Apprendre à collaborer, collaborer pour apprendre

Quel est l’intérêt de la collaboration dans une formation ? Se limite-t-il à une production plus pertinente que la somme de productions personnelles ou peut-on trouver d’autres richesses à faire collaborer nos étudiants ? En s’appuyant sur l’exemple du mélange des couleurs, voici une brève présentation de la pertinence de la collaboration dans une formation. 

Expanded palette CC by Sultry

J’étais la semaine dernière à Nantes pour présenter notre approche pédagogique au colloque de l’association promosciences. L’animation d’un atelier a été pour moi l’occasion de chercher à imager quelques aspects de la collaboration. Voici aujourd’hui un premier billet pour présenter ces images… Pour lancer le sujet, j’avais essayé de chercher une image simple de la collaboration. Très vite l’idée du mélange de couleurs en peinture s’est imposée. Mais, ça n’est qu’une image, et elle a ses limites. Il me semble pertinent de présenter la justification de l’image mais aussi ses limites, afin de justifier l’intérêt de mettre, à l’occasion, nos étudiants en situation de collaboration (et des occasions, il peut y en avoir beaucoup…).

Dans une première approche, effectivement, le mélange de couleurs est une bonne approche de la collaboration : elle permet de mettre en avant l’idée que chacun, seul, nous avons nos possibilités mais aussi nos limites et que si l’on travaille ensemble, on peut créer du neuf que nous n’aurions jamais pu réaliser seul (une nouvelle couleur, en l’occurrence). Ainsi, l’image est parlante quand on cherche à présenter la collaboration en insistant sur l’intérêt du produit fini qui peut en ressortir : il peut être plus riche que la compilation de productions personnelles. Cette justification de la collaboration par le produit fini est une bonne raison pour développer chez les étudiants l’aptitude à la collaboration : c’est l’aspect « Apprendre à collaborer ».

Maintenant, il me semble que ça n’est pas le seul intérêt de la collaboration. En effet, la collaboration est l’occasion de confronter des points de vue, d’écouter, de partager, d’argumenter, de chercher un compromis, … Toutes ces activités sont des opportunités d’évolution et d’apprentissage pour les participants. On arrive là à la limite de l’image : on n’a jamais vu un jaune, si beau soit-il, évoluer, changer, se renforcer, s’épanouir, sous prétexte qu’on a décidé de le mélanger à un bleu pour créer du vert. Cette dimension de la collaboration comme vecteur d’apprentissage me paraît très pertinente et la limite de l’image permet de bien mettre en avant la richesse du processus. En effet, de ce point de vue, ça n’est plus la production qui est visée mais le processus mis en œuvre : « Collaborer pour apprendre ».

Pour exploiter ce double intérêt de la collaboration dans nos formations, il faut, me semble-t-il, passer d’une logique d’enseignement à une logique d’apprentissage en s’appuyant sur les principes suivants :

  • Nous sommes plus intéressés par ce que nos étudiants apprennent que par ce qu’ils produisent. La production directe de la collaboration n’est qu’un artefact, signe d’une partie limitée de leurs apprentissages.
  • La mise en situation de collaboration (ou de travail en groupe en général) doit être suivie d’un temps de relecture pour aborder les situations rencontrées (blocages, conflits, investissement inégal, satisfactions ou insatisfactions, apprentissages, … ) et les mécanismes mis en œuvre ou que l’on pourrait mettre en œuvre. A ce sujet, Marc Nagels présentait lors de ce colloque que l’on apprend dans le projet (dans l’action) et par le projet (relecture à postériori), nous sommes donc bien sur la même longueur d’onde.
  • Une telle approche impose de clarifier les objectifs visés par nos cours. Il en découle directement qu’il faut expliciter ce que l’on souhaite évaluer et comment l’évaluer.
  • Pour impliquer les étudiants et les motiver, il est indispensable de les rendre ‘partenaires’ de la formation en leur présentant les objectifs, les démarches et les critères d’évaluation.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Quelle place donnez-vous à la collaboration dans vos formation ? Que recherchez-vous quand vous demandez à vos étudiants de travailler en groupe ? Comment l’évaluez-vous ?

7 Réponses to “Apprendre à collaborer, collaborer pour apprendre”

  1. Jacques Rodet Says:

    Bonjour,

    Bravo pour ce billet. J’aime bien l’image des couleurs. J’utilise celle d’une cordée que l’on forme pour atteindre le sommet d’une montagne.

    La collaboration n’étant pas innée, surtout dans notre culture latine, il me semble indispensable d’aider les apprenants à collaborer. J’ai traité de ce thème dans le billet accessible ici : http://blogdetad.blogspot.fr/2009/04/aider-les-apprenants-collaborer-par.html

    Cordialement,
    Jacques Rodet

    • jackdub Says:

      Merci pour ce commentaire encourageant. L’image des couleurs me semble parlante car elle ne fait pas intervenir l’humain et permet donc de mettre en avant (par son impossibilité) la deuxième dimension présentée ici qui est l’enrichissement personnel et l’apprentissage au cours de la collaboration. Merci aussi pour le lien.
      Bonne continuation,
      un autre Jacques.

  2. Apprendre à collaborer, collaborer pour apprendre | Veille CDI et profs docs | Scoop.it Says:

    […] background-position: 50% 0px; background-color:#222222; background-repeat : no-repeat; } prodageo.wordpress.com (via @jackdub) – Today, 3:06 […]

  3. Apprendre à collaborer, collaborer pour apprendre | Pratiques collaboratives et coopération | Scoop.it Says:

    […] Quel est l’intérêt de la collaboration dans une formation ? Se limite-t-il à une production plus pertinente que la somme de productions personnelles ou peut-on trouver d’autres richesses à faire collaborer nos étudiants ? En s’appuyant sur l’exemple du mélange des couleurs, voici une brève présentation de la pertinence de la collaboration dans une formation.   […]

  4. Evaluer la collaboration : qui évalue quoi ? « Prodageo Says:

    […] deux intérêts (plus développés ici) devront se retrouver dans l’évaluation de la collaboration […]

  5. Marc Nagels Says:

    Bravo pour cet article inspirant et coloré ! Je partage en effet vos points de vue.
    Puis-je en profiter pour décaler une peu la question ? Collaborer pour apprendre me parait nécessaire mais quelles sont les conditions pour apprendre « collectivement » ? On peut collaborer pour apprendre individuellement, n’est-ce-pas ? Je me suis risqué à quelques lignes sur le sujet : http://goo.gl/ouv3H
    À une prochaine rencontre, qui sait ?
    Marc Nagels

    • jackdub Says:

      Bonjour et merci pour ce commentaire enthousiaste ! J’ai lu votre article qui est effectivement pertinent et cadre bien le sujet. A bientôt, sans doute …


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