Évolution de ce blog

Les articles que je publie sur ce blog étant très en phase avec mes missions à la DANE de Dijon, nous avons décidé de publier mes nouveaux billets sur le site de la DANE et je ne ferai plus ici qu’une annonce de ces nouveautés. Ce site institutionnel étant sous licence CC NY SA, vous pourrez continuer à utiliser, partager, mixer comme vous le faites depuis quelques années. Voici donc ci-dessous les quelques billets déjà publiés.

Et voici l’illustration du dernier billet …

Bonne lecture et bel été !

Un forum ouvert ? Pourquoi pas !

On m’a récemment sollicité pour accompagner un organisme de formation pour l’organisation d’un forum ouvert. La proposition n’a pas été retenue mais comme la démarche me semble intéressante, je vous partage les éléments repérés.

1 – Un forum ouvert qu’est-ce que c’est ?

Le forum ouvert est un outil d’intelligence collective s’appuyant sur 4 principes :

  1. Les personnes qui se présentent sont les bonnes,
  2. Ce qui arrive est la seule chose qui pouvait arriver,
  3. Ça commence quand ça commence !
  4. Quand c’est fini, c’est fini !

A ces principes, s’ajoute une loi de mobilité : si je ne suis ni en train d’apprendre, ni de contribuer, je dois passer à autre chose !

Enfin, vous ne participerez pas à un forum ouvert sans entendre parler des animaux totems :

  • les papillons, qui prennent une pause ou réfléchissent,
  • les abeilles, qui butinent et font circuler les idées de groupe en groupe
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abeille et papillon

Si vous voulez avoir une idée de ce à quoi peut ressembler une telle rencontre, cette vidéo des Colibris est très explicite.

2 – Quel est l’intérêt d’un tel forum ouvert ?

Cet ensemble de règles et de principes définit un cadre de liberté pour faciliter l’émergence d’idées, que ce soit pour répondre à un problème donné ou proposer des idées de projets à développer.

 Le cadre impose des contraintes sur la forme de l’événement :

  • Les lois qui régissent le fonctionnement ;
  • Les horaires et l’enchaînement des différentes étapes du forum ;
  • Les lieux dédiés à chaque étape : la place des marchés, la salle des nouvelles, le grand journal ;
  • Les rôles particuliers : hôte, animateur/facilitateur, rapporteurs.

La liberté est laissée sur le fond des échanges :

  • Les participants s’inscrivent de façon volontaire ;
  • La définition de l’ordre du jour est réalisée par les participants ;
  • La répartition dans les ateliers est libre, en fonction des centres d’intérêts ou affinités ;
  • Le choix des idées approfondies est laissé à la communauté des participants.

Les fruits d’un tel événement sont plus nombreux que les idées qui émergent. En effet, le processus mis en œuvre permet de :

  • Développer le leadership des participants : esprit d’initiative, animation de groupe, écoute, collaboration, …
  • Générer une dynamique collaborative autour de projets fédérateurs ;
  • Engager les participants dans le devenir de leur organisme de formation.
  • Initier les participants aux deux étapes de l’innovation : la phase divergente avec l’émergence des idées qui s’appuie sur la créativité des participants et la phase convergente où l’on filtre les idées en s’appuyant sur leur esprit critique.

3 – La facilitation du forum : une mission plus large que le seul jour du forum

a) Avant le forum

Pour que le forum soit fluide et se déroule dans de bonnes conditions, il est important d’anticiper le plus possible tout son déroulement.

La partie logistique est bien détaillée dans différents guides, par exemple celui proposé par Colibris. L’animateur accompagne et coordonne le travail de l’équipe d’organisation pour assurer un déroulement fluide du forum : attribution des rôles, définition des emplacements, planification des étapes de la journée, …

Le contenu des échanges ne peut pas être défini, il est par contre important d’imaginer quelles idées pourraient émerger pour s’assurer que l’équipe de direction est prête à les soutenir. De plus, identifier ces possibilités en amont facilite l’animation, l’organisation des ateliers et permet une synthèse ‘en direct’ plus aisée.

b) Pendant le forum

Presque toute l’organisation logistique est présentée dans le document de Colibris. Il manque cependant la gestion du grand groupe, l’organisation temporelle et le calage des différents temps de la journée :

Comment passer des propositions d’atelier à un planning ?

L’anticipation des idées (comme ébauché ci-dessus) facilite la répartition des différentes propositions afin d’offrir, à chaque rotation, un panel d’ateliers le plus large possible.

Ce temps peut se réaliser en 15’ en commençant par classer les propositions par catégorie prédéfinie puis en les répartissant dans l’agenda, en faisant attention à ne pas mettre sur le même créneau horaire 2 propositions émanant de la même personne.

Selon le nombre de propositions et le matériel prévu, on peut envisager 2 ou 3 rotations d’ateliers.

Comment gérer les temps de synthèse dans la salle des nouvelles ? 

L’association Colibris propose des documents supports pour ce temps. Si les conditions sont biens réunies, on peut compter que le temps de synthèse peut se dérouler en 20’ entre l’entrée d’une personne en salle de synthèse et l’affichage de la fiche sur le grand journal.

Pendant ce temps, les autres participants profitent d’une pause pour échanger de façon informelle.

Il est très préférable qu’une personne ne soit rapporteur qu’une seule fois dans la journée.

Comment choisir les idées qui sont retenues pour être approfondies ?

Pour passer de la phase de divergence à celle de convergence, il faut sélectionner les projets qui seront spécifiquement étudiés. L’usage de gommettes apposées sur les synthèses d’atelier permet de voter rapidement et de façon ludique (reste à définir combien de gommettes sont données à chaque participant).

Une proposition d’organisation

Un agenda possible avec 3 rotations créatives pourrait s’organiser comme ci-dessous. Rien n’est figé et l’ensemble est à retravailler avec l’équipe organisatrice pour intégrer toutes les contraintes.

horaire organisation activité
9h30-10h Grand cercle Accueil de l’hôte (5’),
Présentation des principes par le facilitateur (5’),
Construction de l’ordre du jour (5’+ 15’ organisation des rotations)
10h-11h10 Ateliers 1ère rotation ‘divergence’
Échanges (45’)
Salle des nouvelles puis affichage (20’)
Battement (5’)
11h10-12h20 Ateliers 2ème rotation ‘divergence’
Échanges (45’)
Salle des nouvelles puis affichage (20’)
Battement (5’)
12h20-13h20  Repas
13h20-14h30 Ateliers 3ème rotation ‘divergence’
Échanges (45’)
Salle des nouvelles puis affichage (20’)
Battement (5’)
14h30-15h Grand cercle Présentation synthétique des ateliers
1’ par atelier : titre + 3 piliers (ou verbes d’action, à définir)
15h-15h10 Face au Grand journal Vote des participants pour les idées à approfondir (avec des gommettes par exemple)
15h10-16h20 Ateliers rotation ‘convergence’
Échanges (45’)
Salle des nouvelles puis affichage (20’)
Battement (5’)
16h20-16h40 Grand cercle Synthèse des ateliers
16h40-16h45 Grand cercle Sur quel(s) projet(s) serais-je prêt à m’investir ? (réponse personnelle sur papier, relevé tout de suite)
16h45-17h Grand cercle Cercle de clôture : impressions sur la journée (et les propositions qui en sont sorties) en un mot par chaque participant

c) Après le forum

Quelques projets auront été approfondis lors de la phase de convergence du forum ouvert ; cela ne veut pas dire que le travail est fini. Il est essentiel que la direction porte et accompagne ces projets qui auront éclos lors du forum.

D’autres projets n’auront pas été plus étudiés, cela ne veut pas dire qu’il faille les oublier. L’animateur, accompagné de l’équipe organisatrice, proposera une synthèse des échanges pour faire ressortir les ‘signaux faibles’ qui sont riches d’enseignement pour l’avenir et seront peut-être utiles pour les projets de demain (pistes de projets, ressources, contacts, partenaires, points de vigilance, …).

Ouf ! Voilà une bonne journée qui ne s’est jamais passée, mais qui m’a quand même beaucoup appris ! Et vous alors, maintenant, ça vous dit un forum ouvert ?

Crédit image : abeille et paillon CC0 https://pixabay.com/fr/fleur-du-soleil-abeilles-papillon-238852/

J’apprends quand …

Lors d’une formation avec des formateurs du premier degré sur la programmation et la robotique, il nous a semblé important de rappeler les situations qui génèrent/ facilitent l’apprentissage. Voici le diaporama présenté à cette occasion, n’hésitez pas à apporter votre contribution et proposer toute diapo supplémentaire si vous pensez qu’il en manque !

Les réseaux sociaux et leurs promesses

Alors que l’on nous parle continuellement des dangers d’internet et des réseaux sociaux, on m’a demandé d’intervenir sur « les promesses de relation et l’avenir enchanteur sur le web et les réseaux sociaux ». Cette approche cherchant à voir ce qui peut être riche et positif dans ces outils m’intéresse particulièrement. Voici les grandes lignes de ma réflexion à ce sujet.

1 – Au fait, c’est quoi un réseau social ?

Pour répondre précisément, je préfère laisser la parole à D. Cardon qui précise que les réseaux sociaux existent depuis toujours. On peut par contre préciser qu’il y a une spécificité des réseaux sociaux de l’Internet pour toutes les relations qui s’appuient sur les outils informatiques.

Un réseau social est avant tout un ensemble de personnes qui sont en relation. Cela peut prendre des formes très variées : des membres d’une famille aux adhérents d’un club sportif, des fumeurs d’un immeuble de bureaux aux parents d’élèves d’une école de quartier…

Internet apporte des éléments nouveaux à ces réseaux sociaux ; éléments qui sont liés à une nouvelle relation au temps et à l’espace. En effet, sur internet, on touche à la fois à l’éternité (où les documents déposés ne s’altèrent pas, sans jaunir ni récolter de poussière) et à l’immédiateté dans un ‘espace virtuel’ où la distance se résume à un décalage horaire.

2 – Moi et ma bande

La première promesse des réseaux sociaux numériques est surtout centrée sur moi : mes amis, leurs réactions par rapport à mes publications, leurs réponses à mes interrogations, … Ce n’est pas très étonnant qu’ils soient si utilisés par les adolescents qui sont en pleine construction de leur personnalité. On est dans un modèle ou chacun se voit au centre du monde avec tout son réseau qui gravite autour (d’où le titre, du paragraphe, très nombrilo-centré). Cela correspond à une transposition moderne de la vision des anciens qui croyaient que la terre était au centre de l’univers.

https://pixabay.com/fr/araign%C3%A9e-r%C3%A9seau-centre-middle-958463/

… un peu comme l’araignée, au centre de sa toile

Dans cette logique, la promesse est d’avoir toujours plus de relation, voire d’influence, sur une échelle qui n’a pas de limite. Cette approche qui pousse à aller toujours de l’avant, d’étape en étape, sans jamais atteindre une satisfaction réelle n’assure pas un avenir heureux. Ce désir par rapport à un manque n’apporte pas le bonheur puisque le désir disparaît dès que le manque est comblé (cf. A. Comte-Sponville, le bonheur, désespérément).

3 – Un potentiel d’interaction, de fédération et de collaboration

L’autre promesse envisageable est plus centrée sur les interactions entre les personnes. Cela peut s’envisager dans deux directions :

La proposition d’un message : quelle que soit la taille de la publication, du tweet au MOOC de 10 semaines, on présente un point de vue ou une connaissance, libre à chacun de se l’approprier pour évoluer et/ou le faire évoluer. Cela pose la question des biens communs de la connaissance et s’illustre avec l’initiative Brest en bien commun. Énormément de richesses existent sur internet, prenons le temps de les lire, les exploiter, les diffuser, les enrichir, … N’hésitons pas à être consommateur dans un premier temps et en tirer beaucoup de bénéfices.

La collaboration : qui permet de réaliser des œuvres colossales (wikipedia) ou plus petites. Cette mobilisation permet entre autre de rendre viables des initiatives locales par la fédération des bonnes volontés. J’en présenterai rapidement 2 exemples : les drives fermiers qui s’appuient sur une plateforme de commande en ligne et une livraison hebdomadaire locale et les petites cantines (déjeuner ensemble, autour d’un repas co-préparé pour retisser du lien entre voisins) qui lancent un financement participatif pour ouvrir une nouvelle cantine.

les-petites-cantines

Les petites cantines : les rencontres ont du goût !

4 – Conclusion

L’avenir enchanteur (ou pas) que promettent les réseaux sociaux de l’internet dépend de la finalité que l’on y recherche. Si l’on cherche à être populaire, en se ‘mettant en scène’ on rentre dans une course infinie qui ne peut pas nous satisfaire. Par contre, si l’on est conscient que ce ne sont que des outils, et qu’ils nous mettent en relation avec toutes les personnes connectées, ils nous permettent de nous développer (apprentissages, échanges, débats, …) et de faire avancer de beaux projets en fédérant des personnes, qui ne se connaissent pas forcément, mais qui sont mobilisées autour de valeurs communes. On retrouve la confrontation entre l’individu, qui est unique et a des besoins spécifiques, et la personne qui est avant tout un être de relation.

Personnellement, je pense que la promesse offerte par les réseaux sociaux de l’internet est enchanteresse dès que l’on sort de soi-même pour s’intéresser aux autres. En fait, c’est comme dans la vraie vie, non ?

N’hésitez pas à partager vos remarques, réflexions, réactions, pour enrichir le débat et avancer ensemble !

Grille graduée de compétences professionnelles

Il existe de nombreux référentiels de compétences professionnels, je suis tombé sur l’un d’entre eux, développé dans le cadre d’un projet européen sur les compétences des migrants (version originale). Il a l’intérêt de présenter explicitement des niveaux de maîtrise pour chaque compétence, du novice à l’expert.

équipe de professionnels CC0

équipe de professionnels CC0

Les compétences sont regroupées en 3 catégories :

A – A travers le monde du travail

  • Adaptabilité et flexibilité
  • Motivation
  • Sens des responsabilité
  • Gestion du temps

B – Compétences sociales

  • Communication
  • Travail en équipe
  • Gestion des conflits
  • Écoute

C – Atteinte du résultat

  • Prise de décision
  • Résolution de problèmes
  • Créativité et innovation
  • Pensée critique et pensée structurée

Cette approche me semble intéressante et j’ai donc pris le temps de le traduire en français pour qu’il soit plus facilement exploitable. Vous pouvez le consulter ci-dessous ou le télécharger ici.

Il me semble qu’il manque une compétence autour de l’apprendre à apprendre, je vous propose donc de co-construire la grille correspondante en utilisant le pad accessible ici.

Merci à chacun pour votre contribution ! 😉

PS : Cette traduction est toute personnelle, n’hésitez pas à m’informer de toute erreur ou formulation malheureuse.

Culture numérique : enjeux et défis

Plusieurs lectures m’interrogent sur l’impact du numérique sur la société. Quels sont les enjeux, les potentiels, les freins et leviers, … Il me semble que le numérique offre un vrai potentiel de services mais qu’il est aussi source de peurs. Voici quelques réflexions personnelles pour tenter de cerner la question. 

1 – Définition et problématique

Milad Doueihi, titulaire de la chaire d’humanisme numérique à l’université de Paris-Sorbonne, propose lors de son intervention au colloque Edcamp « les humanités numériques pour l’éducation » une distinction entre l’informatique qui est une science et une industrie et le numérique qui est une culture.

On sent bien cette notion culturelle quand on parle de ‘transition numérique’ pour évoquer l’évolution de nos organisations. On est dans la même logique quand on parle de ‘fracture numérique’ pour regrouper toutes les personnes qui sont marginalisées par l’informatique, que ce soit lié à l’équipement, à l’accès ou à la maîtrise de l’usage.

Autant on pouvait faire l’impasse sur cette culture il y a encore quelques années, autant cela devient de plus en plus délicat quand on voit comme tous les services deviennent accessibles (exclusivement) en ligne. Les stratégies de contournement ou de camouflage ne peuvent plus tenir longtemps. Mais alors, comment fait-on pour acculturer nos collègues ? Nos voisins ? Nos parents ? Et toutes ces personnes qui, petit à petit, sont ‘larguées’ par le numérique ?

Pour répondre à cette question, il me semble important de bien préciser de quoi l’on parle.

2 – Les usages des outils

J’avais proposé il y a quelques temps une classification des outils numériques par famille d’usages (à l’époque je ne faisais pas de distinction numérique/informatique) : apprendre, organiser, échanger, traiter des données, se divertir et consommer. des outils numériques pour_14_ par familleIl apparaît que ces outils ne créent pas de nouveaux usages : bien avant l’arrivée du numérique, on jouait déjà, on apprenait déjà, on traitait déjà des données … Si rien n’est nouveau, tout est quand même chamboulé. En effet, l’informatique ne crée pas de nouveaux usages, il les modifie par ce qu’il intègre ‘naturellement’ des potentiels nouveaux.

3 – Les évolutions de l’informatique

L’informatique a évolué ces dernières années dans de nombreuses directions. En voici 7 qui me semblent accessibles au grand public :

  • Social : le numérique est support de réseaux sociaux qui permettent de se connecter et échanger avec le tiers de la population mondiale (soit 2,6 milliards de personnes, selon wearesocialsg)
  • Mobile : les smartphone et les réseaux de communication nous permettent d’accéder à internet de (presque) n’importe où.
  • Big Data : les échanges de données, la diffusion d’informations et la capacité à les analyser et traiter ne cessent de croître. La diversité des données échangés (texte, image, son, vidéo, like, mesures, échanges bancaires, position géographique,…) couplée à leur quantité et l’intensité de ces échanges permet de parler de big data (caractérisé par les 3 V: Variété, Volume, Vitesse).
  • Local : la géolocalisation permet de proposer des services au plus proche (au sens géographique du terme) du besoin, que ce soit des logements (avec AirBnB), des déplacements (avec blablacar ou Uber) ou des courses alimentaires (avec les drive fermiers).
  • IoT – Internet of Things : l’internet des objets regroupe tous ces objets communicants, du thermostat au cardioféquence-mètre qui permettent de traiter les données de notre quotidien ou piloter notre environnement (domotique, etc…)
  • RA & RV – Réalité Augmentée et Réalité Virtuelle : la Réalité Augmentée et la Réalité Virtuelle arrivent pour nous faire vivre des expériences plus riches, que ce soit lors de la visite d’une exposition, la conception d’un nouveau produit ou une opération médicale.
  • IA – Intelligence Artificielle : elle se propage de manière discrète mais certaine, que ce soit pour rendre des objets mobiles autonomes (des drones aux Google cars), pour reconnaître des consignes vocales ou analyser des images (voir 10 startup à suivre dans le domaine)

6 de ces évolutions sont présentes dans Pokémon Go : C’est un jeu foncièrement social (partage d’image, constitution d’équipes) qui se joue sur son téléphone en mobilité (pour aller chercher les pokémons qui apparaissent en réalité augmenté) où que l’on soit et tout près de soi (local). Il génère une quantité phénoménale de données (big data) et on peut s’acheter le bracelet connecté pour chasser les pokemons (IoT).

4 – Les potentiels et enjeux

Toutes ces avancées offrent des possibilités considérables dans trois domaines en particulier. Ces opportunités peuvent être formidables mais chaque médaille a son revers, prenons conscience des limites et enjeux stratégiques qui se cachent derrière chacune d’elles :

  • Fédération de collectif : on se souvient de la pétition contre la loi travail qui a fédéré plus de 1,3 millions de signatures, le développement de wikipédia qui mobilise plusieurs dizaines de milliers de contributeurs, mais aussi les MOOC qui comptent leurs inscrits par (dizaines de) milliers. Ce potentiel est très riche mais il remet en cause les organisations hiérarchiques pyramidales actuelles en introduisant des fonctionnements ‘horizontaux’. Dans les pays anglo-saxons, on parle de Wirearchy pour décrire ces nouveaux fonctionnements qui sont facilités par l’usage des outils informatiques mais sont avant tout des questions d’organisation, de relation et de ‘répartition des pouvoirs’.
  • Mobilité : Toutes les informations et tous nos contacts sont accessibles de n’importe où et où qu’ils soient – et on est bien contrarié quand la technologie nous résiste … Cet aspect est appréciable quand on est à la source de la demande mais elle est beaucoup moins tolérable quand on la subit. les outils informatiques introduisent une perméabilité entre les temps personnels et professionnels (où l’urgence est la norme) ; cela peut générer des pressions difficilement supportables dans la durée.
  • Archivage et traitement des données : Le potentiel d’archivage et de traitement des données ne cesse de croître. Tout est accessible en ligne, de partout et gratuitement. Mais si c’est gratuit, c’est moi le produit ! et je ne suis pas le seul à lire, traiter et analyser tous ces documents que je partage dans mon Google Drive ou tout ce que je poste sur Facebook. Il en va de même pour toutes les traces (inconscientes) que l’on laisse en ligne : requêtes, positions, même un simple clic, tout est enregistré.

Il est aussi à noter que ces services sont accessibles en continu sur Internet, sans question de jour ou de nuit et que cette continuité de service a un coût énergétique assez considérable et un bilan carbone inquiétant (cf. infographie de e-rse.net).

5 – Revenons à l’acculturation

Pour initier à cette culture, on pourrait aborder l’appropriation des outils informatiques selon 3 dimensions :

  1. Tout devrait partir du besoin : qu’est-ce que je veux faire ? La réponse à cette question oriente vers l’outil (ou les outils) et implique un premier niveau de prise en main opérationnelle. On est dans un niveau de savoir-faire qui n’implique pas forcément une compétence.
  2. Dans un deuxième temps, il faudrait comprendre la logique sous-jacente et maîtriser le choix de l’outil adapté à la situation. On passe alors à un premier niveau de compétence liée à l’usage, que l’on pourrait qualifier d’incomplète.
  3. Enfin, il faut maîtriser les enjeux qui englobent les opportunités mais aussi les contraintes (même mes plus cachées …) On pourrait alors parler  de compétence complète qui correspond à un usage pertinent et raisonné de ces outils.

Ces trois niveaux sont très imbriqués et le découpage peut paraître artificiel mais il permet de repérer des niveaux de compétence qui pourraient être croisés avec les différentes familles d’usage repérées ci-dessus. Cette progressivité est dans la logique du B2i adultes et de la littératie numérique comme présentée par Habilo Média et représentée ci-dessous.

La littératie numérique, par Habilo Medias : avoir accès, utiliser, comprendre, créer

La littératie numérique, par Habilo Medias

Cette culture numérique est là ! Et le chantier d’acculturation est très vaste. La question est maintenant de savoir comment déployer une formation massive au numérique pour des personnes éloignées de cette culture ?

Comme vous le constatez, je n’apporte pas de solution clé en main. Vos remarques, analyses, initiatives sont les bienvenues, n’hésitez pas à les partager ci-dessous : nous construirons peut-être ensemble un début de solution !

La classe inversée n’est pas qu’une mode, c’est un bouleversement !

On parle beaucoup de classe inversée : »les leçons à la maison et les exercices en classe ». Ce schéma est réducteur mais il questionne l’organisation globale de la classe et je vois plusieurs raisons pour lesquelles cela ne passe pas comme une mode. Ancienneté du phénomène, re-définition du travail hors classe, nécessité de scénarisation des séquences, autant d’éléments qui justifient le développement de ce phénomène dans la durée. 

1 – Ça n’est pas nouveau

En effet, depuis longtemps des enseignants demandent de lire un document avant une séquence puis s’appuient sur cette lecture préliminaire pour construire leur progression. La ‘nouveauté’ vient de la facilité d’utilisation des technologies (et en particulier de la vidéo) pour créer et diffuser ces ressources préliminaires. C’est aussi grâce à ces technologies simples d’accès que cette démarche s’est largement diffusée depuis quelques années.

Cet aspect des technologies qui ouvrent des possibles et ainsi interrogent les démarches pédagogiques me semble tout à fait intéressant.

2 – La classe inversée interroge la place du travail hors classe

La lecture du dernier dossier de veille de l’IFE aborde ce sujet des représentations et enjeux du travail personnel de l’élève.

En effet, dans une logique de pédagogie inversée, l’enseignant ne demande plus ‘où s’est-on arrêté la dernière fois ?’ mais plutôt ‘qu’avez-vous appris, découvert ou re-découvert depuis la dernière fois ?’. Ainsi, on se centre sur l’élève et son activité d’apprentissage, quel que soit le lieu de sa réalisation. Cette démarche nous fait entrer (élèves et enseignants) dans un continuum d’apprentissage où l’enseignant guide l’élève pour lui faire découvrir les méthodes efficaces pour apprendre : prise de note, carte mentale, analyse réflexive, recherche documentaire, analyse critique, etc.C’est toute la méthodologie d’apprendre à apprendre qui peut se mettre en place en adoptant ce type de pratiques.

Cette logique permet de s’appuyer sur le contenu du programme pour développer des compétences de haut niveau : argumentation, esprit critique, collaboration, synthèse, apprendre à apprendre, etc.

 3 – La classe inversée impose de scénariser les séquences pédagogiques

Cette stratégie pédagogique impose de scénariser sa progression et peut aller beaucoup plus loin que l’inversion proposée à l’origine. C’est ce que propose Marcel Lebrun dans son livre Classe inversée – Enseigner et apprendre à l’endroit ! et sur son blog. En fait, cela s’intègre dans une logique beaucoup plus large d’hybridation des dispositifs de formation. Cela fait plusieurs années que la formation d’adultes s’est lancée dans cette logique qui fait ses preuves : utiliser les temps en face à face pour rythmer des travaux collaboratifs, personnaliser les apprentissages, proposer des remédiations si nécessaire, et renforcer le lien social.

La notion de rythme me paraît essentielle dans cette scénarisation : les activités en classe et hors classe doivent s’articuler, se répondre et se nourrir mutuellement en articulant judicieusement les activités en classe et hors classe, individuelles et collectives.

Conclusion

Tous ces éléments me poussent à croire que la classe inversée a de beaux jours devant elle, non pas parce que c’est la panacée, mais bien parce qu’elle offre des possibilités très riches et pose des questions pédagogiques essentielles. De plus, on peut très bien commencer par une petite séquence avant de chambouler toute sa progression. Des ressources pour se lancer sont répertoriées de-ci de-là (par exemple ici)

Cette démarche, toute pertinente qu’elle soit, nécessite d’être présentée, explicitée, justifiée auprès des élèves mais aussi de leurs parents, voire de la communauté éducative. Voici comment Annick Carter présente aux parents sa démarche.

Enfin, si on analyse la pédagogie inversée au crible de la pédagogie ouverte, on constate qu’elle concrétise tous les aspects liés à la transparence : montrer le processus d’apprentissage, expliquer par l’image et même ouvrir les données (si l’enseignant diffuse ses ressources sous licence libre). De même, elle nécessite des partenariats, au moins avec les parents d’élèves comme précisé ci-dessus (collaboration) et offre une certaine souplesse en laissant des choix aux élèves (participation).

pédagogie ouverte

pédagogie ouverte

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne rentrée à tous et vous proposer de réagir dans les commentaires ci-dessous, ils sont là pour ça !

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