Etre fier de son travail

J’ai récemment demandé à des étudiants « pourquoi êtes-vous fiers du travail que vous avez fourni ? ». Les réponses ont été riches et variées mêlant fierté et satisfaction. L’analyse des réponses tend à montrer qu’ils sont sensibles à leurs réussites, à l’aide qu’ils peuvent apporter aux autres et au fruit de leur implication. Deux idées ressortent pour développer nos formations. D’une part, on peut s’appuyer sur leurs fiertés/satisfactions pour les aider à se construire une image positive d’eux-mêmes et d’autre part, il peut être intéressant de favoriser le partage de savoir et l’échange de pratique afin de mutualiser les apprentissages et poser, dès la formation initiale, les bases du « social learning ».

En partant du constat que l’on est plus fier d’un travail que l’on a produit que d’un copier/coller, à la va-vite, du travail d’un copain, j’ai pris le temps de discuter avec des étudiants et leur ai lancé le défi de me dire dans leur compte-rendu de TP pourquoi ils sont fier du travail qu’ils ont fourni pendant un module.

1 – Les sources de fierté et/ou de satisfaction

Tout le monde ne m’a pas répondu, bien sûr ! Cependant, un quart a quand même pris le temps de réfléchir à la question et voici des éléments de réponse :

« Je suis trop fier parce que j’ai pu isoler des problèmes et les résoudre. »

« Je suis fier d’avoir réussi ce TP et d’avoir été capable d’aider un camarade,  lui expliquer, à partir de ses erreurs, où il s’est trompé et l’aider un minimum pour le relancer. »

« Je suis de nature anxieux et je me sous-estime lorsque je n’arrive pas à avancer dans un TP. Le fait de ne pas m’être découragé est pour moi une victoire personnelle. »

« Je suis très content d’avoir réussi ce TP car j’y ai passé du temps et ça a payé. De plus apprendre aux autres comment on a réussi permet d’être satisfait de son travail. »

« Avec mon groupe, nous avons réussis (avec quelques difficultés toutefois) à trouver une méthode de travail qui était assez efficace. Je suis plutôt fier d’avoir réussi la totalité du TP et même d’avoir cherché plus de détail sur certains aspects de ce TP. »

Je trouve ces remarques riches et pertinentes. L’échantillon n’est sans doute pas représentatif, mais les sources de fierté repérées sont quand même justifiées et variées :

  • surmonter des difficultés
  • partager ses savoirs et savoir-faire avec les autres
  • approfondir personnellement le domaine travaillé en cours
  • développer des méthodes de travail

En parallèle de ces réponses, un autre quart des étudiants m’a affirmé être satisfait d’avoir découvert ce système d’exploitation (le TP portait sur la découverte de linux) en faisant le lien avec ce qu’ils connaissent déjà (Windows).

2 – Que nous disent ces réponses ?

Une première lecture de ces informations par rapport à notre modèle centré sur les apprenants permet de valider que l’on traverse bien tous les niveaux du modèle (collaboration, réalisation, intégration, exploitation/partage) et que chaque niveau peut être source de fierté et/ou de satisfaction.

En poussant un peu la réflexion, j’ai cherché la différence entre fierté et satisfaction.

Wikipédia nous dit que :

La fierté est un sentiment qui fait suite à un succès après la conduite d’un projet, d’une action, ayant exigé des efforts pour surmonter des difficultés. Ce sentiment est légitimé par trois critères :
– l’engagement personnel dans l’action et/ou le projet à mener
– la présence d’épreuves à surmonter
– le succès

La satisfaction est le nom donné à l’état d’âme et/ou du corps qui accompagne l’assouvissement d’un désir.

On retrouve dans la définition de la fierté des points mis en avant par Roland Viau dans son modèle de la motivation basé sur 3 critères : la contrôlabilité, le défi et la valeur de l’activité. Cette motivation peut se manifester par 2 signes : l’engagement cognitif et la persévérance. C’est intéressant de voir que l’on retrouve des notions très comparables entre la motivation (préliminaire au travail) et la fierté (qui peut découler de ce travail). Les facteurs de motivations ciblés à priori par l’enseignant semblent donc vécus par les étudiants, à postériori, comme des sources de fierté. Cela mériterait d’être étudié sur un échantillon plus significatif. Quoi qu’il en soit, la fierté renvoie une image positive à la personne et il ne faut pas s’en priver lorsque cette fierté est justifiée.

D’un autre côté, si la satisfaction accompagne l’assouvissement d’un désir, c’est que nos étudiants ont le désir d’apprendre … et c’est une bonne nouvelle ! Malheureusement, je ne suis pas sûr qu’ils en aient tous conscience ! Dans le milieu étudiant, s’éclater dans son travail n’est pas toujours vu d’un très bon œil. Cette image négative du travail et de l’effort doit être modifiée, et c’est peut-être en s’appuyant sur la fierté qu’ils peuvent tirer de leur travail que l’on pourra faire évoluer ce point de vue. On a parfois l’impression que si l’on veut que les étudiants travaillent, cela doit se faire ‘à leur insu’. Il faut donc développer spécifiquement l’aspect ‘motivation’ de nos formations afin de lancer une dynamique impliquante.  Ce constat est sans doute un des facteurs majeurs du développement actuel des serious games.

Ces deux idées se complètent bien et me font penser qu’il est important de demander aux étudiants de formaliser ces sentiments et émotions afin de les aider à se forger une image positive fondée sur leur travail. Ce travail de construction personnelle ne doit pas être négligé lors de l’analyse réflexive à la fin d’un module de formation.

3 – Cela se transfert-il dans le monde professionnel ?

Il me semble que ces sentiments positifs se retrouvent exactement à l’identique dans le monde professionnel : il est toujours valorisant de relever un défi, de surmonter une difficulté, de voir évoluer ses méthodes de travail. Et heureusement, on le vit régulièrement dans la vie professionnelle.

Un aspect relevé par deux étudiants me semble tout à fait pertinent à développer dans nos formations, je veux parler du partage des savoirs et savoir-faire. Il apparaît que les entreprises recherchent de plus en plus à développer cette formation informelle (ou social learning) où chacun peut être l’enseignant de son voisin. Il est important de sensibiliser nos étudiants à ces fonctionnements afin de leur en montrer toute la richesse. Michael Rose dit : « Pour que le social learning soit fonctionnel, chaque employé doit savoir qu’il est responsable autant de sa propre formation que de celle des autres. » Ce principe peut s’étendre à nos établissements et nos étudiants : favoriser le partage plutôt que la concurrence.  On en revient à l’idée de départ : plutôt que de copier/coller sur mon voisin sans chercher à comprendre, il vaut mieux lui donner la possibilité de m’apprendre ce qu’il sait, on en ressortira grandi tous les deux.

3 Réponses to “Etre fier de son travail”

  1. Les apprenants au centre – et les outils, on les met où ? « Prodageo Says:

    […] ?” (comme ici) ou  “Pour quelle(s) raison(s) êtes-vous fier de vous ?” (comme là). Ces questions permettent d’avoir un premier niveau de relecture en facilitant une certaine […]

  2. Réflexions sur les badges | Prodageo Says:

    […] de fierté et de satisfaction que j’avais déjà abordée dans un précédent article sur la fierté que les étudiants tirent de leur travail. Cela donne des pistes sur des badges que l’on pourrait créer […]

  3. Algbonnet (armelle_le_gall) | Pearltrees Says:

    […] Pédagogie. Éduthèque – Accueil  Revue. Réussite scolaire. LCA. Classe inversée. Lettres. Littérature. Outils. Méthodologie. Réforme du collège. Histoire des arts. Séjour Italie. Padlet. Intelligence visuelle. Sketchnote. Présentation MindMap. Etre fier de son travail. […]


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