Quand on compare un MOOC à un restaurant

On a tendance à décrier les MOOC pour leur taux très élevé d’abandon mais à partir du moment où la formation est ouverte, on donne le droit à chacun de s’inscrire, même si c’est juste pour voir !

J’ai déjà comparé un MOOC à plusieurs types d’événements, que ce soit un voyage, une fête des voisins ou une conférence. Je vous propose aujourd’hui de le comparer à un restaurant pour préciser et illustrer des éléments relatifs à la motivation des participants. Bon appétit !

1 – Le menu324px-Menu_des_années_1940

Les restaurateurs savent bien que le menu gastronomique n’est pas adapté à tous les clients, c’est pour cela qu’ils proposent plusieurs versions, et vont même parfois jusqu’à la formule ou au plat du jour. Si on compare avec un MOOC, Quelle formule ou plat du jour proposent-ils ?

Le MOOC Gestion de projet est bien dans cette logique en proposant plusieurs niveaux de certification qui correspondent à différents niveaux d’implication des participants, mais c’est un des rares dispositifs à rentrer dans cette logique, c’est peut-être une piste à creuser …

2 – Le coût

Une des caractéristiques d’un restaurant est le coût du repas que l’on mesure en euros. Pour un MOOC (comme pour tout apprentissage), le coût n’est pas financier, mais il se mesure en efforts réalisés et en temps passé : c’est bien là que chaque participant paie la facture ! On imagine bien que quelqu’un ne soit pas prêt à payer le prix fort pour découvrir un restaurant et préfère aller y boire une bière ou un café, juste pour voir comment ça se passe, le cadre, le service fourni, etc… Pour un MOOC, c’est exactement pareil : on peut ne pas être prêt à fournir beaucoup d’efforts et y consacrer le temps nécessaire mais juste avoir envie de voir comment ça se passe, sentir l’ambiance, peut-être y apercevoir une célébrité !

3 – La motivation

Il est important de savoir pourquoi les clients viennent : par faim, gourmandise, curiosité, … ? La question se pose de la même façon pour un MOOC : quelles peuvent être les différentes motivations. L’article d’Annie Jézégou rappelle différentes formes de motivation :

  • le plaisir : plaisir d’apprendre, de la relation sociale, des échanges, …
  • les valeurs ou convictions présentées ou défendues par la formation,
  • l’avantage identifié qui découle de la formation,
  • la contrainte.

Il pourrait être intéressant de demander ses motivations à chaque participant qui s’inscrit à un MOOC. Est-ce : par plaisir ? par rapport à ses convictions relatives au sujet abordé ? pour en tirer un avantage identifié ? par nécessité (pour ne pas dire par contrainte) ? ou juste pour voir ? Cette clarification permettrait de repérer les ‘vrai’ décrocheurs (ceux qui avaient une motivation identifiée et qui ne sont pas allé jusqu’au bout de la formation) et les ‘raccrochés’, qui venaient pour voir et finalement se sont laissés prendre au jeu et ont participé jusqu’au bout.

Cette clarification me semble intéressante, et je serai curieux de savoir si cela vous est déjà arrivé de vous inscrire à un MOOC pour voir et d’y rester finalement jusqu’à la fermeture …

Crédit photo : Menu de déjeuner du mardi 11 avril 1944 – domaine public

Réflexions sur les badges

Que peuvent apporter les badges ouverts à notre système éducatif ? J’ai récemment visionné un atelier proposé par la VTE (Vitrine Technologie Education) sur les badges. Un point me semble particulièrement intéressant à mettre en avant : ces badges permettent d’afficher une marque de reconnaissance.

1 – Qu’est-ce qu’un badge ?

Un badge est une forme de ‘médaille’ numérique. Il  centralise en un même espace ‘dans le cloud’ toutes les caractéristiques de cette médaille afin de faciliter son utilisation par chacun, qu’il soit émetteur ou destinataire du badge. Ces caractéristiques sont enregistrées sous forme de métadonnées : émetteur, attributaire, critères de délivrance, durée de validité, preuves, …

On peut envisager plusieurs sortes de badges :

  • Des badges de compétences, qui valident la maîtrise d’un savoir-faire, quel qu’il soit.
  • Des badges de participation, qui attestent de la participation du détenteur à un projet particulier. On pourrait imaginer un badge ‘LGV Tours-Bordeaux’ qui serait délivré à toutes les personnes ayant participé au chantier.

 Ces deuxièmes badges peuvent apporter des précisions sur des contextes professionnels où se sont épanouies les compétences attestées par les premiers. Le développement de ces deux types de  badges permettrait de se construire un CV argumenté et contextualisé à partir d’une collection de badges.

2 – Quelle place pour ces badges dans une formation ?

Il est évident que les badges ne doivent pas se substituer aux évaluations traditionnelles. Ils peuvent cependant apporter une plus-value dans certains contextes. Ainsi, ils pourraient permettre de reconnaître des compétences ou des qualités rarement évaluées : persévérance, partage de savoir et/ou savoir-faire, développement de méthodes de travail, autant d’éléments que l’institution peine à valoriser. Pourquoi ne pas utiliser aussi des badges pour motiver et stimuler les élèves (ou étudiants) ?

Si l’on creuse un peu le sujet, on se pose rapidement la question de savoir ‘qui peut attribuer un badge ?’ Si l’institution peut créer le cadre pour ces badges, il peut être intéressant d’envisager tous les cas de figure :

  • Le badge attribué par l’enseignant : cela peut être adapté pour attester la participation à un projet particulier ou pour reconnaître une compétence particulière. L’idée serait alors d’aider l’apprenant à prendre conscience qu’il évolue, progresse en lui fournissant un indicateur.
  • Le badge attribué par les pairs : typiquement, cela se conçoit bien pour les compétences d’aide entre pairs. Cela donne du sens quand ce sont les pairs qui reconnaissent que vous les avez aidé, débloqué, et qu’ils ont progressé grâce à vous.
  • Le badge auto-attribué : Il peut être intéressant de laisser une place pour que chacun puisse renforcer son sentiment d’efficacité personnel (cf. Bandura).

Ces différents aspects rejoignent l’idée de fierté et de satisfaction que j’avais déjà abordée dans un précédent article sur la fierté que les étudiants tirent de leur travail. Cela donne des pistes sur des badges que l’on pourrait créer …

On peut ainsi envisager une utilisation des badges qui croise l’évaluation traditionnelle de nos formations. Les examens valident les contenus enseignés alors que les badges attestent de la contextualisation et de la mise en œuvre des compétences. Graphiquement, cela pourrait se représenter comme cela :

évaluation traditionnelle vs. badges

évaluation traditionnelle vs. badges

3 – Badgez-vous vous-même !

Pour voir un peu plus en profondeur comment cela fonctionne, j’ai suivi les conseils de François Jourde et créé mon premier badge ‘curieux des badges‘ sur achievery. L’idée est d’offrir à tous ceux qui le souhaitent la possibilité de s’auto-attribuer un badge. L’utilité de ce badge est de découvrir l’outil, pour moi du côté émetteur, et pour vous, du côté destinataire. Cela m’offre aussi la possibilité de mieux connaître mon lectorat (qui lit ? qui est assez motivé pour demander ce badge ? …)

Je vois un intérêt particulier pour ce type d’autobadge dans les MOOC. En effet, nombreux sont ceux qui évaluent l’efficacité d’un MOOC par rapport au nombre de participants qui sont allés jusqu’au bout du parcours. Il me semblerait plus judicieux de proposer à chaque participant une autoévaluation du MOOC dans son processus d’apprentissage tout au long de la vie en précisant ce que le MOOC lui a apporté : des connaissances, des compétences, des contacts avec des nouvelles personnes, … autant d’éléments qui participent à l’apprentissage et que chaque apprenant peut évaluer avec pertinence, non ? Il me semble que c’est une autre façon de voir l’évaluation de la réussite dans un MOOC qui peut avoir son intérêt.

Voici quelques remarques par rapport à ce premier badge :

  • Je n’ai pas encore trouvé comment faire un badge totalement auto-attribué. En fait, vous postulez au badge et je dois approuver (valider) votre demande. Ce fonctionnement me déçoit un peu, j’aurai bien aimé pouvoir offrir une solution vraiment auto-attribuée. Peut-être que quelqu’un me guidera vers la solution …
  • De même, je n’ai pas vu comment attribuer un badge à un groupe. Ce serait pourtant intéressant d’avoir un unique badge, accessible à tous les membres du groupe, qui rassemble les traces d’activité.
  • Enfin, j’aurai bien aimé aussi pouvoir proposer une échelle de badges, par exemple pour valoriser l’entraide entre pairs. On pourrait ainsi avoir par exemple le badge de bronze qui valide 2 aides effectives, le badge d’argent qui en valide 5 et le badge d’or qui en valide 10.

Comme vous pouvez le voir, je débute dans le domaine et suis ouvert à tous les conseils que chacun pourrait me prodiguer…Alors n’hésitez pas à réagir !

Charlie et son crayon

Plaidoyer pour défendre l’écriture manuscrite …

L’attentat contre Charlie Hebdo nous a offusqués et nous avons marqué notre indignation en brandissant un crayon.

Les_crayons

Mais que représente un crayon quand 45 états des Etats-Unis décident de faire disparaître l’écriture cursive du « tronc commun des connaissances requises » dans l’enseignement scolaire ?

Cette question m’a poussé à préciser ma position face à cette évolution

1 – Une substitution économique et radicale

Ruben Puentedura propose un modèle d’adoption des technologies qui passe par une première étape de « substitution ».

modèle SAMR de Ruben Puentedura

modèle SAMR de Ruben Puentedura

Cette étape s’entend dans une logique d’évolution pour aller vers des usages plus riches des outils numériques qui font évoluer les activités proposées et vont finalement les redéfinir complètement. Ca n’est pas cette logique qui est à la base de l’évolution aux Etats-Unis où les enseignants eu « des choix à faire sur ce qu’ils doivent enseigner dans un laps de temps limité » et c’est l’écriture manuscrite qui est passée à la trappe … Reste à voit si cela peut être une opportunité pour faire évoluer les activités proposées …

Je vous propose de voir l’impact de cet éradication sur le développement de plusieurs compétences.

2 – La créativité

Cette écriture manuscrite est pourtant un formidable outil de créativité !

Reconnais-toi (G. Apollinaire)

Reconnais-toi (G. Apollinaire)

Guillaume Apollinaire n’a pas attendu l’iPad pour créer ses calligrammes ! Et même si la technologie facilite grandement la création, l’usage et la diffusion de contenu multimédia, elle n’est pas ‘nativement’ source de créativité. Elle en devient un vecteur quand on l’utilise de façon réfléchie et choisie. La créativité est plus une affaire d’état d’esprit que d’outil : pourquoi s’interdire d’utiliser des outils simples et qui ont fait leurs preuves !

C’est d’ailleurs pour cette raison que les grands patrons de la Silicon Valley choisissent une école sans écran pour leurs enfants

3 – Les compétences calculatoires

Si l’on abandonne l’écriture cursive, il me paraît tout à fait logique de proposer d’utiliser l’outil numérique et les feuilles de calculs pour travailler les compétences calculatoires. On va donc aussi arrêter d’écrire les nombres et de poser les opérations. Cela risque, à terme, de remettre en cause les capacités de calcul des élèves : ils seront tenus de croire la machine sans aucun recul possible.  Et leur esprit critique risque aussi d’en prendre un certain coup, non ?

4 – Le potentiel de connexion

On nous dit qu’apprendre c’est créer des liens, associer avec ce que l’on sait déjà, accepter d’être bousculé quand cela ne rentre pas dans les cases et créer de nouvelles cases. Les mindmaps et concept maps sont des outils formidables mais il est bon aussi, dans certains domaines, de se construire ses propres schémas figuratifs, annotés et enrichis de commentaires. L’élèves pourra faire le dessin/schéma/croquis avec son crayon mais devra le scanner pour pouvoir l’enrichir et l’annoter ?

5 – La communication

Ça ne vous est jamais arrivé de glisser un petit mot sur votre pare-brise pour dire que votre voiture est en panne ? Comment s’organiser quand on ne sait qu’utiliser un clavier : on laisse son smartphone sur le pare-brise ou on utilise l’imprimante de la voiture ? A moins, bien sûr, que la voiture connectée n’intègre un écran d’informations pour les passants …

6 – L’affichage de soi

L’écriture manuscrite permet enfin d’afficher discrètement sa personnalité, son intimité. On peut faire passer beaucoup de non verbal par ce biais. C’est d’ailleurs, à mon avis, une des raisons pour lesquelles la majorité des textes de bandes-dessinées sont encore manuscrits. Une image me vient pour parler de cet aspect intime de l’écriture manuscrite :

Il n’y a pas si longtemps, quand on allait au concert, on n’oubliait pas son briquet pour l’allumer au bon moment ! La flamme est en effet un signe d’intimité et de chaleur. Elle est maintenant remplacée par le smartphone : son équivalent technologique ! Proposeriez-vous à votre conjoint un dîner romantique à la lueur de votre iPhone ? La fonction ‘éclairage’ est pourtant la même, non ?

Conclusion

Enfin, dans un monde où l’on parle empreinte carbone, peut-on raisonnablement préférer les TICE au duo papier/crayon ?

Plus j’y pense, plus je me dis qu’en décidant de ne plus apprendre l’écriture manuscrite, on est comme l’homme à qui l’on a coupé une jambe parce qu’il pouvait très bien tenir debout sur un seul pied … Il est tombé dès qu’il a voulu se déplacer …

Peut-être avez-vous d’autres arguments ou un autre point de vue, n’hésitez pas à les exposer ci-dessous !

Crédit iconographique :

Les crayons CC BY-SA Eric Walter

Reconnais-toi de Guillaume Apollinaire (domaine public)

Le Modèle SAMR par Sébastien WART

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Adaptive learning : présentation et enjeux

L’article de Philip Kerr (en anglais) présente un panorama complet de l’adaptive learning (apprentissage adaptatif) en partant des mécanismes mis en œuvre pour aller jusqu’aux enjeux sur l’éducation. Voici ma synthèse de cette ressource pertinente.

1 – Présentation de l’apprentissage adaptatif

Vous pouvez accéder en cliquant sur la carte ci-dessous à une synthèse de la partie ‘présentation’ de l’article qui regroupe les différents éléments présentés selon trois modèles : le modèle pédagogique, le modèle économique et le modèle de données construit et exploité.

adaptive learning

adaptive learning

Cette approche de l’enseignement induit quelques réflexions critiques, présentées dans l’article et que je partage.

2 – Le modèle est dicté par le marché

Ça n’est pas nouveau, c’était déjà recherché avec les MOOC, mais cela devient de plus en plus clair. On est loin de la philanthropie angélique prônée par les évangélistes des MOOC. L’idée est clairement de proposer un outil économique pour faire apprendre les étudiants. La solution proposée est considérée comme le meilleur compromis coût-accès-qualité.

On peut voir que des financeurs de premier rang soutiennent cette démarche (OMC, OCDE, fondation B&M Gates, etc…). Ces subventions, sans doute conséquentes, permettent de limiter l’impact de la R&D sur le coût global du produit et d’accélérer sa rentabilité.

3 – L’individualisation des parcours

L’apprentissage adaptatif peut effectivement être pertinent pour résoudre partiellement des problèmes d’hétérogénéité des classes. Cependant, ça n’est pas la seule solution. Anne Sliwka propose une autre vision dans son article From homogeneity to diversity in German education qui se résume dans le schéma ci-dessous :

homogénéité-hétérogénéité-diversitéJ’apprécie particulièrement cette approche, plus exigeante pour l’enseignant, mais qui ne vise plus une individualisation mais une personnalisation du parcours (cf. l’individu, la personne et le MOOC).

4 – L’enseignant est tenu d’évoluer

On le disait déjà avec les MOOC (et même avant), on le redit encore ici… Mais cela semble de plus en plus inévitable. L’apprentissage adaptatif est sûrement un bon outil pour tout ce qui tient de la mémorisation de savoirs et de ‘gestes élémentaires’ (par exemple pour la prise en main de logiciels). Mais si tout le contenu est ainsi proposé en ligne, le cours en face à face doit évoluer pour être un espace de manipulation, d’intégration et de développement de compétences.

Marcel Lebrun ne disait pas autre chose en 2009 : si l’enseignant a peur de disparaître face au numérique, il a sans doute raison … s’il n’apporte pas une plus-value significative de questionnement, de validation, de sens (à la fois orientation et signification) pour les étudiants.

Cette évolution nécessaire doit être intégrée rapidement pour accompagner et former les enseignants à ces démarches et éviter qu’ils ne soient déqualifiés. Ce travail a aussi un coût qu’il va falloir prendre en compte (et pour l’instant, les financeurs de la R&D cités ci-dessus ne se sont pas positionnés pour cette dépense).

5 – Quel modèle d’enseignement-apprentissage voulons-nous ?

L’apprentissage adaptatif propose l’accumulation d’un savoir atomisé et vise une tête bien pleine. Cette approche ne semble pas suffisante. L’enseignement doit surtout développer des compétences de haut niveau : apprendre à apprendre, esprit critique,  créativité, travail en équipe/collaboration, …

Encore une fois, il ne faut pas croire que la technologie (MOOC, apprentissage adaptatif ou autre) sera LA solution magique a tous les problèmes. Par contre, son usage raisonné dans une démarche construite peut offrir des contextes d’enseignement riches et tout à fait pertinent.

De même, une base de la pédagogie est de proposer des activités variées : ne nous limitons donc pas à la solution ‘buzz’ du moment.

Conclusion en forme de vœux

Il est temps que les acteurs de l’éducation, à tous les niveaux, se réveillent et redéfinissent notre modèle éducatif si l’on ne veut pas subir demain un modèle dicté par le marché globalisé et des groupes étrangers : le français étant une des langues les plus parlées du monde, des éditeurs vont sans doute vite proposer des outils pour la francophonie et donc interférer sur notre modèle éducatif national…

Je vous souhaite donc une belle année 2015, année du réveil pour construire ensemble un modèle éducatif qui ne se limitera pas à l’aspect pédagogique mais intégrera aussi l’aspect économique…

Pédagogie ouverte et triangle de Houssaye

J’ai cherché à voir quels liens on pouvait trouver entre la pédagogie ouverte et le triangle de Houssaye. Il me semble que l’on peut placer les sommet de l’un entre les lobes de l’autre. L’enseignant se retrouve ainsi entre transparence et la participation, l’étudiant entre la participation et la coopération et le savoir entre la coopération et la transparence. Voyons ce que cela implique sur les différents processus définis par Houssaye.

pédagogie ouverte et triangle de Housaye

pédagogie ouverte et triangle de Housaye

1 – Enseigner

Ce processus  est associé à la transparence de la pédagogie ouverte. Le savoir étant déjà distribué et accessible sur internet, il paraît caduque de poser une quelconque licence sur ses productions pédagogiques, il est ainsi préférable de partager avec la communauté dans une dynamique d’amélioration continue. De même, pourquoi ne pas utiliser toutes ces ressources accessibles (par exemple des vidéos) pour enseigner. Mais si tout est disponible, quel est l’objectif de l’acte d’enseigner ? aider l’étudiant à s’approprier des connaissances, à faire des liens entre ces nouveaux apprentissages et ce qu’il connaît déjà (d’où l’intérêt de faire construire des cartes mentales ou des cartes de concepts) et comprendre les différents processus mis en œuvre pour apprendre (d’où l’importance de l’analyse réflexive).

2 – Former

La relation entre l’enseignant et les apprenants est ici très axées dans une dimension ‘participative’ qui est un des axes essentiels de développement de nos sociétés : communautés de pratiques, d’apprentissage, démocratie participative, wirearchie, … autant de concepts qui se développent et auxquels il faut sensibiliser et former nos étudiants/élèves/apprenants pour qu’ils soient de véritables acteurs de la société. C’est pour cela qu’il me semble essentiel de leur laisser des choix qu’ils doivent apprendre à assumer, leur proposer de participer, dans une certaine mesure, à la construction de la formation par exemple en évaluant la formation ‘en continu’. L’objectif est ainsi d’éveiller les citoyens

3 – Apprendre

Cette association du processus apprendre avec la coopération est critiquable parce que restrictif. Cependant, la Coopération/Collaboration se retrouve en tête de nombreux référentiels de compétences à maîtriser au XXIème siècle accompagnée par la Créativité, la Communication et l’esprit Critique (pour former les 4C). Le développement de toutes ces compétences de haut niveau dépend des activités proposées et des productions attendues. Ainsi, les élèves du collège de Staël a Paris ont pu travailler toutes ces compétences lors d’un projet artistique autour du lycée idéal, avec la réalisation d’une œuvre, l’animation d’un blog, la réalisation d’un film et la communication autour de ce projet.

4 – Prise de recul

L’approche collaborative induit l’adjonction d’un nouveau pôle au triangle d’origine : le groupe, ce qui permet de construire un tétraèdre. On entre alors dans une oscillation entre deux pôles : apprendre à collaborer et collaborer pour apprendre. Ce contexte collaboratif est ainsi un terreau fertile pour développer les compétences transversales (comme présenté ici).

Le triangle de Houssaye a été critiqué par son manque de contextualisation, la pédagogie ouverte offre la possibilité d’instancier (d’incarner ?) ce modèle dans notre monde du XXIème siècle où Internet est omniprésent et où l’on forme à des métiers qui n’existent pas encore …

On peut essayer de résumer ce schéma en prônant un enseignement transparent pour des formations participatives, structurées autour d’apprentissages collaboratifs.

Peut-être avez-vous des réactions ou des critiques relatives à ces réflexions, n’hésitez pas à vous manifester : c’est ensemble que nous progresserons …

Apprendre à l’heure d’Internet

Quel impact a le déferlement Internet et des technologies sur notre façon d’apprendre ? Il me semble que cela modifie au moins 3 aspects fondamentaux  : notre relation au savoir, ce qu’il faut apprendre et notre rapport à l’effort nécessaire pour apprendre.

1 – Internet change la relation au savoir

Internet transforme l’économie de la connaissance (et des biens immatériels en général, comme le présente si bien Serge Soudoplatoff) en passant d’un modèle basé sur la rareté (le maître détient un savoir) à un modèle basé sur l’abondance (la connaissance est déjà distribuée et accessible). Les organismes de formation (initiale ou continue) doivent s’adapter à ce nouveau modèle où le cœur de métier passe de « l’enseignant qui dispense » à « l’élève qui apprend ». Cette évolution du contexte nécessite ainsi une remise en question profonde de l’organisation et des objectifs de la Formation : « Que doit apprendre l’élève ? Comment l’aider dans ses apprentissages ? Comment structurer la formation ? etc… » puisque « tout est déjà transmis », comme le dit Michel Serres dans son discours Eduquer au XXIe Siècle.

2 – Apprendre = mémoriser ?

L’évolution des technologies nous permet de déléguer notre mémoire à la machine. Si cela peut être pratique pour des informations qui n’ont pas de sens en elles-même (numéro de téléphone, adresse IP, …), il me semble que cela pose un problème pour toutes les informations qui ont du sens. En effet, on est de plus en plus conscient qu’apprendre à l’heure d’Internet correspond à deux actions complémentaires :

  • reconstruire la connaissance qui est éparse,
  • créer des liens entre des concepts plus ou moins proches.

Ce travail ne peut se faire sans mémoriser les éléments essentiels de chaque notion pour pouvoir les ressortir, sur commande, en cas de besoin : on ne pourra jamais créer des liens avec quoi que ce soit, si on a la tête vide … Cet aspect est déjà abordé de façon plus approfondie ici.

3 – Apprendre en faisant

Ainsi, apprendre consiste donc à mémoriser mais cela ne suffit pas ! Le plus important n’est pas ce que l’on sait, mais ce que l’on sait faire avec ce que l’on sait. A un moment, il faut passer au stade de la compétence qui consiste à savoir mobiliser des ressources (humaines, temporelles, cognitives, …) pour aboutir à une réalisation. Et cela ne peut se travailler que dans l’action ! C’est la base du « learning by doing » mis en avant par Michel Briand dans son intervention à ITyPA 3.

4 – L’évolution du public

Un autre paramètre à prendre en compte dans une formation est l’évolution du public. J’avais présenté différentes motivations possibles pour apprendre (visant l’élitisme, l’intérêt structurant ou l’épanouissement personnel). Force est de constater que c’est toujours vrai et que l’émergence des MOOC favorise encore plus cet engament ‘de plus ou moins loin’ dans la formation : j’y vais pour voir, sans aucune contrainte. Cet aspect très individuel, avec un certain refus des contraintes risque de limiter l’implication des participants. Or la recherche nous rappelle que l’apprentissage nécessite du temps et des efforts ; ça ne peut pas tomber tout cuit !

10 constats clés de la recherche sur l'apprentissage, à partir du travail de jean Heutte : http://jean.heutte.free.fr/spip.php?article192

10 constats clés de la recherche sur l’apprentissage, à partir du travail de jean Heutte : http://jean.heutte.free.fr/spip.php?article192

Même si nous sommes dans un monde où tout doit être immédiat, il ne faudrait pas que, pour ‘vendre’ des MOOC (ou toute autre formation), on donne l’illusion que l’apprentissage devient facile, instantané et accessible sans effort.

Vous tous qui suivez (ou avez suivi) une formation récemment, que vous l’ayez fini ou non, votre avis est intéressant : n’hésitez pas à vous exprimer et réagir à ces idées, on a tout à gagner à écouter les différents avis !

Evaluer un dispositif de formation

Une organisation qui envoie une personne en formation en attend une réelle plus-value. Cependant, cette plus-value ne peut être atteinte que si la formation répond bien au besoin de l’entreprise. C’est souvent au moment de la définition de ce besoin que le bât blesse. Pour comprendre à quel moment doivent être définies les attentes et les indicateurs d’évaluation, il m’a semblé intéressant de reprendre un outil répandu en gestion de projet logiciel : le cylce en V, qui permet de découper les étapes d’un développement logiciel.

1 – Le cycle en V

C’est un outil de gestion de projet qui a le mérite de bien clarifier les différentes étapes de réalisation. Il est cependant, et à juste titre, décrié car s’il présente un intérêt théorique pour conceptualiser l’organisation d’un projet, il ne colle pas à la réalité du terrain où le découpage fonctionnel ne peut pas coller à la planification temporelle. Ainsi, des méthodes agiles (par exemple scrum ou lean), itératives et permettant de chercher une amélioration continue du process ou produit, lui sont de plus en plus préférées.

Il est ainsi essentiel de garder en tête cette limite du modèle. Je l’utilise ici pour  sa clarté dans la présentation des étapes et la cohérence cherchée entre le besoin repéré, l’objectif visé, la méthode utilisée pour l’atteindre et son ‘évaluation. On retrouve l‘alignement constructiviste !

Cycle en V d'un dispositif

2 – Lecture du schéma

A chaque étape de la partie gauche (descendante) correspond une évaluation dans la partie droite (ascendante). L’axe horizontal représente le temps ; d’un point de vue chronologique, on commence donc par ce qui est le plus à gauche pour finir par réaliser ce qui est le plus à droite. Cependant, sur une même ligne, les modes et critères d’évaluation sont définis à partir des besoins, en même temps que la méthode de réalisation (qui correspond aux niveaux inférieurs du schéma).

Dit autrement, les étapes de plus haut niveau permettent de préciser les besoins et attentes qui se concrétiseront dans les étapes de niveau inférieur. Ainsi, les besoins stratégiques précisent les impacts économiques, sociétaux, environnementaux, (ou autres …) attendus et les indicateurs qui seront utilisés pour évalué le ROI (retour sur investissement) ou le ROE (retour sur les attentes) de la formation (Vous pouvez lire à ce sujet l’article de Michel Diaz qui présente bien la différence entre ces deux évaluations).

L’évaluation des apprentissages est présentée en-dehors de la formation car elle est définie en amont de la formation. Il est cependant bien sûr possible de réaliser cette évaluation au cours de la formation.

On retrouve bien dans ce schéma les différents niveaux d’évaluation définis par Kirkpatrick (et enrichis pas Philips) sauf la réaction à chaud :

  • les apprentissages qui sont en lien avec le contenu de la formation,
  • les comportements (ou transferts) qui évaluent les compétences développées par les stagiaires,
  • les résultats qui permettent d’évaluer l’impact de la formation sur l’activité professionnelle du stagiaire,
  • le ROI ou le ROE pour mesurer l’impact de la formation sur l’organisation dans son ensemble.

3 – Limites du schéma

Plusieurs points me semblent essentiels à travailler spécifiquement.

La formation n’est pas toujours la solution pour résoudre le problème rencontré. En effet, d’autres facteurs peuvent influencer le travail d’une personne, que ce soit son environnement de travail, les personnes de son équipe, le management, l’organisation, etc… Il ne faut surtout pas tomber dans le travers : « la formation est la solution, mais quel est le problème ? »

 Le cycle en V correspond à un fonctionnement théorique idéal : on définit les besoin, on réalise la formation prévue sans aucune modification et on en évalue les résultats. La réalité est souvent autre ! Des paramètres vont imposer des ajustements : l’évolution du contexte économique, les facteurs humains, l’évolution d’outils et/ou des matériels utilisés, … Il me semble utopique de croire que l’on aura tout prévu et que l’on ne sera pas confronté à des adaptations nécessaires.

De nombreuses organisations utilisent une démarche comparable pour structurer leurs formations, que ce soit pour la définition de formations initiales diplômantes ou d’appels d’offre pour des formations d’adultes. Si cette démarche est contestée dans le contexte du développement logiciel, est-elle adaptée au développement de formations ? Une approche un peu plus souple, reprenant quelques principes des méthodes agiles, pourrait permettre de faire évoluer ‘en continu’ ces formations et être ainsi plus en phase avec les attentes des décideurs.

Ce schéma est sûrement imparfait, certains termes sont sans doute à préciser. N’hésitez pas à partager vos remarques ci-dessous …

Merci d’avance !

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