Accompagnement dans un MOOC

Les MOOC sont à la mode, mais une question se pose quant à la participation des inscrits : comment les mobiliser dans la durée ? Comment susciter chez eux engagement et persévérance ? L’accompagnement peut être un élément de réponse.

1 – Communauté et groupes

Une des caractéristiques des MOOC est le nombre d’inscrits et ainsi la communauté des participants. Cette communauté est une vraie richesse mais elle ne suscite pas spontanément l’engagement. Je pense qu’une personne peut attendre de la communauté mais ne s’impliquera que dans un groupe, sous-élément de cette communauté (A ce sujet, il est intéressant de revoir la causerie de Marcel Lebrun et Christophe Batier sur groupe et réseaux). Ainsi la communauté pourrait être vue comme un ensemble de groupes qui se chevauchent, se recoupent, se construisent et se séparent, au fil du MOOC. Il me semble que si la communauté a un caractère impersonnel, le groupe tient plus du relationnel ‘proche’. Il paraît ainsi intéressant d’analyser le fonctionnement d’un accompagnement au MOOC en utilisant le prisme de l’apprentissage en groupe.

2 – MOOC et apprentissage en groupe

J’avais déjà abordé la place du groupe dans le triangle pédagogique à partir du tétraèdre de Faerber, modifié ci-dessous.

Tétraèdre pédagogique, nouvelle version. D'après Faerber.

Tétraèdre pédagogique, nouvelle version. D’après Faerber.

Si l’on se place dans le cadre d’un MOOC, on peut adapter ce tétraèdre comme suit :

  • l’apprenant a accès à la communauté à travers un ou plusieurs groupes,
  • l’enseignant peut regrouper plusieurs personnes : équipe de formateurs du MOOC, accompagnateurs, pairs compétents, …

En s’appuyant sur les différentes faces de ce tétraèdre, on peut voir les difficultés que peut rencontrer un apprenant dans un MOOC et les outils que l’on peut mettre en place pour l’aider et le soutenir dans son parcours (ce qui correspond à l’accompagnement).

face du tétraèdre difficultés rencontrées pistes pour lever les difficultés
enseignant / apprenant / savoir organisation temporelle Les rencontres sur site permettent d’institutionnaliser le temps de l’apprentissage.
accès aux ressources forum, FAQ. Les membres ‘bienveillants’ de la communauté apportent leur aide et leur expertise, par exemple en créant des tutoriels
apprendre à apprendre apport méthodologique, fiches méthodologiques
Un ‘parcours guidé’ peut être organisé autour de rencontres sur site ou à défaut, d’un blog. Ce parcours propose des pistes pour s’approprier les notions abordées. C’est ce que j’ai essayé de mettre en place lors des rencontres hebdomadaires ainsi qu’avec le blog d’accompagnement à ITyPA2.
enseignant / apprenant / groupe apprendre à collaborer, partager avec le groupe les rencontres sur site permettent un partage oral, un échange de pratiques, de réflexions sur les questions abordées par la formation. L’oralité en lieu clos fait moins peur que l’écrit en ligne…
Le ‘parcours guidé’ à travers un blog peut proposer un questionnement et susciter un échange à travers les commentaires du blog. L’objectif est ici d’inciter les personnes à oser franchir le pas, partager en ligne, s’affranchir de la peur de s’exposer.
enseignant / savoir / groupe collaborer pour apprendre L’idée est alors de susciter des activités collaboratives : co-découverte, co-apprentissage, co-construction de connaissances. C’est ce qui se passe dans le MOOC GdP dans la certification par équipe.
apprenant / savoir / groupe les participants s’organisent en autonomie pour apprendre Vous avez gagné ! BRAVO !

Présenté avec ce tétraèdre, on voit bien que le principe même de l’accompagnement est que l’enseignant (dans le vocable du tétraèdre) s’efface petit à petit pour arriver à la dernière face du tétraèdre qui correspond au social learning : on n’a plus besoin de formation pour apprendre, on est inséré dans une communauté avec qui on apprend de manière collaborative.

En visionnant la table ronde ‘tutorat dans les MOOC‘, on entend que lors du MOOC ITyPA2, 4 niveaux d’accompagnement (ou d’autonomie) ont été envisagés :

  • l’autonomie : tout à fait adaptée pour toutes les personnes qui sont à l’aise avec les outils web et l’apprendre à apprendre : cela ne concerne pas tout le monde …
  • les « fiches balises » qui apportent un accompagnement méthodologique sur l’apprendre à apprendre.
  • l’entraide entre participants, qui permet de résoudre de nombreux problèmes techniques et d’appropriation d’outils.
  • L’accompagnement par les partenaires qui proposaient des rencontres sur site et quelques blogs en ligne pour faire vivre ‘une expérience’ à ceux qui ne pouvaient se déplacer.

On retrouve bien de nombreux éléments cités dans le tableau ci-dessus.

3 – MOOC et rythme

Il me semble que l’un des aspects essentiels de l’engagement et de la persévérance dans ce type de parcours tient au rythme qui est donné.

Deux éléments fondamentaux d’un MOOC connectiviste soutiennent la participation en créant un rythme, une dynamique :

  • Les conférences (ou interventions) hebdomadaires qui apportent du contenu et font le point sur les informations du cours.
  • Les lettres quotidiennes qui relatent les ‘points chauds’ du MOOC.

Je pense que l’accompagnement doit prendre sa place dans ce rythme,  en contretemps par rapport au rythme ‘fondamental’ du MOOC. Ainsi, si les conférences du MOOC ont lieu le jeudi (comme pour ITyPA), l’accompagnement (rencontres sur site ou publication des billets de blog) doit se prévoir autour du lundi. Cela crée une sorte de dialogue entre le MOOC et l’accompagnement. En ayant la progression du MOOC à l’avance, on peut construire la progression de son accompagnement et orienter les interventions autour des problématiques qui nous semblent pertinentes et adaptées au public concerné (la progression mise en place pour les GRETA de Bourgogne est accessible ici).

La multiplication de ‘parcours guidés’, chacun adapté à un public cible, mais partagé avec toute la communauté, pourrait apporter une vraie plus-value pédagogique aux MOOC. Tout participant pourrait ainsi butiner d’un parcours à l’autre et se construire sa formation dans le MOOC. Une telle approche pourrait aider chacun à s’orienter, se repérer  et intégrer la logique connectiviste. De plus, ce partage de ‘parcours guidé’ peut s’assimiler à la contribution ‘en nature’ d’un organisme qui souhaite s’appuyer sur un MOOC pour former son personnel.

4 – Conclusion

Je suis convaincu que l’accompagnement dans un MOOC peut apporter une réelle plus-value à la formation initiale en apportant une contextualisation, un soutien méthodologique et une dynamique motivante. Cet accompagnement vise à développer l’autonomie dans l’apprentissage. Le partage et la mutualisation de ces accompagnements pourrait être très riche…

Toutes ces réflexions sont très fraîches et nécessitent d’être affinées : n’hésitez pas à réagir pour que nous avancions ensemble sur ce sujet …

Bilan de l’accompagnement sur ITyPA 2

writing lessonJ’avais proposé un accompagnement au MOOC ITyPA 2 pour les personnels des greta de Bourgogne qui le souhaitaient. Voici un premier bilan de cette aventure …

1 – Contexte et organisation planifiée

ITyPA s’est déroulé du 10 octobre au 12 décembre 2013 et 25 personnes se sont manifestées pour y participer dans notre réseau réparties sur toute la région Bourgogne (10 sur Dijon, 4 sur la Saône et Loire, 8 sur Nevers et 4 ‘isolés’). L’accompagnement a été organisé comme suit :

  • 1 rencontre hebdomadaire organisée en Saône et e Loire, le mardi matin, animée par moi-même,
  • 1 rencontre hebdomadaire organisée sur Dijon, le lundi après-midi, animée par un collègue (merci Mehdi 😉 ),
  • 1 rencontre hebdomadaire en groupe sur Nevers avec ‘animation’ à distance depuis Dijon complétées par une ou deux après-midi de rencontre sur Nevers. Cette organisation était aussi proposée aux candidats isolés.

Le contenu de chaque rencontre était planifié à l’avance, calé sur le déroulement du MOOC (accessible ici).

En plus de toutes ces rencontres, j’animais un blog en postant à peu près un billet par semaine, de préférence le lundi et nous avons créé un groupe sur la plateforme du MOOC.

2 – Bilan de la participation

A quelques exceptions près, tous les participants aux rencontres IRL (In Real Life) hebdomadaires sont allés jusqu’à la fin du MOOC. Les 2 exceptions étaient justifiées, d’une part, par une inadéquation flagrante de la formation par rapport aux attentes, et d’autre part, par  une surcharge imprévue de travail.

Les 4 candidats isolés ont abandonné par manque de temps, difficulté de connexion à distance, complexité du dispositif.

Parmi les 8 candidats nivernais, 2-3 ont eu une activité assez régulière. Les autres participants n’ont vécu que la rencontre sur site.

Ces différents résultats tendent à conforter mon point de vue sur l’utilité des rencontres régulières pour soutenir la motivation et la participation dans un MOOC de ce type pour un public professionnel en activité (je préfère ne pas me prononcer pour les autres publics). Cela rejoint ce que disait Frédéric Domon lors de sa présentation sur l’importance d’instituer un temps pour prendre du recul sur son travail et apprendre …

3 – Évaluation du dispositif

Une enquête a été proposée à tous les inscrits pour avoir un retour sur le vécu de chacun, ce qui a été appris, ce qui a été/est/sera réinvesti, ce qui est attendu pour la suite. Pour l’instant, seuls 40% des inscrits ont répondus, les résultats sont donc ‘fragiles’. Il était demandé une évaluation des différents outils proposés (rencontres sur site, conférence du jeudi, activités proposées localement, activités proposées par l’équipe ITyPA, dynamique créée par l’ensemble des participants, le blog d’accompagnement, les productions personnelles). Certaines personnes ont considéré ces outils ni riches ni formateurs. Parmi les autres participants, 3 outils ressortent particulièrement : les rencontres hebdomadaires, le blog d’accompagnement et dans une moindre mesure les conférences du jeudi.

Le groupe créé sur la plateforme n’a pas été du tout utilisé, il n’était donc pas nécessaire de l’intégrer à l’évaluation.

Ce MOOC a été l’occasion de développer les pratiques collaboratives chez certains participants, et des compétences en veille et l’utilisation des réseaux sociaux numériques pour d’autres. De plus, des idées de projets ont émergées à la suite de ces 10 semaines ; il ne nous reste qu’à les concrétiser …

Enfin, même si plusieurs participants ont relevé leur besoin d’un programme ou l’absence de fil conducteur qui leur a été préjudiciable, ITyPA aura été l’occasion de découvrir une nouvelle approche de la formation qui a en a titillé plus d’un, même ceux qui ne s’y retrouvaient pas.

L’objectif que nous nous étions fixés était de développer les compétences en TIC (veille, réseaux sociaux, collaboration à distance) et pédagogiques des acteurs du réseau, je crois que nous avons bien avancé dans ces deux directions.

4 – Bilan du blog compagnon

J’ai animé ce blog pour soutenir la participation de tous les participants du réseau et proposer cet accompagnement, de manière plus large, à tous les Itypiens (l’année dernière, on parlait de Moockitos). J’ai parlé ci-dessus de l’accueil positif réservé par les participants locaux, qu’en est-il des autres ?

Je n’ai jamais réussi à installer le module jetpack qui m’aurait permis d’avoir les statistiques de visite, mais est-ce vraiment significatif ? Par contre, j’ai d’autres chiffres :

9 billets publiés, 59 commentaires (dont 18 par moi-même, pour répondre)  publiés par 17 personnes différentes (dont seulement 2 font partie du réseau des greta).

Si l’on creuse un peu plus le contenu des commentaires, on a parmi ces messages,

  • 33 % apportent un contenu riche, une réflexion, un partage d’expérience, …
  • 16 % apportent un soutien enthousiaste (merci, bravo, encouragements, …)
  • 16 % sont de pings et rétroliens (scoop.it, pearltrees, liens depuis d’autres articles de blogs)
  • 33 % sont des messages personnels pour répondre, apporter des compléments d’information ou des éclaircissements, remercier ,…

Cette analyse me conforte dans l’intérêt d’une telle initiative d’accompagnement, ‘dissidente’ par rapport aux animateurs officiels. Je pense que la publication des billets le lundi, en contretemps par rapport aux conférences du jeudi, soutient le rythme hebdomadaire et facilite la persévérance dans la durée.

5 – Conclusion

Je suis très content d’avoir mis en place ce dispositif et d’avoir pu le mener à bien. Si nous reconduisons le dispositif, il me semble essentiel de prévoir des rencontres sur site hebdomadaires et de plus travailler la présentation du dispositif : Qu’est-ce qu’un MOOC ? Comment apprendre dans un MOOC ? Qu’attendre de l’accompagnement ?

Un autre article devrait suivre sur le tutorat dans un MOOC mais cela nécessite encore un peu de structuration !

Pour finir, je tenais à remercier tous les participants à ITyPA2, de Bourgogne et d’ailleurs. On a vécu une expérience très riche ensemble et ça fait du bien  ! Bonne continuation à chacun …

N’hésitez pas à partager vos idées, remarques ou commentaires, ça fait toujours plaisir !

Crédit photo : Writing lesson CC-BY-NC-ND radioflyer007

Où en est-on du classe-MOOC ?

Nous organisons un classe-MOOC du 16 au 20 septembre 2013 sur la thématique « open data, big data, long data, quantified self : un monde de données ». Pour vous faire un état des lieux du Classe-MOOC, je vais m’appuyer sur les premiers points de l’article de Matthieu Cisel « Monter son MOOC en 7 étapes« , puisque c’est un peu ce qui se passe …

Monter son MOOC en 7 étapes

Monter son MOOC en 7 étapes

1 – L’avant-projet

Quel public ? Quels objectifs ? Quelle scénarisation ? Quels outils ? Vastes questions !!!

Le public visé est constitué de groupes d’étudiants (groupes de TD, classes ou promotions) en début d’études supérieures (Bac +1,  Bac +2). L’objectif est de leur proposer une semaine d’initiation au travail en équipe et à la recherche d’information, différente de ce qu’ils ont vécu jusque là où ils seront responsables de leur formation. L’objectif cherché en faisant cohabiter des groupes de formations différentes est d’éveiller la curiosité, de faire prendre conscience qu’un même sujet peut être traité sous différents angles et présenté sous différentes formes, selon la culture et la sensibilité de chacun, ces différents points de vues s’enrichissant les uns, les autres.

Le projet va se dérouler sur une semaine, la scénarisation va donc devoir être ‘condensée’ :

  • La première journée est consacrée au balisage du sujet et à la définition des problématiques sur lesquelles les différents groupes vont travailler.
  • La dernière journée sera l’occasion de présenter les productions des uns et des autres, de relire la semaine et de repérer les apprentissages réalisés.
  • Les trois jours au milieu sont laissés à la discrétion des équipes enseignantes de chaque formation pour soutenir le cheminement allant de la problématique à la production finale (il y sera sans doute question d’organisation du travail dans une équipe, de recherche d’information, de présentation de l’information, etc …).

Chaque groupe animera un blog pour présenter son cheminement et devra rédiger au moins un billet quotidien. Un univers Netvibes permettra de regrouper tous les blogs sur une seule page. Un hashtag devrait permettre de fédérer les échanges sur Twitter.

2 – Le recrutement

L’objectif est d’impliquer le plus grand nombre d’étudiants possibles et donc de recruter leurs enseignants pour monter ce projet dans leur institution. Et ça ! c’est un vrai défi. Pour l’instant, 3 formations dijonnaises sont impliquées ce qui représente environs 70 étudiants. On peut lire cet état des lieux de 2 façons complémentaires :

  • Les trois formations impliquées sont dijonnaises, parce que c’est le ‘porte à porte’, auprès de mon réseau personnel qui a été efficace. Il faut prendre le temps de rencontrer les personnes, de présenter le projet et de montrer que c’est une autre approche pédagogique qui s’intègre à leur formation sans ‘perdre du temps’ …
  • 70 participants, c’est pas énorme ! Lors de la précédente version d’un tel projet, 80% de participants avaient été motivés et impliqués pendant la semaine. Si l’on compare au MOOC gestion de projet, il y avait une soixantaine de participants actifs à la certification par groupe : on est dans le même ordre de grandeur, alors 70 participants, c’est quand même pas mal !

Il n’a pas été possible de réaliser le projet avec les deux formations partenaires d’origine car cela bloquait au niveau de l’organisation calendaire pour l’une et que l’équipe enseignante de l’autre n’était pas prête pour un travail inter-établissements. C’est dommage, peut-être n’est-ce que partie remise …

3 – La conception

Comme précisé plus haut, la plate-forme sera minimaliste (un univers Netvibes). Nous sommes en phase de repérage des ressources qui seront proposées aux étudiants pour cerner le sujet étudié.

Nous avons aussi cherché à contacter des professionnels qui pourraient apporter leur éclairage sur la thématique via le réseau OKFN France, 5 personnes ont manifesté de l’intérêt pour ce projet.

Il n’est pas du tout prévu de version bêta pour tester le dispositif mais en fait,  c’est peut-être ce classe-MOOC qui est la version bêta …

N’hésitez pas à aller parcourir le site du projet et à réagir pour apporter votre contribution.

PS : La présentation des autres points abordés par l’article de Matthieu Cisel (lancement, déroulement analyse)  est encore prématurée !

Source dessin:  Fond: MOOC GdP (équipe L-MOOC) Forme: Frédéric Duriez, à partir de l’article « monter son MOOC en 7 étapes« 

MOOC et SoLoMo

Si l’on veut définir simplement un MOOC, c’est un cours en ligne, ouvert au plus grand nombre et qui s’appuie  sur les interactions entre les participants dans un esprit d’apprentissage social (d’où l’intérêt du grand nombre). De son côté, le SoLoMo (pour Social, Local, Mobile) est un leitmotiv dans le développement web depuis deux ans environs. Mais que peut apporter l’approche SoLoMo à un MOOC ?

1 – Social

C’est natif dans le MOOC, l’apprentissage est social. Dans une première approche, cela se transcrit par les outils utilisés (forum, blog, microblog, réseaux sociaux, …) qui permettent  un brassage des idées et une co-construction de l’apprentissage.

L’aspect social ne s’arrête pas là, il est de plus en plus demandé aux participants d’évaluer leurs pairs. Cet exercice nécessite de prendre du recul par rapport au contenu, d’entrer dans le raisonnement de l’autre, voire, de se laisser changer par l’autre. Une telle démarche impose un accompagnement, par exemple en proposant un ‘guide de l’évaluation’ ou une grille d’évaluation (réalisée par un des groupes participants à MOOC Gestion de Projet). Elle permet de combiner deux approches de l’évaluation :

  • Une mesure du niveau de compétence (de l’évalué)
  • Une occasion d’apprendre (pour l’évaluateur)

2 – Local

coworking

coworking

J’entends par local la possibilité pour les apprenants de se retrouver physiquement pour travailler ensemble. Quels peuvent être ces lieux de co-working ?  Les universités, les espaces numériques, tout hotspot wifi, …   Cet encrage local peut permettre une émulation et un soutien de la motivation  et de l’implication de chacun. De plus, suivant le lieu, il peut y avoir des enseignants et/ou des assistants techniques disponibles pour aider les participants à se repérer et  naviguer dans le MOOC. C’est cette dimension locale qui est recherchée dans un classe-MOOC. Il s’avère que l’instauration généralisée sur plusieurs sites d’une telle logistique est compliquée. Il me paraît cependant intéressant d’inciter les participants à se regrouper, par exemple en organisant une « fête des voisins du MOOC ».

3 – Mobile

J’ai tout le MOOC dans ma poche, facilement accessible pendant les temps morts de la journée (dans les transports en commun, en attendant le début d’une réunion, …). Cette approche impose ainsi des contraintes sur les outils utilisés (plateforme adaptée adoptant le responsive design par exemple) et les ressources proposées (éviter les PDF de 15 pages). Cela permet de moins perdre son temps, de remplir les temps morts de la journée par des activités pertinentes. Bien sûr, l’idée n’est pas de supprimer les temps de pause mais de les choisir plutôt que de les subir.

4 – N’y a-t-il pas d’autres approches possibles ?

Bien sûr que si ! Des spécialistes pensent que le ToDaClo (pour Touch, Data, Cloud) apporte des leviers intéressants pour l’innovation. Cela s’adapte-t-il aux MOOC ?

  • L’aspect Touch est dans le prolongement direct de l’approche Mobile du premier modèle, il s’agit d’une nouvelle évolution de l’interface.
  • L’approche Data me paraît très forte d’un point de vue économique. Que vendent réellement les grandes plateformes de MOOC (Edx, Coursera, et consorts) des cours, ou des données sur les inscrits à leurs cours ? Est-ce que la vrai valeur marchande des MOOC, ça n’est pas nous, participants à ces cours ?  Cela suppose que l’on a sa plateforme de MOOC avec en parallèle, un moteur qui filtre, traite, rumine, (on peut rajouter tous les verbes que l’on veut) les données sur les participants. L’approche Big Data sur les MOOC est économiquement très importante mais peut-être un peu oubliée dans l’approche francophone, plus philanthrope que business.
  • L’aspect Cloud découle directement des datas, soit on a sa plateforme cloud, que l’on maîtrise de A à Z, et on a accès à toutes les données sur les participants, soit on a une plateforme ‘minimale’ adossée aux outils grand public et les comportements du participants nous échappe !

5 – Qu’en retenir ?

L’approche SoLoMo me semble cohérente, mais la mise en place de la dimension locale est très compliquée actuellement. Je suis pourtant convaincu que c’est un vecteur essentiel de démocratisation des MOOC auprès des publics les moins qualifiés.

L’approche ToDaClo inverse le modèle économique, mais elle n’est adaptée qu’aux superstructures (pour l’instant américaines, mais peut-être indiennes ou chinoises bientôt). J’ai quand même un espoir avec l’arrivée ‘proche’ de Claroline Connect qui devrait permettre de monter un cloud pédagogique, distribué, ouvert et libre : une fenêtre qui s’ouvre pour les humanistes qui y croient !

Crédit photo CC By Yutaca-f Coworking Conference Tokyo 2012

Dis ! C’est quoi un classe-MOOC ?

Voilà une bonne question !open window

Un classe-MOOC c’est la rencontre entre la classe,en tant qu’ensemble d’étudiants-élèves-apprenants regroupés physiquement en un lieu, et un MOOC. Et dans cette rencontre, le MOOC ouvre la classe sur le monde.

– Et alors, la classe pour toi, c’est quoi ?

C’est un endroit où l’apprenant (appelons-le ainsi) apprend. Et comme le dit Philippe Carré « on apprend toujours seul mais jamais sans les autres ». Je vois donc l’organisation de la classe comme cela :

  • Les étudiants collaborent localement (Partager, Communiquer, Collaborer).
  • Ils travaillent dans un contexte disciplinaire, interdisciplinaire ou pluridisciplinaire (Analyser, Créer, Réaliser, Construire, Chercher, Concevoir).
  • Une phase de structuration des connaissances permet de faire ressortir les points essentiels, aussi bien disciplinaires que méthodologiques ou relationnels. Cette étape peut se dérouler seul, en groupe ou en classe entière Comprendre, Conserver, Archiver, Structurer).
  • Les productions sont ré-exploitées, partagées, publiées (Exploiter, Partager, Communiquer).

C’est une vision du modèle centré sur les apprenants que j’ai déjà présentée ici par exemple et voici une représentation graphique de cette organisation :

Modèle centré sur les apprenants

– Et un MOOC, c’est quoi ?

La meilleure explication que je peux te proposer est une petite vidéo (4’27), en anglais, mais elle se comprend bien grâce aux illustrations explicites …

– Mais comment faire le lien entre une classe et un MOOC ? Ça n’a rien à voir !

Effectivement, ça n’a rien à voir. Et c’est justement cette différence, qui est en fait une complémentarité, qui est intéressante. Regarde : Le dernier aspect que nous avons vu sur la classe, c’est que les productions sont publiées, partagées et ré-exploitées. Qui te dit que cette ré-exploitation doit se faire uniquement dans la classe, par les mêmes apprenants ? Si plusieurs classes travaillent, en même temps, sur le même thème, il y a de fortes chances que tout le monde trouve son intérêt à partager son travail pour profiter du regard des autres et générer ainsi des interactions beaucoup plus larges et plus riches que si on se limite à une réflexion interne à la classe.

D’un autre côté, il est possible de faire intervenir simplement des acteurs professionnels qui connaissent bien le thème abordé. Leur participation peut être une petite vidéo, une interview, un (ou plusieurs) article(s) de blog, voire même juste un commentaire de-ci de-là. De toutes petites interactions peuvent apporter une grande richesse sur le contenu produit par les apprenants et soutenir la motivation de chacun durant toute la durée du travail. L’organisation d’un classe-MOOC permet de mutualiser ces interactions et d’en multiplier l’effet. Ça n’est plus une personne qui s’adresse à une classe mais à un ensemble de classes qui sont toutes concernées.

En fait le MOOC offre une occasion d’ouvrir la classe sur le monde !

– Pourquoi ne pas faire un MOOC directement ?

C’est vrai que ça serait plus dans la lignée de ce qui se développe actuellement. Mais je ne crois pas que tous les apprenants ont les compétences de bases requises pour s’engager seul dans un MOOC. Il est donc important de les accompagner, de les soutenir pour qu’ils puissent en tirer un profit optimum. La classe est un contexte connu et rassurant dans lequel la majorité des apprenants ont leurs repères. Les enseignants peuvent jouer ce rôle d’accompagnateur, de soutien : c’est peut-être une nouvelle posture pour beaucoup mais elle est très riche et porte beaucoup de fruits.

– En fait, c’est un peu un MOOC adouci, ou initiatique …

Tout à fait ! Il est adouci parce que le contexte est stabilisant et initiatique parce que l’ampleur des interactions est toute autre. mais je crois que c’est surtout pour l’enseignant que ce sera une initiation. Comme je te le disais,  c’est une nouvelle façon de travailler et une nouvelle relation avec les apprenants : ça fait beaucoup de changements ! Mais aussi beaucoup de plaisir ! Et c’est ce qui me semble essentiel : prendre conscience que l’on prend du plaisir à apprendre et travailler … ensemble …

– Ça me tente bien ton classe-MOOC, ça commence quand ?

Pour l’instant, on prévoit de vivre ça pendant une semaine, à temps plein, durant le mois de septembre. on est en train de voir avec des enseignants d’autres institutions toute l’organisation pratique mais ne t’en fais pas, dès que tout sera ficelé, je te tiendrais au courant !

Crédit photo : Open window CC By andyarthur

Un cours ? Un MOOC ? Non, un ‘classe-MOOC’ !

J’ai participé au MOOC ITyPA et j’ai beaucoup aimé. L’ambiance, la dynamique, l’émulation, les relations, … C’était vraiment une belle expérience, merci à ceux qui me l’ont fait vivre ! Maintenant, je trouverais sympa de proposer à nos étudiants une expérience comparable, mais comment faire ?

ITyPA a été suivi par plusieurs étudiants de différentes écoles d’ingénieurs (Centrale Nantes et Télecom Bretagne) et ils ont exprimé le besoin d’un cadre pour les soutenir dans ce dispositif ‘déroutant’. Nos étudiants de BTS ne seront sûrement pas plus à l’aise, toute la question est alors de voir comment articuler ce cadre. On a deux possibilités :

  1. On crée un MOOC et on organise des temps de rencontre en local pour ‘échanger, expliquer, soutenir …
  2. On construit une formation en présentiel facilement transférable, et on organise autour une dynamique de réseau et d’échange.

Je suis actuellement en train de réfléchir à la deuxième piste. Il faut donc voir comment mettre en place un module facilement transférable puis organiser une couche ‘sociale’ inter-formation.

1 – Une formation en présentiel facilement transférable

Alors ça ! Ça tombe bien ! On a justement un module de rentrée d’initiation au travail d’équipe (quoi de plus transversal ?). L’idée est de faire travailler les étudiants, en groupe, pendant une semaine, sur un sujet d’actualité. La semaine est banalisée pour ce projet.

Il y a deux ans, ils avaient travaillé sur les réseaux sociaux (si vous voulez plus de détails sur la version 2011 du projet, c’est par ici : avant, pendant, après). Un planning avait été établi sur 5 jour (je vous en présente une version simplifié) :

  • jour 1 : constitution des équipes, définition des problématiques d’étude,
  • jours 2 à 4 : construction collective de ressources sur la problématique (carte mentale, quizz, présentation orale),
  • jour 5 : présentation des productions et relecture de la semaine,

Pour que cela soit le plus transférable possible, il faut que le thème d’étude puisse concerner le plus grand nombre de formations. Pour l’instant, j’imagine quelque chose comme :

« open data, big data, long data, quantified self, dataviz : un monde de données ! »

Je pense qu’un tel sujet est d’actualité et peut intéresser aussi bien des ingénieurs que des journalistes, des agriculteurs ou des sociologues (et la liste n’est pas exhaustive !).

2 – Mettre en place une dynamique de réseau étendu

Une fois que le cadre local de la formation est posé et que plusieurs institutions sont positionnées pour participer, il faut créer une dynamique pour que des liens se créent entre étudiants des différentes formations.  Pour cela, on va s’appuyer sur internet et reprendre quelques principes des MOOCs.

Pourquoi ne pas demander aux étudiants de tenir un journal de bord (personnel ou du groupe) sur un blog, par exemple pour présenter son travail et ses découvertes (qui peuvent être en lien avec le sujet d’étude ou ses méthodes de travail ou la dynamique du groupe, ou ….) ?

Les productions étudiants peuvent alors être multiformes (textes, audio, vidéo, graphiques) et publiques. Ensuite, il reste à agglomérer les différents flux en un même espace pour en faciliter l’accès. La mise à disposition des travaux de chacun permet à tous d’y accéder et de créer des liens entre groupes travaillant sur des sujets comparables ou complémentaires.

Dave Cormier dans une de ses présentations sur les MOOC propose une participation qui s’organise en 5 temps, je vous propose ma lecture de ces 5 temps dans un tel ‘classe-MOOC’ :

  • s’orienter : se repérer dans le dispositif. Les enseignants locaux sont là pour rassurer, aider, soutenir les étudiants et expliquer le fonctionnement du dispositif.
  • s’afficher : le premier billet de chaque groupe concerne la problématique choisie pour la semaine, cela devrait permettre de vite créer des liens entre participants.
  • réseauter : il faudra inciter les étudiants à parcourir les travaux de l’ensemble des participants et réagir par des commentaires, des partages de points de vue, … (c’est très facile à dire mais j’ai bien conscience que ça ne se décrète pas: c’est donc un point à travailler)
  • se regrouper : une fois que les liens entre les différentes problématiques proposées seront repérés, il est dans l’intérêt des étudiants de s’appuyer sur les travaux des autres groupes. On n’est pas dans le ‘copillage’ mais dans la co-ellaboration.
  • se fixer des objectifs : La problématique est déjà définie, mais quelle est la production la plus adaptée pour présenter notre travail ? En quoi notre travail est complémentaire des autres productions et apporte une richesse par son point de vue spécifique ?

la dynamique ainsi proposée est d’avancer tous ensemble pour progresser tous ensemble.

3 – Mais pourquoi monter un tel dispositif ?

D’abord, pour développer des compétences nécessaires au 21è siècle : écrire en ligne, se construire un réseau, utiliser un réseau social pour travailler, chercher de l’information de qualité et collaborer en présence et à distance. Je trouve que cela fait déjà beaucoup de bonnes raisons, non ?

Ensuite, pour intégrer à ce dispositif n’importe quel professionnel qui souhaiterait apporter sa contribution, même minime, au projet. Il serait aussi intéressant d’avoir quelques interventions au cours de la semaine (vidéo, billet de blog, tout est possible …). J’aimerai bien par exemple, avoir le point de vue d’un élu sur l’open data, d’un sportif sur l’utilisation des données pour améliorer ses performances, d’un journaliste sur l’évolution de son métier avec l’émergence du journalisme de données, … pas vous ?

De plus, la participation d’acteurs professionnels donnerait du crédit aux travaux de nos étudiants et c’est une source importante de motivation.

4 – Et ça se concrétise quand ?

L’idée est de proposer ce dispositif pour la mi-septembre (parce que c’est la période qui convient bien pour notre BTS). Maintenant, si une pression est très forte pour le proposer à un autre moment, on peut toujours en discuter.

il y a quand même quelques détails à approfondir :

Quelle solution adopter pour agréger les flux ?

Faut-il une plate-forme spécifique, dans l’esprit de ce qui s’est mis en place pour ITyPA ?

Il me semble essentiel de proposer un ‘guide du prof’ pour présenter les objectifs, expliquer la démarche, les aider et les soutenir dans leur appropriation du dispositif. pour cela, j’attends toutes vos questions !

Voilà, l’idée est lancée, maintenant, si vous êtes intéressés, manifestez-vous. Ce sera avec plaisir que nous construirons ensemble ce projet !
Si vous ne savez comment participer, vous pouvez toujours apporter votre enthousiasme : c’est énorme ! 😉

#ITyPA mignon ?

Ça y’est ! Il est arrivé après 6 mois de gestation !

Baby CC BY Vincent Bradley Brundage

Plus de 900 inscrits dont plus d’une centaine suit la première retransmission en direct. J’ai l’impression d’être un peu comme à la racine de l’arbre des possibles, si ce n’est qu’aucun scénario n’est encore écrit. Tout est à écrire, à construire, on touche à l’aspect vivant de l’apprentissage en groupe !

Nous entrons dans 10 semaines de ‘possibles’, d’opportunités. Comme le présente Dave Cormier, nous commencerons par une phase de repérage, d’orientation dans toute cette activité, ce déluge d’informations. L’important n’est pas de tout lire (de toutes façons, ça n’est pas possible), mais de  se centrer sur ce qui nous intéresse et de filtrer et trier pour pouvoir surnager …

Si j’ai bien compris, on est dans un MOOC connectiviste, plus basé sur la pédagogie que sur le contenu. Le message est clair : Tout participant doit être acteur, se prendre en main, sans avoir peur du regard des autres.

Pour conclure, on est complètement en phase avec ce que disait Michael Rose (citation adaptée au contexte du MOOC) :

« Pour que le social learning soit fonctionnel, chaque participant doit savoir qu’il est responsable autant de sa propre formation que de celle des autres »

Bon MOOC à chacun !

Publié dans collaboratif, FOAD, géodistribué, MOOC. Étiquettes : . 5 Comments »
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