Soutenir les apprenants dans une formation en ligne

Je suis tombé hier sur une vidéo très intéressante qui présentait de façon ludique les conclusions d’un article de recherche sur les difficultés rencontrées par les participants à un MOOC ainsi que les stratégies mises en œuvre pour les surmonter. Les 2 principales difficultés sont récurrentes : gestion du temps et difficultés cognitives. Ces conclusions ne se limitent pas aux MOOC mais sont généralisables à toute formation à distance, et méritent donc d’être partagées largement …

Les deux principales difficultés rencontrées sont la gestion du temps et les exigences cognitives exigées par le contenu présenté. Rien de bien nouveau sous le soleil, me direz-vous ! Et vous avez raison. Cependant, les stratégies développées par les apprenants consultés sont intéressantes et méritent d’être approfondie.

1 – Prendre des notes pendant qu’on regarde une vidéo

Cette première stratégie impacte tout l’environnement d’apprentissage : il faut prévoir des temps dans un endroit où cela est possible. Cela fait écho à l’analyse que je faisais de mon espace personnel d’apprentissage en 2013 qui mixe online et offline.

Mon EAP en 2013

Mon EAP en 2013

Ces temps d’appropriation, d’analyse, de création de lien sont essentiels. les auteurs proposent de mettre à disposition des apprenants la transcription de chaque vidéo. Cette proposition est intéressante mais je ne suis pas convaincu qu’elle réponde à tous les besoins. On sait bien qu’un pdf en ligne n’est pas suffisant pour apprendre ! Le passage par la vidéo permet de ‘forcer’ cette prise de note qui est structurante et facilite la création de lien entre les différents concepts.

Peut-être pourrait-on aussi proposer une méthodologie de prise de note intégrant aussi une présentation des cartes mentales pour faciliter cette appropriation.

2 – Rechercher des ressources complémentaires

L’étude rapporte que wikipedia et Google sont les deux outils de référence utilisés pour compléter les ressources fournies dans le cadre des MOOC étudiés. Ainsi il paraît intéressant de proposer un syllabus qui liste des ressources complémentaires intéressantes que l’on pourrait classer en 2 catégories : consolider les bases et pour aller plus loin. Ces ressources complémentaires ne se limitent pas forcément à des articles de recherche ou des livres : proposer des personnes à suivre ou des groupes actifs sur les réseaux sociaux numériques me semble tout aussi important, surtout lorsque l’actualité autour du sujet d’étude est riche.

Ce syllabus n’interdit pas de travailler l’ergonomie de l’espace de formation pour faciliter le repérage des participants. Il peut être intéressant de proposer plusieurs trajets pour découvrir un même sujet. Le principe même de liens hypertextes nous le permet : utilisons-le ! Retravailler l’ergonomie peut ainsi permettre de retravailler toute l’approche pédagogique et sortir d’un déroulé linéaire lénifiant (cf. MOOC : cours en ligne ou cours en rond ? de C. Vaufrey). Cela peut se matérialiser, dans un premier temps, par une cartographie des ressources présentes et/ou l’usage de logos évocateurs pour mettre en valeur un élément particulier.

3 – Organiser des rencontres Online et/ou Offline

Rompre l’isolement est essentiel pour soutenir la motivation de chacun et maintenir une certaine dynamique collective. Est-ce de la responsabilité du pourvoyeur de formation de le faciliter ? Je le pense, quelques éléments peuvent facilement être apportés par la formation (du plus simple au plus exigent) :

  • Proposer une carte renseignée par les participant (par exemple en utilisant uMap) pour indiquer d’où chacun suit le cours facilitera les rencontres IRL.
  • Un guide rapide de prise en main d’outil de webconférence (hangout, skype, appear.in, hello ou autre …) qui permettra de lever un frein technologique.
  • La mise en place de rencontres sur un réseau social à heure fixe est un événement intéressant pour créer une communauté d’apprenants. A une époque, je suivais toutes les semaines un ClavEd qui permettait d’échanger pendant une heure, via twitter, avec les personnes présentes, sur le sujet du jour. Un animateur avaient préparé le sujet et proposait 3 ou 4 questions pour soutenir les échanges.

Cet aspect ‘social’ de la formation reprend bien l’espace personnel d’apprentissage schématisé ci-dessus : mon réseau est réparti avec une partie en ligne et une autre hors ligne.

4 – Faire une pause ou arrêter

Cette dernière stratégie tient plus de la protection : pour éviter la surcharge, mieux vaut prendre un peu de recul ! Cette stratégie est tout à fait légitime. Cependant, en tant qu’organisateur de formation, je trouverais dommage de me reposer sur cette solution sans avoir travaillé sérieusement les 3 précédentes.

5 – Bonus

Voilà, on a fait le tour des recommandations présentées mais j’ai encore quelques réflexions à vous partager …

Ces différents points présentés n’abordent que très peu la gestion du temps. Il est pourtant important de soutenir les participants aussi dans cette dimension. Ainsi, proposer un planning type de la semaine en précisant une estimation du temps à consacrer à chaque activité (visionner 3 fois chaque vidéo de façon espacée : 3 x 6′ = 20′ par vidéo, lire les documents proposés : 1h30′, répondre à la question hebdomadaire sur le forum : 20′, etc …). Ces indications faciliteront l’investissement de chacun dans la formation. Il peut aussi être utile de préciser ce qui est synchrone et comment accéder aux traces si on n’a pas pu y participer : storify du chat sur twitter, enregistrement du hangout, etc…

Ces réflexions sont complètement en phase avec la pédagogie ouverte : expliquer par l’image, proposer un syllabus, organiser des partenariats, autant de points qui y sont aussi présents …

pédagogie ouverte

pédagogie ouverte

Pour finir, je trouve tout à fait pertinent de présenter les résultats d’un article de recherche dans une telle vidéo. Cela permet d’en avoir un extract pertinent en quelques minutes : bravo à leurs auteurs ! Voici le lien vers l’article de référence (en anglais)

PS : Vu mon rythme de publication, je me permets de vous souhaiter de  bonnes vacances à tous ! 😉 en attendant de vous retrouver en septembre.

Autonomie de l’apprenant dans une formation

Il m’a semblé intéressant de formaliser l’autonomie de l’apprenant par rapport au formateur (j’inclus les enseignants dans ce terme de formateur) en m’appuyant sur les 3 unités du théâtre classique : unité de lieux, unité de temps, unité d’action.

J’ai pris la liberté de remplacer le terme action par activité et propose 3 niveaux pour qualifier le niveau de contrainte, comme présenté dans le tableau ci-dessous :relation apprenant-formateur selon dispositif

En cours classique (cours/TD/TP), l’apprenant doit être physiquement présent (ce qui impose une contrainte sur le lieu et le temps) et doit réaliser les activités prescrites par le formateur (c’est un cas général, j’imagine que certains doivent laisser une certaine souplesse ou liberté à leurs apprenants…)

Lors d’une conférence retransmise ou avec livetweet, on peut suivre ce qui se dit à distance, il faut être disponible, mais on n’est pas obligé d’être physiquement présent. l’activité est toujours prescrite : écouter puis poser des questions si nécessaire.

Un MOOC se suit à distance et avec une certaine souplesse sur l’organisation personnelle : on peut s’inscrire tout au long du parcours, la seule vraie contrainte est la date de fin. Si les activités proposées dans un xMOOC sont toujours prescrite par le formateur, le participant à un cMOOC a une certaine latitude quant à son mode de participation à l’ébullition collective.

Enfin, l’usage d’un Espace Personnel d’Apprentissage pour interagir avec son Réseau Personnel d’Apprentissage laisse toute liberté à n’importe quel apprenant puisqu’il n’y a plus de formateur.

Tel que présenté dans le tableau, on pourrait croire que la progressivité de l’évolution entre les différents dispositifs induit une chronologie dans l’utilisation de ceux-ci. Cela me paraît très discutable ! La vrai progressivité me semble plus dans la construction de son RPA et son EPA. En effet, cela doit s’inscrire dans la durée et devrait commencer dès la formation initiale. Cependant, pour des personnes qui n’auraient pas eu la chance d’être initiés à ces pratiques lors de leurs études, la participation à des MOOCs et le suivi de conférences en ligne sont de très belles opportunités pour repérer les personnes dynamiques sur un domaine à ajouter à son réseau et s’approprier les outils et usages d’un Espace Personnel d’Apprentissage.

L’exploitation de la pédagogie ouverte en formation initiale (présentée ici) devrait faciliter l’appropriation de cette démarche par le développement de l’analyse réflexive, la responsabilisation de l’apprenant par rapport à sa formation et le développement du travail collaboratif.

pédagogie ouverte

pédagogie ouverte

Formations en ligne : que vend-on ?

Cela fait un moment que je cherche à faire le point sur les formations vendues pour le grand public en ligne. Après avoir fait un tour du net, voici une synthèse de ce que j’ai pu observer.

les différentes offres proposées s’organisent autour de trois grands schémas :

  • les MOOC où, la formation est gratuite mais la certification est vendue (ainsi que de produits connexes)
  • les parcours, avec un accompagnement par un tuteur. Ils peuvent prendre de multiples formes et aussi bien d’un point de vue pédagogique que financier.
  • les formations basées sur un tuteur automatique, où l’apprenant est perpétuellement testé pour adapter son parcours au plus près de ses besoins.

MOOC, parcours et tuteur automatiqueOn peut aussi trouver des produits comme les SPOC de Capitaine SPOC qui sont des parcours collectifs que l’on pourrait qualifier d’hybrides entre le MOOC et le parcours.

La grande part de ces formations propose des certifications pour des tarifs raisonnables : les certifications sont vendues pour quelques dizaines d’euros et les formations sont taillées sur un tarif de l’ordre de 300 € (l’unité de compte peut varier d’un parcours à un mois d’abonnement). On sent que le marché s’organise pour rentrer dans le cadre du CPF : une formation certifiante pour un financement équivalent à une vingtaine d’heures de formation.

Voici enfin les liens vers les différentes offres répertoriées dans le tableau comparatif :

N’hésitez pas à me faire parvenir toutes vos remarques relatives à ce comparatif qui n’est sûrement pas exhaustif …

Quand on compare un MOOC à un restaurant

On a tendance à décrier les MOOC pour leur taux très élevé d’abandon mais à partir du moment où la formation est ouverte, on donne le droit à chacun de s’inscrire, même si c’est juste pour voir !

J’ai déjà comparé un MOOC à plusieurs types d’événements, que ce soit un voyage, une fête des voisins ou une conférence. Je vous propose aujourd’hui de le comparer à un restaurant pour préciser et illustrer des éléments relatifs à la motivation des participants. Bon appétit !

1 – Le menu324px-Menu_des_années_1940

Les restaurateurs savent bien que le menu gastronomique n’est pas adapté à tous les clients, c’est pour cela qu’ils proposent plusieurs versions, et vont même parfois jusqu’à la formule ou au plat du jour. Si on compare avec un MOOC, Quelle formule ou plat du jour proposent-ils ?

Le MOOC Gestion de projet est bien dans cette logique en proposant plusieurs niveaux de certification qui correspondent à différents niveaux d’implication des participants, mais c’est un des rares dispositifs à rentrer dans cette logique, c’est peut-être une piste à creuser …

2 – Le coût

Une des caractéristiques d’un restaurant est le coût du repas que l’on mesure en euros. Pour un MOOC (comme pour tout apprentissage), le coût n’est pas financier, mais il se mesure en efforts réalisés et en temps passé : c’est bien là que chaque participant paie la facture ! On imagine bien que quelqu’un ne soit pas prêt à payer le prix fort pour découvrir un restaurant et préfère aller y boire une bière ou un café, juste pour voir comment ça se passe, le cadre, le service fourni, etc… Pour un MOOC, c’est exactement pareil : on peut ne pas être prêt à fournir beaucoup d’efforts et y consacrer le temps nécessaire mais juste avoir envie de voir comment ça se passe, sentir l’ambiance, peut-être y apercevoir une célébrité !

3 – La motivation

Il est important de savoir pourquoi les clients viennent : par faim, gourmandise, curiosité, … ? La question se pose de la même façon pour un MOOC : quelles peuvent être les différentes motivations. L’article d’Annie Jézégou rappelle différentes formes de motivation :

  • le plaisir : plaisir d’apprendre, de la relation sociale, des échanges, …
  • les valeurs ou convictions présentées ou défendues par la formation,
  • l’avantage identifié qui découle de la formation,
  • la contrainte.

Il pourrait être intéressant de demander ses motivations à chaque participant qui s’inscrit à un MOOC. Est-ce : par plaisir ? par rapport à ses convictions relatives au sujet abordé ? pour en tirer un avantage identifié ? par nécessité (pour ne pas dire par contrainte) ? ou juste pour voir ? Cette clarification permettrait de repérer les ‘vrai’ décrocheurs (ceux qui avaient une motivation identifiée et qui ne sont pas allé jusqu’au bout de la formation) et les ‘raccrochés’, qui venaient pour voir et finalement se sont laissés prendre au jeu et ont participé jusqu’au bout.

Cette clarification me semble intéressante, et je serai curieux de savoir si cela vous est déjà arrivé de vous inscrire à un MOOC pour voir et d’y rester finalement jusqu’à la fermeture …

Crédit photo : Menu de déjeuner du mardi 11 avril 1944 – domaine public

Réflexions sur les badges

Que peuvent apporter les badges ouverts à notre système éducatif ? J’ai récemment visionné un atelier proposé par la VTE (Vitrine Technologie Education) sur les badges. Un point me semble particulièrement intéressant à mettre en avant : ces badges permettent d’afficher une marque de reconnaissance.

1 – Qu’est-ce qu’un badge ?

Un badge est une forme de ‘médaille’ numérique. Il  centralise en un même espace ‘dans le cloud’ toutes les caractéristiques de cette médaille afin de faciliter son utilisation par chacun, qu’il soit émetteur ou destinataire du badge. Ces caractéristiques sont enregistrées sous forme de métadonnées : émetteur, attributaire, critères de délivrance, durée de validité, preuves, …

On peut envisager plusieurs sortes de badges :

  • Des badges de compétences, qui valident la maîtrise d’un savoir-faire, quel qu’il soit.
  • Des badges de participation, qui attestent de la participation du détenteur à un projet particulier. On pourrait imaginer un badge ‘LGV Tours-Bordeaux’ qui serait délivré à toutes les personnes ayant participé au chantier.

 Ces deuxièmes badges peuvent apporter des précisions sur des contextes professionnels où se sont épanouies les compétences attestées par les premiers. Le développement de ces deux types de  badges permettrait de se construire un CV argumenté et contextualisé à partir d’une collection de badges.

2 – Quelle place pour ces badges dans une formation ?

Il est évident que les badges ne doivent pas se substituer aux évaluations traditionnelles. Ils peuvent cependant apporter une plus-value dans certains contextes. Ainsi, ils pourraient permettre de reconnaître des compétences ou des qualités rarement évaluées : persévérance, partage de savoir et/ou savoir-faire, développement de méthodes de travail, autant d’éléments que l’institution peine à valoriser. Pourquoi ne pas utiliser aussi des badges pour motiver et stimuler les élèves (ou étudiants) ?

Si l’on creuse un peu le sujet, on se pose rapidement la question de savoir ‘qui peut attribuer un badge ?’ Si l’institution peut créer le cadre pour ces badges, il peut être intéressant d’envisager tous les cas de figure :

  • Le badge attribué par l’enseignant : cela peut être adapté pour attester la participation à un projet particulier ou pour reconnaître une compétence particulière. L’idée serait alors d’aider l’apprenant à prendre conscience qu’il évolue, progresse en lui fournissant un indicateur.
  • Le badge attribué par les pairs : typiquement, cela se conçoit bien pour les compétences d’aide entre pairs. Cela donne du sens quand ce sont les pairs qui reconnaissent que vous les avez aidé, débloqué, et qu’ils ont progressé grâce à vous.
  • Le badge auto-attribué : Il peut être intéressant de laisser une place pour que chacun puisse renforcer son sentiment d’efficacité personnel (cf. Bandura).

Ces différents aspects rejoignent l’idée de fierté et de satisfaction que j’avais déjà abordée dans un précédent article sur la fierté que les étudiants tirent de leur travail. Cela donne des pistes sur des badges que l’on pourrait créer …

On peut ainsi envisager une utilisation des badges qui croise l’évaluation traditionnelle de nos formations. Les examens valident les contenus enseignés alors que les badges attestent de la contextualisation et de la mise en œuvre des compétences. Graphiquement, cela pourrait se représenter comme cela :

évaluation traditionnelle vs. badges

évaluation traditionnelle vs. badges

3 – Badgez-vous vous-même !

Pour voir un peu plus en profondeur comment cela fonctionne, j’ai suivi les conseils de François Jourde et créé mon premier badge ‘curieux des badges‘ sur achievery. L’idée est d’offrir à tous ceux qui le souhaitent la possibilité de s’auto-attribuer un badge. L’utilité de ce badge est de découvrir l’outil, pour moi du côté émetteur, et pour vous, du côté destinataire. Cela m’offre aussi la possibilité de mieux connaître mon lectorat (qui lit ? qui est assez motivé pour demander ce badge ? …)

Je vois un intérêt particulier pour ce type d’autobadge dans les MOOC. En effet, nombreux sont ceux qui évaluent l’efficacité d’un MOOC par rapport au nombre de participants qui sont allés jusqu’au bout du parcours. Il me semblerait plus judicieux de proposer à chaque participant une autoévaluation du MOOC dans son processus d’apprentissage tout au long de la vie en précisant ce que le MOOC lui a apporté : des connaissances, des compétences, des contacts avec des nouvelles personnes, … autant d’éléments qui participent à l’apprentissage et que chaque apprenant peut évaluer avec pertinence, non ? Il me semble que c’est une autre façon de voir l’évaluation de la réussite dans un MOOC qui peut avoir son intérêt.

Voici quelques remarques par rapport à ce premier badge :

  • Je n’ai pas encore trouvé comment faire un badge totalement auto-attribué. En fait, vous postulez au badge et je dois approuver (valider) votre demande. Ce fonctionnement me déçoit un peu, j’aurai bien aimé pouvoir offrir une solution vraiment auto-attribuée. Peut-être que quelqu’un me guidera vers la solution …
  • De même, je n’ai pas vu comment attribuer un badge à un groupe. Ce serait pourtant intéressant d’avoir un unique badge, accessible à tous les membres du groupe, qui rassemble les traces d’activité.
  • Enfin, j’aurai bien aimé aussi pouvoir proposer une échelle de badges, par exemple pour valoriser l’entraide entre pairs. On pourrait ainsi avoir par exemple le badge de bronze qui valide 2 aides effectives, le badge d’argent qui en valide 5 et le badge d’or qui en valide 10.

Comme vous pouvez le voir, je débute dans le domaine et suis ouvert à tous les conseils que chacun pourrait me prodiguer…Alors n’hésitez pas à réagir !

Apprendre à l’heure d’Internet

Quel impact a le déferlement Internet et des technologies sur notre façon d’apprendre ? Il me semble que cela modifie au moins 3 aspects fondamentaux  : notre relation au savoir, ce qu’il faut apprendre et notre rapport à l’effort nécessaire pour apprendre.

1 – Internet change la relation au savoir

Internet transforme l’économie de la connaissance (et des biens immatériels en général, comme le présente si bien Serge Soudoplatoff) en passant d’un modèle basé sur la rareté (le maître détient un savoir) à un modèle basé sur l’abondance (la connaissance est déjà distribuée et accessible). Les organismes de formation (initiale ou continue) doivent s’adapter à ce nouveau modèle où le cœur de métier passe de « l’enseignant qui dispense » à « l’élève qui apprend ». Cette évolution du contexte nécessite ainsi une remise en question profonde de l’organisation et des objectifs de la Formation : « Que doit apprendre l’élève ? Comment l’aider dans ses apprentissages ? Comment structurer la formation ? etc… » puisque « tout est déjà transmis », comme le dit Michel Serres dans son discours Eduquer au XXIe Siècle.

2 – Apprendre = mémoriser ?

L’évolution des technologies nous permet de déléguer notre mémoire à la machine. Si cela peut être pratique pour des informations qui n’ont pas de sens en elles-même (numéro de téléphone, adresse IP, …), il me semble que cela pose un problème pour toutes les informations qui ont du sens. En effet, on est de plus en plus conscient qu’apprendre à l’heure d’Internet correspond à deux actions complémentaires :

  • reconstruire la connaissance qui est éparse,
  • créer des liens entre des concepts plus ou moins proches.

Ce travail ne peut se faire sans mémoriser les éléments essentiels de chaque notion pour pouvoir les ressortir, sur commande, en cas de besoin : on ne pourra jamais créer des liens avec quoi que ce soit, si on a la tête vide … Cet aspect est déjà abordé de façon plus approfondie ici.

3 – Apprendre en faisant

Ainsi, apprendre consiste donc à mémoriser mais cela ne suffit pas ! Le plus important n’est pas ce que l’on sait, mais ce que l’on sait faire avec ce que l’on sait. A un moment, il faut passer au stade de la compétence qui consiste à savoir mobiliser des ressources (humaines, temporelles, cognitives, …) pour aboutir à une réalisation. Et cela ne peut se travailler que dans l’action ! C’est la base du « learning by doing » mis en avant par Michel Briand dans son intervention à ITyPA 3.

4 – L’évolution du public

Un autre paramètre à prendre en compte dans une formation est l’évolution du public. J’avais présenté différentes motivations possibles pour apprendre (visant l’élitisme, l’intérêt structurant ou l’épanouissement personnel). Force est de constater que c’est toujours vrai et que l’émergence des MOOC favorise encore plus cet engament ‘de plus ou moins loin’ dans la formation : j’y vais pour voir, sans aucune contrainte. Cet aspect très individuel, avec un certain refus des contraintes risque de limiter l’implication des participants. Or la recherche nous rappelle que l’apprentissage nécessite du temps et des efforts ; ça ne peut pas tomber tout cuit !

10 constats clés de la recherche sur l'apprentissage, à partir du travail de jean Heutte : http://jean.heutte.free.fr/spip.php?article192

10 constats clés de la recherche sur l’apprentissage, à partir du travail de jean Heutte : http://jean.heutte.free.fr/spip.php?article192

Même si nous sommes dans un monde où tout doit être immédiat, il ne faudrait pas que, pour ‘vendre’ des MOOC (ou toute autre formation), on donne l’illusion que l’apprentissage devient facile, instantané et accessible sans effort.

Vous tous qui suivez (ou avez suivi) une formation récemment, que vous l’ayez fini ou non, votre avis est intéressant : n’hésitez pas à vous exprimer et réagir à ces idées, on a tout à gagner à écouter les différents avis !

Des MOOC pour le secondaire ?

Dans le cadre du colloque e-education « le numérique en questions », j’ai proposé de présenter un retour d’expérience sur la mise en place de MOOC dans le secondaire en m’appuyant sur mon expérience (mise en place du Classe-MOOC) et les réflexions que je vous ai déjà partagées dans ce blog. Voici donc un premier jet de ces idées, histoire de me mettre en jambe …

1 – un MOOC au secondaire, c’est possible ?

Un MOOC est une formation en ligne, ouverte à tous. On peut l’envisager comme une transposition des MOOC universitaires en adaptant le niveau au contexte scolaire et on arrive à des choses comme ce que propose franceTVéducation :

Des MOOC de France TV éducation

Des MOOC de France TV éducation

Mais on peut aussi envisager un MOOC comme une fenêtre grande ouverte sur le monde, qui offre la possibilité de créer des interactions avec l’extérieur. Cela rejoint le discours de Julie Higounet, chef de projet des « usages numériques » à la Direction du Numérique pour l’Education (DNE — DGESCO) qui propose de travailler 3 relations dans l’enseignement :

  • la relation entre élèves et enseignants,
  • la relation entre élèves,
  • la relations avec les autres (le reste du monde).

Cette position rejoint aussi le point de vue de Stephen Downes qui dit que le côté massif (le M de MOOC) consiste à changer l’échelle du cours. Le premier MOOC a été l’ouverture au monde d’un cours donné à 25 personnes : plus de 2000 personnes ont suivi ce cours, y ont participé et ont enrichi les échanges sur la plateforme.

2 – Le MOOC comme un voyage

Les voyages scolaires sont une institution. Pourquoi ne pas remplacer un tel déplacement par un voyage en littératie numérique ?

Quels peuvent être les objectifs pédagogiques d’un tel voyage ?

  • lire numérique : cela englobe la recherche d’information, la vérification des sources, le recoupement des données, le traitement et la synthèse de ces documents.
  • écrire numérique : produire et publier des documents multimédia. Cela peut être du texte,  des graphiques, des vidéos, etc …
  • travailler en équipe et/ou en réseau : s’organiser, respecter un échéancier, s’écouter, argumenter, trouver un compromis, …

3 – Comment s’organiser ?

L’idée peut être séduisante, reste à s’organiser … De mon expérience de Classe-MOOC, voici quelques conseils :

  • Banaliser une semaine pour être complètement immergé dans le MOOC.
  • Définir un sujet qui peut intégrer un maximum de disciplines du programme et susceptible de motiver vos élèves : des grands sujets de société comme les réseaux sociaux, la ville durable ou intelligente, les données ouvertes, … peuvent être facilement intégrés à de nombreux programmes. Si vous proposez les grandes lignes de la thématique, laissez à vos élèves le choix de leur sujet d’étude. Cela accroitra leur engagement et leur permettra de travailler sur la construction d’une problématique.
  • Trouver des partenaires : c’est sans doute ce qui sera plus compliqué. Il est intéressant de chercher des  établissements partenaires dont les élèves pourront vivre le MOOC en même temps que vous, mais aussi des professionnels qui pourront apporter un regard d’expert. Leur participation pourra être de lire quelques productions (et si possible réagir), participer à une interview en ligne ou venir intervenir dans l’établissement, …
  • Anticiper, anticiper et encore anticiper … Comme pour un voyage scolaire, il y a un sérieux travail de préparation pour baliser le sujet, repérer des sources d’information pertinentes, penser à la constitution de groupes, l’évaluation, les contraintes techniques liées à l’établissement (l’accès internet par exemple …), les outils utilisés, etc…
  • Définir un planning pour la semaine. Alors là, c’est facile, vous pouvez vous inspirer de celui que nous avons utilisé qui a été assez bien respecté. Comme vous pouvez le constater (si vous avez ouvert le planning) ça n’est pas parce que la semaine est banalisée qu’il n’y a pas d’intervention de l’enseignant. Plusieurs sujets méritent d’être présentés/débattus pour que la semaine se déroule dans de bonnes conditions. On avait prévu d’aborder :
    • qu’est-ce qu’une problématique ?
    • qu’est-ce qu’une réunion de travail ?
    • comment faire une recherche sur internet ?
    • auquel on pouvait ajouter « comment construire une carte mentale ? » et « comment réaliser une présentation de qualité ? »
  • Définir les outils : nous avons utilisé un blog par groupe pour présenter l’avancement du travail sur la semaine, un univers netvibes pour regrouper en un lieu unique l’ensemble des productions et twitter avec un hashtag prédéfini (#dataweek) pour partager le vécu, les trouvailles, les émotions …

netvibes classMOOC

 

4 – Quels sont les points de vigilance auxquels il faut faire attention ?

Deux aspects me semblent particulièrement important :

  • la problématique sur laquelle les élèves vont travailler doit être claire et précise. L’expérience montre que le travail de toute la semaine et la production finale sont très décevants lorsque la problématique est bancale.
  • La place et le rôle des enseignants doivent être clairs et anticipés. Ils ont un rôle d’accompagnement. J’aime bien la formule qui dit de « laisser errer sans laisser échouer ». L’enseignant est là pour poser des questions plutôt que donner des réponses. Il doit accepter de ne pas tout connaître et apprendre à côté des élèves. Un enseignant qui se lance dans un tel projet va développer un large panel de compétences : accompagnement, esprit critique, esprit d’initiative, réactivité, analyse réflexive, travail collaboratif qui sont utiles pour développer ces mêmes compétences chez les élèves !

5 – Pour aller plus loin

Une présentation complète de l’organisation de notre classe-MOOC est accessible ici : http://sites.google.com/site/classemooc

Cette présentation du MOOC comme un voyage est personnelle, d’autres solutions sont possibles pour ouvrir la classe au monde. Ainsi les twittclasses offrent une autre alternative, de la maternelle au supérieur !

Pour nourrir votre réflexion sur l’ouverture de la pédagogie, je ne peux m’empêcher de remettre cette illustration de la pédagogie ouverte qui est toujours d’actualité. A la fin de cet article, il me semble qu’il faudrait déplacer l’utilisation des média sociaux entre la coopération et la transparence 😉

pédagogie ouverte

pédagogie ouverte

 N’hésitez pas à réagir pour enrichir la présentation et à bientôt à Poitiers, pour ceux qui y seront !

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