu et enfin d’enrichir leur expérience par les retours des autres participants.

Il nous paraît aussi important d’essayer de pousser plus loin la logique en ne voyant pas l’AFEST que comme une mise en pratique de ce qui a été appris lors d’un regroupement mais aussi un espace-temps d’apprentissage en lui-même. Cela pourrait par exemple s’envisager pour accompagner notre équipe de formateurs pour voir comment cette expérience de formateur d’adultes avec des modalités hybrides vient interroger et enrichir leurs pratiques quotidiennes avec les élèves.

Affaire à suivre …

Les communs pour aborder la culture numérique

Lors de notre journée du GRANE (Groupe de Réflexion Académique sur le Numérique Educatif), nous avons abordé les communs pour analyser comment ils peuvent nous faire entrer dans la culture numérique. Ce travail s’est réalisé en 3 temps :

  • Quels biens partageons-nous en commun ?
  • Analyse de différents communs
  • Quels communs pourrions-nous mettre en place dans nos écoles et/ou établissements ?

1 – Les communs partagés

Le premier temps d’échange sur les biens communs partagés a été l’occasion de lancer le sujet, avec des échanges sur la différence entre communs et biens communs. Il est ressorti des discussions plusieurs biens que nous avons en commun comme la terre, la langue, la nature, …

La synthèse s’est faite autour de la représentation issue de BIENS COMMUNS – La prospérité par le partage de Silke Helfrich, Rainer Kuhlen, Wolfgang Sachs, Christian Siefkes qui nous semble recenser la diversité de ces biens communs regroupés en trois ‘familles’ : nature, culture et communauté.

2 – Analyse de différents communs

Dans un deuxième temps, nous avons analysé 5 communs pour essayer d’en extraire les caractéristiques spécifiques. Les participants étaient réunis en 5 groupes de 5, chacun ayant une fiche de présentation d’un commun à analyser. Dans un deuxième temps, on a mélangé tous les groupes pour que chacun puisse présenter le travail de son groupe aux autres.
Les 5 communs analysés sont listés ci-dessous, les liens pointent vers les différentes fiches proposées :

Pour conclure cette analyse, l’interview de Benjamin Coriat permet de présenter simplement les différents aspects d’un commun (une ressource, des acteurs qui ont des droits sur cette ressource et une structure de gouvernance) en insistant sur la différence entre un bien commun et un commun selon la présence (ou pas) de la structure de régulation.

3 – Les communs que l’on pourrait mettre en place

Dans un dernier temps, nous avons essayé de voir les communs que l’on pourrait mettre en place dans nos écoles et /ou établissements. Quelques pistes étaient proposées : une boîte à livres, un wiki-mur, l’ambiance de classe, la connexion internet (dans une logique BYOD ou AVAN), la cour de récréation…

Il est intéressant de voir que certains groupes ont travaillé sur d’autres idées de commun, par exemple les notes de cours prises par les élèves et partagées au sein d’un collège. Même si les échanges sont restés informels, ils dénotent bien d’une appropriation des principes fondamentaux des communs et de leur application à des situations concrètes que l’on rencontre dans nos établissements.

Nous avions prévu un canevas pour soutenir la réflexion des groupes autour des communs à construire mais ne l’avons finalement pas utilisé. Il est tout de même accessible ci-contre.

Son utilisation commence par la définition de la ressource commune (1) puis par le repérage du périmètre de la communauté (2). Dans un deuxième temps, on va caractériser les droits sur la ressources (3) et les risques de dérive (4). Enfin, il faudra définir la régulation (5) à mettre en place pour que notre bien commun devienne un commun.

4 – En conclusion …

Plusieurs participants ont partagé leur étonnement relatif à l’écart entre les communs étudiés et la culture numérique. En effet, plusieurs communs n’avaient rien de numérique. Je propose deux éléments de réponse pour étayer le choix de travailler cette culture numérique par les communs :

  1. La gestion d’un commun nécessite de collaborer, de communiquer, d’argumenter, de respecter des règles qui font partie de la culture numérique, et peuvent se vivre, se travailler et se développer dans un monde sans informatique, ni Internet.
  2. Internet est un espace propice au développement des communs par la facilité offerte pour coconstruire, partager et échanger.

Cette approche par les communs est à ce titre un contexte très favorable pour initier nos élèves à une citoyenneté responsable et participative, comme ce qui est proposé dans le cadre du wikiconcours lycéens, par exemple.

Cet atelier était très riche, même si le temps consacré était un peu insuffisant pour pouvoir le mener dans de bonnes conditions. Vous trouverez ici le conducteur de la journée (qui reprend la présentation de la culture numérique et le barcamp), le diaporama utilisé et deux fiches supplémentaires, qui n’ont pas été utilisées, sur les licences libres et les huit principes de Elinor Ostrom.

Je tiens à remercier spécifiquement Michel Briand (@michelbriand) qui nous a bien aidé à monter ce temps de travail en relisant nos propositions, en apportant des compléments riches et en nous aiguillant vers des ressources très intéressantes :

Ces ressources nous ont été précieuses et méritent d’être partagées et utilisées.

Bons communs à chacun !

illustration extraite de BIENS COMMUNS – La prospérité par le partage de Silke Helfrich, Rainer Kuhlen, Wolfgang Sachs, Christian Siefkes (CC-BY-SA)

Un barcamp pour aborder la culture numérique

Cela fait quelques mois que nous avançons dans notre réflexion autour de la culture numérique. Il nous semble intéressant maintenant de voir comment l’introduire dans nos formations pour des enseignants. Nous avons donc commencé un premier essai au cours du GRANE (Groupe de Réflexion Académique sur le Numérique Éducatif). Voici quelques éléments saillants de cette demi-journée.

1 – Organisation de la demi-journée

Comme nous vous l’avons déjà dit, la culture numérique impacte toutes nos organisations, même lorsque nous n’utilisons pas d’outils informatiques : notre organisation du travail est impactée par l’horizontalité des relations induites par ces évolutions. C’est pour proposer une formation cohérente entre le fond et la forme que nous avons choisi le mode barcamp.

Un barcamp ? Mais oui ! Vous savez, ces rencontres où il n’y a pas d’ordre du jour prédéfini, où l’on coconstruit l’ordre du jour à partir des questionnements des participants et où chacun s’inscrit en fonction de ses centres d’intérêts… Si ce format vous intéresse, des documents existent pour vous aider à l’organiser ici ou , par exemple.

Les différents temps du barcamp :

  1. L’exposition de notre vision de la culture numérique. Nous n’avions proposé aucune activité préparatoire avant la rencontre et il nous semblait important de nourrir la réflexion de chacun par quelques éléments d’analyse et de questionnement. Cette présentation est retranscrite dans l’article Culture numérique : contours et enjeux, n’hésitez pas à aller le consulter et à récupérer le support utilisé.
  2. La construction de l’ordre de jour à partir de la question : ‘Si on organisait une journée sur la culture numérique, quel atelier je voudrais animer ?’
  3. L’organisation des ateliers à partir des propositions. Nous avons organisé deux rotations de 45 minutes chacune avec 4 ateliers par rotation.
  4. La synthèse pour profiter des réflexions et échanges de chaque groupe.

2 – Les contenus des échanges

Voici quelques notes, prises à la volée lors du temps de synthèse, réorganisées par thématique. On constate que la question très ouverte posée au départ a offert la possibilité de partir dans plusieurs directions.

Des sujets liés aux technologies …

Les Tuyaux

C’est un sujet important pour ôter la magie d’internet et expliquer concrètement commet ça fonctionne. On ressent un fort besoin d’acculturation des élèves et des enseignants. Il paraît important de partir de situation réelles : que se passe t-il lorsque j’allume mon téléphone ? comment Google fait pour m’envoyer une réponse avec 1 millions de résultats ? il semble nécessaire d’outiller les enseignants sur ce sujet que ce soit par des fiches de vulgarisation (sans termes abscons) ou des kits d’activités à réaliser avec les élèves.

…qui ont un impact sur …

L’identité numérique

C’est une grosse problématique à aborder avec les enseignants et les élèves : que puis-je gérer mon identité numérique ? Il paraît important d’aborder des questions légales à ce sujet.

L’impact environnemental des technologies

Quelles pratiques raisonnées limitent l’impact environnemental de l’usage des technologies ? Existe-t-il un guide de bonnes pratiques professionnelles pour la communication ?

Les méthodes de management très descendante, imposent le besoin d’être informé de tout en temps réel, ce qui provoque une masse d’échanges. Est-ce pertinent ? Peut-on faire autrement ? Quels codes de communication pourrait-on adopter ? Chaque communauté a ses codes, chaque outil aussi …

Les questions écologiques sont-elles intégrées aux choix des acheteurs de matériels ? Comment répondons-nous  aux approches commerciales, à l’obsolescence programmée ? Les ressources et logiciels libres sont-ils des solutions ?

Une pratique responsable repérée : privilégier l’usage des favoris plutôt que refaire perpétuellement les mêmes recherches.

… et induisent des pratiques et usages

Art et numérique

Trois entrées ont été repérées pour aborder le lien entre art et ‘numérique’ :

  1. Internet : une base de ressources ‘infinie’ ;
  2. Internet pour publier et diffuser les productions artistiques ;
  3. Les outils informatiques pour produire des œuvres (caméra, robots, enregistreurs, …)

Logiciels libres

Redéfinir ‘logiciel libre’. Pourquoi faire le choix du logiciel libre ? Pour donner une culture large et des habiletés transférables. Cette approche peut être pertinente pour répondre aux besoins de formation et de développement de compétences professionnelles.

Légitimité, place des élèves

La place de l’enseignant est questionnée : il n’est plus dans une position hiérarchique ‘verticale’ mais n’est pas non plus un pair comme un autre, complètement ‘horizontal’. Peut-on parler d’enseignant ‘oblique’ ou ‘diagonal’ ?

Comme le dit R. Enthoven (rapporté ici), “il y a une confusion entre l’égalité des droits et l’équivalence des compétences”.

Comment l’éducation nationale peut préparer les élèves à ces pratiques ?

2 pistes ont été proposées pour travailler ces différentes approches de la culture numérique : la pédagogie de projet et la collaboration. Voici les détails de ces propositions.

Pédagogie de projet

Cette approche redéfinit le rôle de l’enseignant, qui n’est plus ‘dispensateur de savoir’ mais doit travailler la gestion du temps et la répartition des rôles entre élèves. Il est alors essentiel de travailler en amont les repères à donner aux élèves pour qu’il puissent rentrer dans une démarche d’analyse (on n’apprend pas que par la mise en situation mais aussi en relisant ce qui s’est vécu, comme présenté ici).

De même, il est important de repérer les compétences à évaluer qui dépassent largement les domaines disciplinaires (compétences sociales) et les outils numériques qui peuvent faciliter cette organisation.

Collaboration

L’idée est de diffuser des exemples de pratiques et découverte d’outils qui peut s’appuyer sur une mise en place de pratiques collaboratives (comme par exemple l’atelier présenté ici). Il peut être intéressant de proposer (avant ou après) quelques exemples de pratiques existantes  à critiquer (de façon constructive) pour obliger chaque participant à analyser la pratique et voir comment se l’approprier.

La question des outils informatiques (matériels, logiciels, services en lignes) doit être analyser en amont de la démarche pour préciser les besoins et choisir en fonction des usages visés.

Cette approche pédagogique peut avoir, par les changements de posture qu’il induit,  un impact sur le climat scolaire.

3 – Conclusion

Ce barcamp nous a beaucoup plu. A la fin de la journée, il nous a semblé que les sujets abordés étaient difficilement exploitables directement. Il s’avère en fait que nous allons proposer un atelier sur les tuyaux lors des prochaines rencontres du numériques en avril. Comme quoi, ces temps d’échanges, de brassage et de formalisation sont des moteurs efficaces pour aller de l’avant.

A suivre …

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Culture numérique : contours et enjeux

Nous avons publié quelques articles autour de la culture numérique et nous pouvons maintenant commencer à présenter le fruit de nos réflexions de façon un peu plus structurée…

1 – Vous avez dit culture ?

On peut envisager le mot “culture” selon deux sens complémentaires. D’un côté, la culture regroupe tout ce qui touche au patrimoine, que ce soit les arts, les langues, les traditions, les sciences… Et de l’autre, la culture correspond à nos modes de vies, nos usages. On parlera par exemple de la culture jeune qui intègre le langage et le vocabulaire utilisé, la mode vestimentaire, les rites gestuels, les loisirs privilégiés, etc. Mais on peut aussi bien parler de la culture d’une entreprise pour regrouper les valeurs portées, les habitudes de travail, les modes de relations, les règles de vie, …

2 – Comment les outils informatiques impactent-ils notre culture ?

Toutes les données peuvent se retrouver dans un format numérisé ‘homogène’. Que ce soient des textes, des vidéos, des relations, des événements d’un agenda, des opérations bancaires ou des localisations, nous pouvons les coder en une succession de 1 et de 0. Ce format générique permet d’y accéder n’importe quand et n’importe où, mais aussi de générer des critères pour caractériser et quantifier ces données numérisées. On peut ainsi chercher à savoir combien… ? à quelle fréquence… ? quand… ? où… ? Autant d’informations complémentaires qui caractérisent notre utilisation de ces outils et de ces données.

D’un autre côté, ces outils transforment radicalement nos modes de communication et notre relation aux autres. Nous pouvons, à tout moment, entrer en relation avec nos ‘amis’, même les plus éloignés géographiquement, de façon synchrone ou asynchrone, par message textuel audio ou vidéo. Cette opportunité révolutionne le concept de proximité géographique en introduisant une possibilité d’ubiquité qui est “la possibilité d’être à la fois simultanément présent ici et ailleurs” (cf. Retour sur la notion de proximité géographique de A. Torre) sans développer systématiquement des interactions avec nos voisins géographiques (notion de mobilisation des potentialités de la proximité géographique).

 

 

3 – L’image d’un monde idéal

Ces outils informatiques nous donnent l’impression que tout est facile, tout est accessible en un clic ! On peut consommer et trouver n’importe quel objet, en choisissant la taille, la couleur, le délai de livraison, le mode de paiement, … Il en va de même pour la consommation d’informations. Enfin, la participation et l’expression personnelle dans l’agora d’internet est facile : on like, on partage, on diffuse, … presque sans s’en rendre compte.

 

 

Pour compléter cette vision, l’accès à toutes ces ressources (que ce soient des informations, des services ou des personnes) nous permet de travailler de façon plus efficace : on peut collaborer à de nombreux projets, qu’ils soient personnels ou professionnels sans forcément connaître tous les acteurs impliqués. Wikipédia en est l’exemple emblématique. “Pris individuellement, les wikipédiens sont bien moins savants que les savants, mais en s’imposant à chacun de demander aux autres s’ils ont vérifié, sourcé, équilibré, etc., leurs productions, bref, en veillant à ce que les autres aient fait l’effort de découvrir, et ceci, sans jamais interroger le savoir de ceux qu’ils pressent de chercher, ils font advenir une forme de production de connaissance plus solide que celle des savants” (Dominique Cardon et Julien Levrel, Réseaux 2009/2, La vigilance participative. Une interprétation de la gouvernance de wikipedia).

Enfin, nous avons une vision d’un monde équitable. L’accès aux informations est ouverte à tous, sans discrimination. Le web 2.0 a offert à chaque internaute un espace d’expression avec une portée potentiellement mondiale. Chacun a la possibilité d’émettre son point de vue et d’afficher ses convictions librement. Cette légitimité à s’exprimer déborde de l’espace en ligne et influe sur les relations interpersonnelles dans le quotidien, que ce soit en famille ou dans le contexte professionnel, pour ne prendre que ces deux exemples.

 

 

4 – Une lourde responsabilité sur les épaules de chaque utilisateur

Dans ce monde d’apparence facile, efficace et équitable, tout n’est pas si rose. Il incombe à chaque utilisateur d’avoir conscience de l’impact de chacun de ses actes et cela nécessite des efforts non-négligeables qui se répartissent dans trois grandes directions. Le premier effort se situe au niveau des informations que nous recevons. Nous sommes tenus de les filtrer, les traiter, les croiser, les comparer, vérifier les sources pour les comprendre et les analyser. Ce travail ne cherche pas la vérité mais une vision nuancée et équilibrée, intégrant les différents points de vues.

 

 

Le deuxième effort à fournir se rapporte à la mise en place réelle d’une démarche collaborative et consiste à s’engager ‘en aveugle’. Il faut en effet commencer par donner, sans savoir si un retour arrivera et persévérer pour que le collaboration se diffuse au sein d’un collectif. Afin de soutenir cette persévérance, un regard bienveillant sur l’erreur est essentiel : l’erreur n’est pas une faute mais une étape normale du processus d’apprentissage. Tous ces éléments correspondent à un changement de mentalité et représentent un effort réel.

 

 

Enfin, il nous faut prendre conscience de l’impact de nos choix, en prenant en compte leur aspect éthique, social, écologique, … (et on peut allonger la liste). Cela commence par la maîtrise de ses données personnelles et se prolonge rapidement par le choix des outils que l’on utilise. Tous ces choix ne peuvent être qu’un compromis entre le coût financier, l’aspect social et écologique, l’ergonomie, la maîtrise des données traitées, la fiabilité, …

 

 

 

Tous ces éléments nous imposent de toujours chercher l’équilibre entre l’idéal que l’on nous propose et l’effort à fournir pour en avoir un usage raisonné. Nous avons les épaules bien chargées et la responsabilité d’initier nos élèves, mais aussi nos proches à toutes ces évolutions. C’est un vaste programme et un enjeu critique … Un beau défi !

 

 

 

PS : Pour ceux que ça intéresse, voici le lien vers le diaporama utilisé

 

 

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