Les communs pour aborder la culture numérique

Lors de notre journée du GRANE (Groupe de Réflexion Académique sur le Numérique Educatif), nous avons abordé les communs pour analyser comment ils peuvent nous faire entrer dans la culture numérique. Ce travail s’est réalisé en 3 temps :

  • Quels biens partageons-nous en commun ?
  • Analyse de différents communs
  • Quels communs pourrions-nous mettre en place dans nos écoles et/ou établissements ?

1 – Les communs partagés

Le premier temps d’échange sur les biens communs partagés a été l’occasion de lancer le sujet, avec des échanges sur la différence entre communs et biens communs. Il est ressorti des discussions plusieurs biens que nous avons en commun comme la terre, la langue, la nature, …

La synthèse s’est faite autour de la représentation issue de BIENS COMMUNS – La prospérité par le partage de Silke Helfrich, Rainer Kuhlen, Wolfgang Sachs, Christian Siefkes qui nous semble recenser la diversité de ces biens communs regroupés en trois ‘familles’ : nature, culture et communauté.

2 – Analyse de différents communs

Dans un deuxième temps, nous avons analysé 5 communs pour essayer d’en extraire les caractéristiques spécifiques. Les participants étaient réunis en 5 groupes de 5, chacun ayant une fiche de présentation d’un commun à analyser. Dans un deuxième temps, on a mélangé tous les groupes pour que chacun puisse présenter le travail de son groupe aux autres.
Les 5 communs analysés sont listés ci-dessous, les liens pointent vers les différentes fiches proposées :

Pour conclure cette analyse, l’interview de Benjamin Coriat permet de présenter simplement les différents aspects d’un commun (une ressource, des acteurs qui ont des droits sur cette ressource et une structure de gouvernance) en insistant sur la différence entre un bien commun et un commun selon la présence (ou pas) de la structure de régulation.

3 – Les communs que l’on pourrait mettre en place

Dans un dernier temps, nous avons essayé de voir les communs que l’on pourrait mettre en place dans nos écoles et /ou établissements. Quelques pistes étaient proposées : une boîte à livres, un wiki-mur, l’ambiance de classe, la connexion internet (dans une logique BYOD ou AVAN), la cour de récréation…

Il est intéressant de voir que certains groupes ont travaillé sur d’autres idées de commun, par exemple les notes de cours prises par les élèves et partagées au sein d’un collège. Même si les échanges sont restés informels, ils dénotent bien d’une appropriation des principes fondamentaux des communs et de leur application à des situations concrètes que l’on rencontre dans nos établissements.

Nous avions prévu un canevas pour soutenir la réflexion des groupes autour des communs à construire mais ne l’avons finalement pas utilisé. Il est tout de même accessible ci-contre.

Son utilisation commence par la définition de la ressource commune (1) puis par le repérage du périmètre de la communauté (2). Dans un deuxième temps, on va caractériser les droits sur la ressources (3) et les risques de dérive (4). Enfin, il faudra définir la régulation (5) à mettre en place pour que notre bien commun devienne un commun.

4 – En conclusion …

Plusieurs participants ont partagé leur étonnement relatif à l’écart entre les communs étudiés et la culture numérique. En effet, plusieurs communs n’avaient rien de numérique. Je propose deux éléments de réponse pour étayer le choix de travailler cette culture numérique par les communs :

  1. La gestion d’un commun nécessite de collaborer, de communiquer, d’argumenter, de respecter des règles qui font partie de la culture numérique, et peuvent se vivre, se travailler et se développer dans un monde sans informatique, ni Internet.
  2. Internet est un espace propice au développement des communs par la facilité offerte pour coconstruire, partager et échanger.

Cette approche par les communs est à ce titre un contexte très favorable pour initier nos élèves à une citoyenneté responsable et participative, comme ce qui est proposé dans le cadre du wikiconcours lycéens, par exemple.

Cet atelier était très riche, même si le temps consacré était un peu insuffisant pour pouvoir le mener dans de bonnes conditions. Vous trouverez ici le conducteur de la journée (qui reprend la présentation de la culture numérique et le barcamp), le diaporama utilisé et deux fiches supplémentaires, qui n’ont pas été utilisées, sur les licences libres et les huit principes de Elinor Ostrom.

Je tiens à remercier spécifiquement Michel Briand (@michelbriand) qui nous a bien aidé à monter ce temps de travail en relisant nos propositions, en apportant des compléments riches et en nous aiguillant vers des ressources très intéressantes :

Ces ressources nous ont été précieuses et méritent d’être partagées et utilisées.

Bons communs à chacun !

illustration extraite de BIENS COMMUNS – La prospérité par le partage de Silke Helfrich, Rainer Kuhlen, Wolfgang Sachs, Christian Siefkes (CC-BY-SA)

Culture numérique : contours et enjeux

Nous avons publié quelques articles autour de la culture numérique et nous pouvons maintenant commencer à présenter le fruit de nos réflexions de façon un peu plus structurée…

1 – Vous avez dit culture ?

On peut envisager le mot “culture” selon deux sens complémentaires. D’un côté, la culture regroupe tout ce qui touche au patrimoine, que ce soit les arts, les langues, les traditions, les sciences… Et de l’autre, la culture correspond à nos modes de vies, nos usages. On parlera par exemple de la culture jeune qui intègre le langage et le vocabulaire utilisé, la mode vestimentaire, les rites gestuels, les loisirs privilégiés, etc. Mais on peut aussi bien parler de la culture d’une entreprise pour regrouper les valeurs portées, les habitudes de travail, les modes de relations, les règles de vie, …

2 – Comment les outils informatiques impactent-ils notre culture ?

Toutes les données peuvent se retrouver dans un format numérisé ‘homogène’. Que ce soient des textes, des vidéos, des relations, des événements d’un agenda, des opérations bancaires ou des localisations, nous pouvons les coder en une succession de 1 et de 0. Ce format générique permet d’y accéder n’importe quand et n’importe où, mais aussi de générer des critères pour caractériser et quantifier ces données numérisées. On peut ainsi chercher à savoir combien… ? à quelle fréquence… ? quand… ? où… ? Autant d’informations complémentaires qui caractérisent notre utilisation de ces outils et de ces données.

D’un autre côté, ces outils transforment radicalement nos modes de communication et notre relation aux autres. Nous pouvons, à tout moment, entrer en relation avec nos ‘amis’, même les plus éloignés géographiquement, de façon synchrone ou asynchrone, par message textuel audio ou vidéo. Cette opportunité révolutionne le concept de proximité géographique en introduisant une possibilité d’ubiquité qui est “la possibilité d’être à la fois simultanément présent ici et ailleurs” (cf. Retour sur la notion de proximité géographique de A. Torre) sans développer systématiquement des interactions avec nos voisins géographiques (notion de mobilisation des potentialités de la proximité géographique).

 

 

3 – L’image d’un monde idéal

Ces outils informatiques nous donnent l’impression que tout est facile, tout est accessible en un clic ! On peut consommer et trouver n’importe quel objet, en choisissant la taille, la couleur, le délai de livraison, le mode de paiement, … Il en va de même pour la consommation d’informations. Enfin, la participation et l’expression personnelle dans l’agora d’internet est facile : on like, on partage, on diffuse, … presque sans s’en rendre compte.

 

 

Pour compléter cette vision, l’accès à toutes ces ressources (que ce soient des informations, des services ou des personnes) nous permet de travailler de façon plus efficace : on peut collaborer à de nombreux projets, qu’ils soient personnels ou professionnels sans forcément connaître tous les acteurs impliqués. Wikipédia en est l’exemple emblématique. “Pris individuellement, les wikipédiens sont bien moins savants que les savants, mais en s’imposant à chacun de demander aux autres s’ils ont vérifié, sourcé, équilibré, etc., leurs productions, bref, en veillant à ce que les autres aient fait l’effort de découvrir, et ceci, sans jamais interroger le savoir de ceux qu’ils pressent de chercher, ils font advenir une forme de production de connaissance plus solide que celle des savants” (Dominique Cardon et Julien Levrel, Réseaux 2009/2, La vigilance participative. Une interprétation de la gouvernance de wikipedia).

Enfin, nous avons une vision d’un monde équitable. L’accès aux informations est ouverte à tous, sans discrimination. Le web 2.0 a offert à chaque internaute un espace d’expression avec une portée potentiellement mondiale. Chacun a la possibilité d’émettre son point de vue et d’afficher ses convictions librement. Cette légitimité à s’exprimer déborde de l’espace en ligne et influe sur les relations interpersonnelles dans le quotidien, que ce soit en famille ou dans le contexte professionnel, pour ne prendre que ces deux exemples.

 

 

4 – Une lourde responsabilité sur les épaules de chaque utilisateur

Dans ce monde d’apparence facile, efficace et équitable, tout n’est pas si rose. Il incombe à chaque utilisateur d’avoir conscience de l’impact de chacun de ses actes et cela nécessite des efforts non-négligeables qui se répartissent dans trois grandes directions. Le premier effort se situe au niveau des informations que nous recevons. Nous sommes tenus de les filtrer, les traiter, les croiser, les comparer, vérifier les sources pour les comprendre et les analyser. Ce travail ne cherche pas la vérité mais une vision nuancée et équilibrée, intégrant les différents points de vues.

 

 

Le deuxième effort à fournir se rapporte à la mise en place réelle d’une démarche collaborative et consiste à s’engager ‘en aveugle’. Il faut en effet commencer par donner, sans savoir si un retour arrivera et persévérer pour que le collaboration se diffuse au sein d’un collectif. Afin de soutenir cette persévérance, un regard bienveillant sur l’erreur est essentiel : l’erreur n’est pas une faute mais une étape normale du processus d’apprentissage. Tous ces éléments correspondent à un changement de mentalité et représentent un effort réel.

 

 

Enfin, il nous faut prendre conscience de l’impact de nos choix, en prenant en compte leur aspect éthique, social, écologique, … (et on peut allonger la liste). Cela commence par la maîtrise de ses données personnelles et se prolonge rapidement par le choix des outils que l’on utilise. Tous ces choix ne peuvent être qu’un compromis entre le coût financier, l’aspect social et écologique, l’ergonomie, la maîtrise des données traitées, la fiabilité, …

 

 

 

Tous ces éléments nous imposent de toujours chercher l’équilibre entre l’idéal que l’on nous propose et l’effort à fournir pour en avoir un usage raisonné. Nous avons les épaules bien chargées et la responsabilité d’initier nos élèves, mais aussi nos proches à toutes ces évolutions. C’est un vaste programme et un enjeu critique … Un beau défi !

 

 

 

PS : Pour ceux que ça intéresse, voici le lien vers le diaporama utilisé

 

 

Evolutions de la FOAD : questions d’espace et de temps

J’étais le mois dernier aux Sables d’Olonne avec des responsables de formation du monde du sport et on m’avait demandé de présenter ma vision de l’évolution de la formation à distance. Il me semblait intéressant de présenter les différentes modalités actuellement ‘en vogue’ en abordant les contraintes de chacune pour l’apprenant, que ce soient des contraintes de temps, de lieu ou d’activité.

Un synthèse graphique se présenterait comme ceci :

relation apprenant-formateur selon dispositif

Voici la vidéo de l’intervention

Vous pouvez aussi accéder au support de présentation sur slideshare

J’ai trouvé particulièrement intéressant de prolonger les échanges en ligne avec des personnes qui n’avaient pas assisté à la rencontre. Ainsi , Jean-Paul Moiraud présente dans cet article que l’on vit dans un temps normé, avec des obligations de service et que la liberté est en fait toute relative.

Une réflexion sur le même sujet est aussi menée par Marc Dennery, dans son article « E-Learning, MOOC, FEST… et la question du temps en formation ». Cette présentation me paraît très intéressante car elle analyse l’impact réciproque entre temps et lieux de formation. Le tableau synthétique ci-dessous me semble à ce titre particulièrement éclairant.

Pour aller encore un peu plus loin, Francheska Gaulin fait une synthèse de quelques articles de recherche qui envisagent la formation complètement intégrée au quotidien de chacun en parlant d’apprentissage ubiquitaire ou pervasif.

Voici ci-dessous des exemples de produits qui ont évolué au cours du temps pour passer du one to many à une présence ambiante ou pervasive. La formation est-elle en train d’évoluer selon le même schéma ?

Merci à chacun pour ces échanges et bonne continuation !

Numérique et Intervention Sociale

Je participais la semaine dernière à la rencontre « Numérique et Intervention Sociale : un monde en mutation » à Lyon, je dépose ici quelques traces de ma contribution à ces deux jours.

l’essentiel du contenu de la présentation est inséré dans les commentaires du diaporama.

et le lien vers le storify de l’événement.
2 jours très riches de rencontres, d’échanges et bons moments. A réitérer …

Formations en ligne : que vend-on ?

Cela fait un moment que je cherche à faire le point sur les formations vendues pour le grand public en ligne. Après avoir fait un tour du net, voici une synthèse de ce que j’ai pu observer.

les différentes offres proposées s’organisent autour de trois grands schémas :

  • les MOOC où, la formation est gratuite mais la certification est vendue (ainsi que de produits connexes)
  • les parcours, avec un accompagnement par un tuteur. Ils peuvent prendre de multiples formes et aussi bien d’un point de vue pédagogique que financier.
  • les formations basées sur un tuteur automatique, où l’apprenant est perpétuellement testé pour adapter son parcours au plus près de ses besoins.

MOOC, parcours et tuteur automatiqueOn peut aussi trouver des produits comme les SPOC de Capitaine SPOC qui sont des parcours collectifs que l’on pourrait qualifier d’hybrides entre le MOOC et le parcours.

La grande part de ces formations propose des certifications pour des tarifs raisonnables : les certifications sont vendues pour quelques dizaines d’euros et les formations sont taillées sur un tarif de l’ordre de 300 € (l’unité de compte peut varier d’un parcours à un mois d’abonnement). On sent que le marché s’organise pour rentrer dans le cadre du CPF : une formation certifiante pour un financement équivalent à une vingtaine d’heures de formation.

Voici enfin les liens vers les différentes offres répertoriées dans le tableau comparatif :

N’hésitez pas à me faire parvenir toutes vos remarques relatives à ce comparatif qui n’est sûrement pas exhaustif …

Pédagogie ouverte : présentation à partir d’un exemple

La Pédagogie ouverte est une adaptation des concepts fondateurs de la démocratie ouverte au monde de l’éducation. Armel LeCoz et Cyril Lage ont réalisé un schéma très clair de la démocratie ouverte (organisée autour des trois piliers : coopération,  transparence et participation). L’objectif est alors de voir comment ces mêmes principes peuvent se vivre dans un contexte de formation.

pédagogie ouverte

pédagogie ouverte

Je vous propose de voir comment ils peuvent se décliner en analysant un module de formation de BTS IRIS de 38 heures. Le sujet abordé était « XML et JSON : formats d’échange de données sur le web ». Très vite, nous sommes partis sur l’idée de travailler sur l’Open Data, concept émergeant dans le monde de l’informatique.

1 – Premier pilier : la coopération

Et premier aspect de la coopération : implanter ce module dans un contexte professionnel,  nous nous sommes appuyé sur le concours dataconnexion, organisé par etalab, mission chargée de l’ouverture des données publiques et du développement de la plateforme française Open Data. Ce concours a défini le cadre du travail : contraintes, échéances, livrables, consignes, … Le règlement du concours est en ligne sur le site étalab : l’objectif est de sensibiliser les développeurs à l’exploitation des données ouvertes. On peut résumer l’esprit de ce concours en une phrase : « des données ouvertes existent, proposez une application pertinente qui les exploite ! »

Un deuxième aspect de la coopération réside dans l’organisation du travail des étudiants, en exploitant des pédagogies actives (pédagogie par projets,  approche par problèmes). Le concours est tout à fait dans cette dynamique puisqu’il était de la responsabilité des étudiants de définir les données utilisées ainsi que l’exploitation qu’ils comptaient en faire.

Enfin, troisième aspect  de la coopération : dépasser les silos disciplinaires. Le concours prévoyait de présenter un début de modèle économique. Cela aurait été une bonne occasion de sortir du domaine technique mais nous avons considéré que le travail à réaliser était déjà conséquent, et que cet aspect n’était pas prioritaire. A posteriori, je trouve cela un peu dommage.

Si l’on prend un  peu de recul sur ces différents aspects de la collaboration, on voit qu’elle peut s’organiser à 3 niveaux différents :

  • entre étudiants/élèves, par l’approche pédagogique,
  • entre enseignants de l’équipe pédagogique en sortant des silos disciplinaires,
  • entre établissements en travaillant en réseau et en développant des partenariats.

Le fait que l’on n’ait pas travaillé l’aspect économique est un peu révélateur de la faible coopération enseignante dans l’équipe … 😦

2 – Deuxième pilier de la pédagogie ouverte : la transparence

Cette transparence doit se concrétiser d’abord au niveau du processus d’apprentissage : qu’est-ce que je vais apprendre ? Pourquoi ? Comment ? Quelques outils sont efficaces pour cela j’en citerai deux : le syllabus et l’analyse réflexive. Le syllabus permet de présenter le module de façon synthétique (objectif, déroulement, ressources, évaluation, lien avec les textes définissant le diplôme, …) Il doit permettre de montrer aux étudiants la cohérence de la formation et l’alignement entre les objectifs visés, la démarche pédagogique adoptée et les méthodes d’évaluation. D’un autre côté, l’analyse réflexive (organisée à partir de la vision du portfolio d’apprentissage de Yves Morin) permet de relire, à postériori, le déroulement d’une activité. Cela permet de ne pas se limiter à apprendre DANS l’action mais à aussi apprendre PAR l’action. Au cours de ce module, toutes les 4 ou 5 heures, il était prévu un créneau de 30 minutes pour faire le point. Le schéma présenté à la fin du syllabus  permettait de donner des pistes de réflexion, aucune contrainte supplémentaire n’a été posée… Cette démarche permet de poser les fondements d’un apprentissage tout au long de la vie, dont nos étudiants auront bien besoin pendant leur vie professionnelle.

Deuxième aspect de la transparence : les ressources éducatives libres qui s’appuient sur des licences ouvertes et permettent une réutilisation facile. Cette transparence est fondamentale pour développer des échanges entre équipes pédagogiques : nos documents pédagogiques sont sous licence CC-BY. Le sujet de l’open data sensibilise naturellement les étudiants à cette notion de licence ouverte et de responsabilité citoyenne.

Enfin troisième aspect, expliquer par l’image : ne plus se limiter au format textuel ou oral. Un bon dessin vaut parfois mieux qu’un long discours. La vidéo ci-dessous sur l’open data est beaucoup plus facile à intégrer qu’un texte donnant les mêmes informations. Le concours demandait aux participants de réaliser une présentation vidéo de leur application de moins de 3 minutes. Cet exercice est très formateur et les initie à ces nouveaux modes de communication qui peuvent être exploités dans le monde professionnel, par exemple pour réaliser un tutoriel.

On peu aussi travailler avec des formats audio. Ainsi, je préfère fournir à mes étudiants un fichier mp3 qui contient mes remarques et commentaires plutôt que faire des annotations sur leurs travaux : cela permet de garder un contact plus humain et de mieux nuancer les messages par le ton utilisé. Les étudiants apprécient ce côté ‘personnel’ et plus chaleureux.

3 – Enfin, troisième pilier de la pédagogie ouverte : la participation.

Le premier point consiste à laisser des choix aux étudiants. Dans ce module de formation, ils ont pu choisir leur équipe, les données utilisées, l’exploitation qu’ils voulaient en faire, les outils et les langages utilisés. Cela laisse une grande liberté …

Le deuxième point est la co-construction de la formation : Cet aspect peut se concevoir dans plusieurs directions. On peut partir du principe que chaque étudiant développe des savoirs et savoir-faire propres, qu’il peut enseigner aux autres. L’enseignant n’est plus alors le détenteur du savoir, il offre à chacun l’occasion d’enseigner aux autres. Cela peut se passer de façon formelle avec des exposés ou des débats, ou être très informelle : les étudiants s’aident mutuellement et se forment les uns les autres, dans l’esprit de l’enseignement mutuel. L’idée est alors de promouvoir la transmission et les échanges de méthodes, de démarches, d’outils mais sûrement pas de la production finale… Dans ce cadre, l’enseignant peut aussi apprendre de ses élèves : par exemple, lors de cette quinzaine, un étudiant m’a fait découvrir les possibilités de traitement des vidéos sur Youtube (incrustation de textes, d’infobulles, …) On peut aussi envisager la co-construction de la formation en responsabilisant les étudiants sur leurs apprentissages. Ils peuvent poser des choix méthodologiques pour aboutir au développement d’un savoir ou d’une compétence. Ainsi, lors de ce module, nous avons laissé aux étudiants une liberté totale sur le langage de programmation à utiliser. Certains ont choisi leur outil en fonction de sa pertinence par rapport à l’application à développer. D’autres l’ont choisi pour des raisons pédagogiques : soit pour découvrir un nouveau langage, soit pour s’appuyer sur un contexte connu et ainsi concentrer leurs efforts sur l’objectif principal du module. S’ils sont justifiés, peut-on critiquer ces choix dans un contexte de formation ?

De même, lors de ce module, nous avons défini la grille d’évaluation avec les étudiants. Cela permet de clarifier les objectifs principaux et d’expliciter les points essentiels.

Enfin, le dernier aspect de la participation correspond à une évaluation de la formation. Nous prenons régulièrement du temps avec les étudiants pour avoir un retour sur la formation et les différents modules proposés. C’est en partie grâce aux remarques antérieures que nous en sommes arrivés à mettre en place de tels modules dans ce BTS.

4 – Et ça donne quels résultats, la pédagogie ouverte ?

Je crois qu’on peut dire que tous les étudiants ont été motivés et impliqués par ce module. L’alignement entre la formation et la vie professionnelle est très important pour eux. Les échanges qu’ils ont pu avoir entre groupes leur a permis de repérer les analogies présentes entre les différents contextes mis en œuvre pour traiter des données ouvertes (on appelle contexte ici l’association langage de programmation et format de données à traiter). Une telle démarche permet non seulement de former des professionnels ouverts et capables d’apprendre de leurs expériences mais aussi d’ouvrir nos étudiants à leur responsabilité de citoyens éveillés.

Comme vous pouvez vous en douter, toute la formation n’est pas autant en phase avec cette démarche de pédagogie ouverte, et si nous vous présentons ce module en exemple, c’est que nous pensons que c’est celui qui l’illustre le mieux … 😉 Pour finir, je voudrai mettre l’accent sur un point important : La pédagogie ouverte est avant tout une démarche, un état d’esprit, qui ne nécessite pas forcément beaucoup de savoir-faire technologiques. On peut commencer petit, par un aspect qui nous semble spécialement pertinent (les ressources libres, ou le syllabus ou autre…) sans chercher à tout mettre en place du premier coup pour faire quelque chose de parfait (d’ailleurs vous avez pu voir que l’exemple étudié n’est pas parfait non-plus…).

En espérant que cette présentation vous donne des idées et vous incite à ouvrir votre pédagogie …

Intervention à la conférence S-Team

Voici ci-dessous le diaporama support pour mon intervention lors de la journée jeunes recherches de la conférence S-Team.

Et voici l’article proposé en rapport avec cette présentation…

Qu’est-ce qu’un projet motivant ?

En voulant poursuivre sur la lancée des années précédente, je compte faire travailler les étudiants de première année sur des projets ‘motivants’. Là se pose une question : « Qu’est- ce qu’un projet motivant ? » Il me semble que pour être motivant, un projet doit allier :

– des partenaires intéressés,
– une complexité technique raisonnable,
– un lien avec le quotidien des étudiants (dans ce domaine, le mieux serait que les étudiants choisissent leur sujet, mais c’est alors difficile de trouver des partenaires intéressés…)

Tout cela ne semble pas forcément facile à assembler. L’année dernière, nous avions repéré le projet ArgoNautica qui est mené par le CNES et le CNRS. Il s’adresse aux élèves et étudiants et offre la possibilité de suivre des balises, dérivantes ou implantées sur des animaux polaires, pour étudier les modes de vie des animaux et l’influence du climat sur l’évolution du milieu marin. Nous nous intéresserons au projet ArgoNimaux qui suit des balises implantées sur les animaux.

>> Ce cadre offre une réponse au premier point : le partenaire intéressé.

Nous allons donc nous lancer dans l’aventure de création de sites web en relation avec le sujet du projet (animaux polaires, courants marins, cartographie, géolocalisation) et intégrant des cartes qui permettront d’afficher les dernières positions connues des animaux suivis. Même si la difficulté est ici double, puisqu’elle concerne la recherche d’information sur le sujet d’étude et la mise en forme de ces informations, elle semble tout à fait raisonnable pour des étudiants de première année.

>> Voilà qui répond au deuxième point …

Enfin, il faudrait que le sujet concerne les étudiants. Ils ont pu choisir le thème abordé par leur site web dans une sélection proposée, sachant qu’ils pouvaient eux-mêmes proposer un sujet. Sinon, l’intégration d’un outil cartographique les motive (à tel point qu’il faut leur rappeler que ça n’est pas le seul objectif du projet).

Le projet est jalonné tous les 15 jours, par un point d’avancement et la présentation d’un aspect technique :

– Outils et méthodes pour rechercher des informations, citer ses sources, croiser ses sources,
– Mise en page d’information HTML et CSS,
– Intégration de données dynamique et géolocalisation : interaction simple avec une base de données, outils de cartographie en ligne.

Il est prévu que les sites soient en ligne et présentables pour la mi-novembre. Pour l’instant, ils sont en construction et seront bien sûr présentés ici dès que les premières pages sortiront. Vous pouvez déjà aller voir sur le wiki qui suit le projet les recherches effectuées pour trouver des hébergeurs.

Pour information, voici les 8 thèmes abordés : les éléphants de mer, les albatros, les phoques de Wedell, les manchots, les satellites, la géolocalisation, la cartographie, les courants marins.

ArgoNimaux sera sans doute utilisé tout au long de l’année pour appliquer les différents apprentissages des étudiants. Affaire à suivre …

instrumentation d’un projet (suite)

Une fois la carte d’instrumentation d’un projet mise au point, il semblait intéressant de recenser un ensemble d’outils qui permettent de répondre à ces besoins. Pour définir ces outils, je me suis placé dans un contexte de l’éducation nationale avec les contraintes suivantes :

  • Les outils ne doivent pas s’installer sur un serveur dédié (à priori, non disponible dans l’éducation nationale)
  • Les seuls serveurs envisagés pour héberger des outils (exception à la règle précédente) sont des serveurs web standard (basés sur Apache, MySQL et PHP), présents dans les académies. Des solutions alternatives grand public existent en cas de difficultés au niveau académique.
  • Si le service est en version limitée, la limitation doit porter sur les fonctionnalités ou la capacité (nombre de documents, espace mémoire, …) et non pas sur la durée.
  • Le prix de la solution choisie doit être limité (l’essentiel des outils présentés ont une version gratuite)

La liste n’est sûrement pas exhaustive mais elle permet déjà de déblayer le terrain. Bonne lecture …

Mettre l’apprenant au centre de la formation

Je suis de plus en plus convaincu que les étudiants doivent être acteurs de leur formation. L’expérience menée cette année dans cette direction me le confirme. C’est dans cet état d’esprit que je prépare l’année prochaine en l’organisant autour d’activités où les étudiants construisent leurs connaissances. Il semble important, au cours d’une telle formation de bien préciser à quelle étape du processus s’intègre chaque activité. La première chose à faire est donc de définir le processus d’apprentissage voire d’appropriation. Bruno Devauchelle le fait très clairement ici. Il présente ainsi tout le processus :

  1. construction de l’information à partir des données et des faits,
  2. traitement de l’information pour arriver au savoir,
  3. passage du savoir à la connaissance par les activités d’apprentissage,
  4. réinvestissement des apprentissages dans de nouvelles situations pour se les approprier.

Une question se pose maintenant, comment mettre tout ce la en pratique ?

Il me semble que dans un processus de (co-)construction des savoirs, on commence par une phase de découverte qui fait intervenir la recherche de données et des faits, puis l’analyse de ces données pour en extraire des informations. En parallèle ou après peut se faire une découverte par la pratique (à base d’exercices, d’expérimentations ou de tests).

Une fois cette phase de découverte passée, on en arrive à structurer ces informations, elles constituent ainsi le nouveau savoir, qui sera ensuite réinvesti et exploité, par exemple, pour servir de bases à de nouvelles découvertes.

Voici représenté ci-dessous sous forme graphique ma vision du processus.

l'apprenant au centre de la formation

Mettre l’apprenant au centre de la formation

Il ne faut pas croire pour autant que les étudiants seront en autoformation. En effet, l’autoformation se caractérise par le fait que l’apprenant ne connaît pas les limites du domaine qu’il explore. L’enseignant par contre, connaît ces frontières. Il a ainsi deux rôles :

  • former aux différentes étapes du processus,
  • aiguillonner, inciter, guider et cadrer la construction et l’appropriation des apprentissages.

Ses interventions devront être plus incitatives que directives (comme le dit Mario Asselin dans sa conversation avec Christophe Batier à propos de l’utilisation pédagogique d’un portfolio).

N’hésitez pas à faire part de vos remarques et réactions à ce sujet, ça n’est pour l’instant qu’une ébauche à peaufiner.

PS : ce schéma a évolué pour mettre LES apprenants au centre de la formation. Cette nouvelle version est présentée ici : Comment développer les compétences transversales ?

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